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Fait & Cause, Photographie Militante

LE PONT DE L’OYAPOCK

13 novembre 2023/par Faitetcause

La plus longue frontière française côtoie le Brésil le long de l’Oyapock dans l’Est guyanais. Ce fleuve a été et reste une voie de communication naturelle entre les deux pays. La construction d’un pont entre Saint-Georges-de-l’Oyapock en Guyane et Oyapoque dans l’État de l’Amapá au Brésil va bientôt permettre le passage du fleuve. L’État français entend maintenant contrôler cette frontière.

Soutenue par la métropole et à l’aide des subventions européennes, la Guyane fait figure d’eldorado dans le bassin amazonien. Pourtant, la Guyane produit peu, importe ce qu’elle consomme et vit d’aides sociales. L’économie dépend du littoral et de l’activité du centre spatial. Pas de routes, seulement les fleuves, l’intérieur couvert à plus de 90 % de forêt primaire reste parmi les plus riches et les moins écologiquement fragmentés du monde. Le bois et l’or sont les principales ressources naturelles du département français, mais la rareté des pistes forestières freine heureusement
l’exploitation de la forêt.

Dans ce contexte, les populations de l’intérieur se débrouillent… et développent avec l’or une économie parallèle qui produit pour l’exportation. Ici on creuse. Les techniques et la main-d’œuvre sont brésiliennes, les patrons français. Sur la piste de Saint-Georges, les 4×4 ne désemplissent pas d’ouvriers venus d’Oiapoque à la recherche d’employeurs. Avec 3 503 habitants, Saint-Georges abrite une population cinq fois moins nombreuse qu’à Oiapoque, sur la rive brésilienne, mais avec un salaire minimum quatre fois plus élevé. Avec l’arrivée du pont, on ne passe plus. Le projet de construction de pont sur l’Oyapock lancé lors d’une rencontre entre les présidents Chirac et Cardoso se
concrétise finalement par la signature d’un accord par les présidents Chirac et Lula da Silva. Il vise à la création d’une liaison routière, comportant un pont sur l’Oyapock qui reliera les communes de Saint-Georges, en Guyane, et d’Oiapoque, dans l’État de l’Amapá. Le Brésil travaille à son expansion et termine la mise aux normes de la BR-156, une piste de 600 km qui relie la frontière à Macapá, sur l’embouchure de l’Amazone.

Pour l’Europe, cette zone est la porte d’entrée en Amérique du Sud. Le chantier du pont et de ses raccordements routiers s’achève avec quelques mois de retard. Le délai de livraison de l’ouvrage, initialement prévu en décembre 2010, est finalement repoussé. La consule du Brésil, Ana Beltrame, avait annoncé une date vers mars-avril pour l’inauguration du pont, en présence des présidents Sarkozy, Lula et Dilma Rousseff. L’ouverture devrait plus vraisemblablement se faire avant la fin de l’année 2011.

Christophe GIN

 


 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/9603214-72pi1920px.jpg 1280 1920 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:25:592024-10-19 16:09:29LE PONT DE L’OYAPOCK

PADIÈS

13 novembre 2023/par Faitetcause

Louis et sa sœur vivent à La Croix de Cors, situé à Padiès, commune du département du Tarn. Ce sont les seuls habitants de ce lieu-dit. Non loin de là, à Carrade exactement, vit Gilbert Nègre, né en 1932, et au lieu-dit Champ d’Albi, à peine plus loin, vit Jean-Pierre Bouyssie, un « jeune » voisin, né en 1967 ainsi que Denise Massol, née en 1938 et décédée en 2018.
Tous ces lieux-dits, ces hameaux tels que celui de Ginals, où vivaient il y a encore quelque temps Odile Puech et son chien Dick, évoquent une même façon de vivre, emprunte d’autrefois.
Se souvient-on qu’il y a quelques décennies encore, plus de cent cheminées brûlaient à Padiès et l’école accueillait jusqu’à soixante-dix enfants. Un village était une société. Une multitude d’artisans peuplaient les campagnes, charrons, bourreliers, menuisiers, forgerons, maréchal-ferrant, sabotiers, tonneliers…
Ce sont aujourd’hui des petits bouts du monde qui témoignent de la fin d’un monde. Ce travail évoque le dépeuplement de ces lieux de vie, l’isolement et la solitude que cela induit.

Ce sont les vestiges d’une ancienne ferme située à Padiès, commune du département du Tarn, qui apparaissent au mois de décembre lors de la baisse annuelle du niveau du Cérou, rivière qui constitue une réserve d’eau importante grâce au barrage de Saint-Géraud, construit en 1992. L’on aperçoit alors au travers des éboulis ce qui était un four à bois, encore en usage il y a soixante ans. Il est facile de s’imaginer la vie qui animait cet endroit. C’était hier.

« – Ici, se trouvait le potager – dit Louis… ».
Il désigne d’un geste de la main l’emplacement délimité par des murets encore intacts puis tournant légèrement son regard vers la droite indique ce qui reste de l’étable.
« – Un jour, un sabotier s’était arrêté dans cette demeure où vivaient mes parents dit-il. Je devais avoir 5 ans, c’était juste après la guerre. Mon père et lui étaient partis un matin pour choisir un arbre dans la forêt, c’était souvent du bois d’Aulne, car plus léger. Il fabriquait dans un même tronc tous les sabots pour la famille, en échange du gîte et de quelques sous. Quand il faisait froid, on balançait des braises dans les sabots pour les réchauffer…
Désormais on voit beaucoup de bois mort et d’arbres couchés dans les forêts. C’est désolant de voir l’état des chênes, des châtaigniers, de l’aulne. Les arbres crèvent. Avant on disait il est rude comme un chêne. »
« – Hier, l’on baptisait les vaches : Ponpon, la Rousselle, la Figuette. Maintenant elles sont juste un numéro, elles vont pas à l’abattoir, elles vont à la casse. On leur fout un coup de pétard et elles terminent sur un crochet. »
« – Hier, il fallait arpenter les chemins à travers bois pour se rendre à l’école, une gamelle de soupe à la main et quelques châtaignes au fond des poches. Il y avait plus de 100 cheminées qui brulaient à Padiès et l’école accueillait jusqu’à 70 enfants. Une multitude d’artisans peuplaient les campagnes, charrons, bourreliers, menuisiers, forgerons, maréchal-ferrant, sabotiers, tonneliers… Un village était une société, maintenant il est essentiellement constitué de maisons secondaires, de grandes exploitations agricoles et parfois d’anciennes demeures qui tombent en ruine. »

Louis vit désormais un peu plus haut à La Croix de Cors avec sa sœur. Ce sont les seuls habitants de ce lieu-dit. Non loin de là, à Carrade exactement, vit Gilbert Nègre, né en 1932, et au lieu-dit Champ d’Albi, à peine plus loin, vit Denise Massol, née en 1938 ainsi que Jean-Pierre Bouyssie, un « jeune » voisin, né en 1967. Tous ces lieux-dits, ces hameaux tels que celui de Ginals où vivaient il y a encore quelque temps Odile Puech et son chien Dick évoquent une même façon de vivre, empreinte d’autrefois. Ce sont des petits bouts du monde qui témoignent de la fin d’un monde. C’était hier.

Loïc Trujillo


 

IN THE PAST, RIGHT UP TO THE END

Louis and his sister live at La Croix de Cors, near Padiès, a town in the Tarn in southwestern France.  They are the only people living here.  Not far from there, at Carrade to be precise, lives Gilbert Nègre, born in 1932, and just a little further on, in a place known as Champ d’Albi, live his “young” neighbour – Jean-Pierre Bouyssie, born in 1967, and Denise Massol, born in 1938 and deceased in 2018.

All of these places, hamlets like Ginals, where Odile Puech and her dog Dick lived up until recently, evoke memories of a way of life that harks back to times past.

Who remembers that only a few decades ago more than a hundred fires burned in the hearths of Padiès and that there were as many as seventy children at the school?  A village was a society in itself, and the countryside was teeming with various tradesmen such as wheelwrights, saddlers, carpenters, blacksmiths, cobblers, coopers….

Today, these are the little corners of the world that underscore the end of a world.  This work looks at the exodus from these hitherto bustling centres of activity, and at the isolation and loneliness that ensue.

 

 

The ruins of an old farmhouse and outhouses located in Padiès, a place in the Tarn in southwestern France, appear every December when the Saint-Géraud dam, built in 1992, is opened to allow the level of the river Cérou to drop.  Amongst the rocks you can make out the remains of a wood oven which was still running sixty years ago.  It is easy to imagine how life must have been here.  But that now is all in the past.

“– This is where the vegetable garden was…” says Louis.

He points to an area bounded by low stone walls which are still intact, and then, looking a little to the right, shows what it is left of the cowshed.

“– One day, a cobbler stopped by this house where my parents lived,” he said.  “I must have been about 5 years old, it was just after the War.  My father went off with him one morning to choose a tree in the forest, often it would be an alder as the wood is lighter.  The cobbler would make clogs for the whole family out of the one trunk, in exchange for lodgings and a little money.  During cold weather, we would put embers in our clogs to heat them up…

Nowadays you see a lot of dead wood and fallen trees in the forests.  It is sad to see the state of the oak, horse chestnut and alder trees.  The trees are dying off.  In the olden days we used to say ‘he’s as hardy as an oak’”.  

“– In the past, we gave the cows a name: Pompom, Ginger, Little Fig. Now they just have a number, they go off to the abattoir, to the scrap yard.  A bullet in the head and they finish up on a meat hook.”

“– Back then, you went to school on foot by the tracks through the woods, with a bowl for soup in your hand and a few chestnuts in your pockets.  More than a hundred fires burned in the hearths of Padiès and there were as many as seventy children at the school.  The countryside was teeming with various tradesmen such as wheelwrights, saddlers, carpenters, blacksmiths, cobblers, coopers… A village was a society in itself, but now it is made up mainly of holiday homes, large farms and occasionally a few stately homes falling into ruin.”    

Louis now lives a little higher up La Croix de Cors, with his sister.  They are the only people living here.  Not far from there, at Carrade to be precise, lives Gilbert Nègre, born in 1932, and just a little further on, in a place known as Champ d’Albi, lives Denise Massol, born in 1938, as well as Jean-Pierre Bouyssie, a “young” neighbour, born in 1967.  All of these places, hamlets like Ginals, where Odile Puech and her dog Dick lived up until recently, evoke memories of a way of life that harks back to times past.

That was back then. 

Loïc Trujillo

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Recto-Loic-TRUJILLO.jpg 1724 2362 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:22:322026-03-31 11:33:41PADIÈS
Bénédicte THOMAS

LE MONDE SELON DOWN

13 novembre 2023/par Faitetcause

Il y a le possible, cette fenêtre du rêve ouverte sur le réel.
Victor Hugo

 

Belgique 2016 – 2019

Deux jeunes filles discutent des bienfaits d’un après-shampoing sous la douche d’un centre aquatique. Cette conversation banale prend une dimension toute particulière en ce jour des Special Olympics. Témoin de cette conversation, je prends conscience de la normalité avant même de voir la différence. Ma perception du handicap est chamboulée.
Ces deux jeunes filles porteuses de la trisomie 21 ont une capacité d’autonomie assez étonnante. L’image que renvoie Pascal Duquenne dans le film Le Huitième Jour de Jaco Van Dormael reste pour la plupart d’entre nous irréelle ou exceptionnelle. Mais qu’en est-il concrètement aujourd’hui ? Une centaine d’enfants touchés par le syndrome de Down naissent chaque année en Belgique. Deviennent-ils des adultes épanouis et heureux ? Quelle place la société leur accorde-t-elle ?
Ces questions m’invitent à partir à leur rencontre.

 

Etre autonome… un rêve, un combat, une quête, une fierté…
Jour après jour, à force de détermination et de courage, les adultes porteurs de la trisomie 21 acquièrent davantage de confiance et surmontent les difficultés les unes après les autres, inlassablement. Guidés par leur entourage dès le plus jeune âge, ils développent peu à peu leurs compétences, s’adaptent à leur handicap, acceptent leurs différences et s’épanouissent.

« Le monde selon Down » présente des instants de vie du quotidien de ces personnes aux qualités humaines remarquables. Un reportage engagé et humaniste pour une société plus inclusive.

Bénédicte Thomas

 


 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Recto-Benedicte-THOMAS.jpg 1724 2362 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:22:322026-03-27 15:12:41LE MONDE SELON DOWN

GUERRERO, L’ÉTAT OUBLIÉ

13 novembre 2023/par Faitetcause

Alfredo Bosco / Luz
Avec le soutien du Figaro Magazine

Sur les 32 entités fédératives qui composent le Mexique, plus d’une douzaine prétendent régulièrement au titre d’« État le plus violent ». Guanajuato, Colima, Jalisco, Michoacán, Sonora, Tamaulipas, Veracruz, Chihuahua… Guerrero. Des noms qui reviennent fréquemment dans les colonnes de la presse internationale, rapportant des drames toujours plus terribles, des exactions toujours plus sanglantes.

Le Guerrero réunit à lui seul tous les superlatifs. En premier lieu parce que cet État côtier du sud-ouest du Mexique, de par sa géographie et son climat, possède la plus grande quantité de champs de pavot du pays, et que ses vallées montagneuses encaissées profitent aux criminels comme des forteresses naturelles. À Acapulco, sa plus grande ville, moitié Miami moitié Saint-Tropez et autrefois connue pour les frasques d’Elizabeth Taylor, de Ronald Reagan et de la jet-set américaine, les paillettes ont aujourd’hui disparu mais les balles pleuvent plus que jamais. La ville caracole en tête du classement des villes les plus dangereuses du pays : 874 personnes y étaient assassinées en 2018 ; un record dépassé en 2019 et qui le sera très certainement encore en 2020.

Ce territoire du Guerrero, plus de quarante entités se le disputent dans une guerre sans merci. Guerre entre plusieurs cartels – comme celui de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), ancien bras armé du cartel de Sinaloa devenu autonome – et autres organisations criminelles traditionnelles, auxquels s’ajoutent, depuis quelques années, des groupes d’autodéfense. Des milices armées formées par des populations prises entre deux feux, n’ayant plus confiance dans une police corrompue et des élus complices des trafiquants, mais qui, in fine, n’auront souvent pas d’autre choix que de collaborer au trafic pour survivre. Des petites armées de fortune qui, parfois, vont jusqu’à armer des enfants pour grossir leurs rangs.
D’abord en tant que projet personnel puis en commande pour Le Figaro Magazine, Alfredo Bosco a voulu témoigner de cette violence aveugle institutionnalisée (en 2019, 34 582 personnes ont été assassinées dans le pays) et de la situation particulière dans cet État de Guerrero.
Voyage au cœur d’une terre livrée à elle-même.

Vincent Jolly
Grand reporter au Figaro Magazine


 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Bosco-Mexique_021.jpg 1440 1920 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:22:322025-10-21 13:53:56GUERRERO, L’ÉTAT OUBLIÉ

TOUS TÉMOINS

13 novembre 2023/par Faitetcause

Evénement rare dans l’histoire de notre Galerie, au printemps 2021, FAIT & CAUSE exposera les gravures et dessins de l’artiste syrien, Najah Albukai. Cette exception dans notre vocation dédié à la photographie sociale se justifie à la fois par la convergence du sujet et par l’extraordinaire qualité de son travail.

Najah Albukai (50 ans) appartient en effet à cette petite famille des artistes qui, ayant eu le malheur de connaitre l’horreur des camps et des prisons, ont su tirer de leur expérience atroce ce qu’il faut bien appeler des chefs d’œuvres.
Professeur de dessin dans une université à Damas, il n’était ni jihadiste ni membre de la rébellion lorsqu’il a été dénoncé en 2012 pour avoir participé à des manifestations et emprisonné pendant un an.

Ses dessins sont un témoignage bouleversant de ce qu’il a vu et vécu : les coups, les tortures, les humiliations…
Ils font inévitablement penser à ceux ressurgis sous le crayon de Zoran Music plus d’un quart de siècle après qu’il ait été victime et témoin des atrocités de Dachau.
La mémoire photographique de Najah Albukai, a tout enregistré et sa main obsédée reproduit ce dont l’œil ne cesse et ne cessera pas de souffrir.

La sidération que nous avons éprouvée lorsque nous avons découvert ses dessins en août 2018, dans un numéro de Libération, a provoqué la volonté de faire connaitre son œuvre.
Elle sera exposée à la Galerie FAIT & CAUSE et éditée. Nous avons réalisé – avec les Editions Actes Sud – le projet d’un livre, qui paraîtra en même temps que l’exposition.
Les dessins de Najah Albukai seront accompagnés de textes que nous avons demandés d’écrire à des auteurs – en résonnance avec l’émotion suscitée par leur violence – sur les injustices et les tragédies de notre époque.

Tous Témoins réunit des textes d’une vingtaine d’écrivains français et étrangers : Philippe Claudel, Dominique Eddé, Laurent Gaudé, Jérôme Godeau, Nancy Huston, Farouk Mardam-Bey, Wajdi Mouawad, Olivier Py…

 


A cette occasion, nous coéditons – avec les Editions ACTES SUD –
un livre consacré à ses œuvres accompagné de textes écrits autour de ces sidérants dessins de prison (Abdulrab Sarori Habib, Alba Rico Santiago, Marijosé, Alie, Djaïli Amadou Amal, Sinan Antoon, Mohamed Berrada, Jacques A Bertrand, Philippe Claudel, Marie Desplechin, Thimothée, De Fombelle, Dominique Eddé, Alaa El Aswany, Laurent Gaudé, Jérôme Godeau, Nancy Huston, Hala Kodmani, Souad Labizze, Farouk Mardam-Bey, Wajdi Mouawad, James Noël Olivier Py,
Alan Riding, Sebastiao Salgado, Elias Sanbar, et Samar Yazbek).

 

Nous organisons également le 20 Mars à 19h, à la Maison de la poésie,
à Paris, une soirée au cours de laquelle Nancy Huston, Laurent Gaudé, Philippe Claudel, Jérôme Godeau, et Wajdi Mouawad liront leurs textes en une soirée mise en scène par Wajdi Mouawad, entourés par les musiques de Dominique Mahut (percussions), Nancy Huston (Piano), Najah Albukai (Oud et guitare) avec la participation exceptionnelle de Bernard Lavilliers : Et si l’espoir revenait …
En direct sur Facebook et la chaine Youtube de la Maison de la poésie,
sur les réseaux du MUCEM et de l’Institut du Monde Arabe.

Vous pouvez préacheter le livre, soutenir sa publication et faire circuler ces informations sur :
TOUS TEMOINS par Soulé 2 — KissKissBankBank

 

 


 

WE’RE ALL WITNESSES


Committing the unspeakable to paper

Committing the unspeakable to paper. Giving form to the unbearable. Najah Albukai’s art stands proud. The confrontation leaves you breathless. The merest word, the briefest of comments sticks in your throat. What can you say? What do you say to a man who has lived on intimate terms with dead bodies? You cannot believe what your eyes are seeing. In a flash, the scalpel of the drawings lacerates your eyelids. Impossible to turn away from the offering that these sheets represent, as you contemplate them, one by one, with shock and amazement. How can you not be affected by these images? We were dazed. Dumbfounded. We wanted to understand.

There is an irresistible, dark night in the depths of man that overflows time. The unending tenebrous night of hate, of all of History’s mass graves and concentration camps. At their own risk, a rare few artists – often the greatest ones – have immerged themselves in the vision of that black matter which seems to reflect continuously off Najah Albukai. It flows in the bloody ink of his drawings. Printed on the bare and bruised flesh of the wounded soul, it finds an exact correlation in the dark grooves of an engraving, in that art where one scores, incises, and files the copper plate to reveal the imprint of death at work. An obscene pack of torturers who beat, punch and hit out blindly. Stripped naked. Humiliated. Martyred. Piles of body parts identified with markers after the slaughter. Where are we? In the prisons of Damascus in the year 2014….in « Centre 227 ». In the basement of the house of the dead, haunted by gaunt shadows, by rickety ghosts laid out on blankets stiff with dried pus, by the bodies of fellow inmates – those who did not survive the « interrogation ».

The sheet of drawing paper opens up another world. Line by line, Najah Albukai works to reproduce what Bachar el-Assad’s henchmen and militias sought to disfigure. This sketch, so easy to erase, that delicate engraving, so easy to tear up, capture your full attention with the sharply focused vision of the apocalypse that they convey. The artist is truly the one who pulls the curtain aside, who “uncovers”, in the literal sense of the Greek word apokaluptein, the tragedy of mankind. He brandishes the humble recording power of the pen against the beastliness of chaos and of a warped world. No detail escapes his keen eye, whether it be the pain endured or the fury of the torturer. The Syrian artist finds the very expression of his art as a hunted man, imprisoned and soon to be executed by his fellow men. And thus he exhibits the true face of humanity derided, of human misery brought forth like a revelation. What a terrible revelation. The onus is on us to merit it.

Jérôme Godeau

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Naja11-pour-Facebook.jpg 822 662 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:22:322024-10-19 17:24:24TOUS TÉMOINS

GUERRE EN VILLE

13 novembre 2023/par Faitetcause

Créé en 2011, le Visa d’Or humanitaire du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) récompense chaque année dans le cadre du prestigieux festival international du photojournalisme de Perpignan, Visa pour l’Image, un photographe qui aura su illustrer une thématique humanitaire.
Après « le respect de la mission médicale » (2011-2014), puis « Femmes dans les conflits armés » (2015-2017), le CICR a souhaité, à travers ce concours ouvert aux photojournalistes professionnels, traiter des conséquences humanitaires des guerres en ville.
Ainsi, depuis 2018, les lauréats du Visa d’Or humanitaire du CICR, Véronique de Viguerie, Abdulmonam Eassa, Alfredo Bosco et Antoine Agoudjian ont couvert et documenté « La guerre en ville ». Celle-ci se résume à l’horreur pour les civils. Ils sont soit condamnés à fuir maison et quartier, abandonnant tout, soit au contraire obligés de se terrer dans des caves, avec l’hypothétique espoir que les combats cessent rapidement.
Yémen, Syrie, Mexique, Haut-Karabakh, tels sont les contextes à redécouvrir dans cette exposition « Ville en guerre », grâce à l’œil talentueux et aguerris de ces photojournalistes dont le travail, empreint d’humanité, rappelle que toute guerre doit avoir des limites. Ces limites sont pourtant fixées par les Conventions de Genève, auxquelles sont parties tous les Etats de la planète. Elles protègent toutes les victimes des conflits armés, du combattant blessé ou capturé aux populations civiles… L’article 1er commun de ces textes majeurs stipule que les 196 Etats parties se sont engagés « à respecter ET à faire respecter en toute circonstance » les Conventions de Genève… Respecter et faire respecter !

Guerre en ville
Les conséquences humanitaires des combats en zone urbaine sont toujours effroyables.
Principales victimes, les civils. Le droit international humanitaire (DIH), dont le socle sont les Conventions de Genève, les protège pourtant, ainsi que les infrastructures nécessaires à leur survie ; stations d’eau potable par exemple ou encore hôpitaux.
L’un des principes cardinaux du droit international humanitaire oblige tout belligérant à distinguer combattant et non-combattant, et par conséquent à épargner la population civile.
Le CICR travaille dans la plupart des villes en guerre, aux côtés des sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge impliquées. Il tente au quotidien d’apporter des réponses à la détresse des populations, tout en négociant avec les belligérants des accès humanitaires.
Fuir ou se terrer
Une seule question pour les citadins piégés dans les combats : tenter de fuir ou attendre, terré, une amélioration ? Frapper sans distinction dans des zones densément peuplées est interdit par le DIH. Les principales conséquences pour les civils sont au nombre de 5 :
– L’absence de toute sécurité en raison des combats, des bombardements mais aussi des mines, des engins explosifs improvisés, des projectiles non explosés mais aussi du comportement des belligérants.
– Les pénuries en nourriture, en eau, en médicaments mais aussi en électricité ou encore en combustible.
– L’impossibilité d’accès aux soins en raison d’hôpitaux endommagés ou détruits, et de pénurie en personnel de santé pour cause d’insécurité.
– La dégradation immédiate de la situation socio-économique ainsi que l’accès à l’éducation ou encore à l’emploi.
– L’évacuation des populations des villes, enfin, quand elle est possible, reste un défi humanitaire majeur puisqu’il convient d’assister des milliers de déplacés tout en soutenant les populations hôtes.

 


Every year since 2011, during the prestigious Perpignan International Festival of Photojournalism, the Humanitarian Visa d’Or of the International Committee of the Red Cross is awarded to a photographer in recognition of his or her work in illustrating a humanitarian subject.
After “The Respect of Aid Missions in War Zones” (2011-2014), and then “Women in War” (2015-2017), the ICRC sought to highlight the humanitarian consequences of urban warfare through this competition open to professional photojournalists.
And so, since 2018, the winners of the Humanitarian Visa d’Or of the ICRC, Véronique de Viguerie, Abdulmonam Eassa, Alfredo Bosco and Antoine Agoudjian, have covered and documented “Urban Warfare”. This means horror for civilians. Either they are forced to flee their homes and neighborhoods, leaving everything behind them, or they have to hide in their basements, in the hope that the combat will soon come to an end.
Yemen, Syria, Mexico, Nagorno-Karabakh, these are the contexts to be rediscovered in this exhibition entitled “Urban Warfare”, thanks to the talented and experienced eye of these photojournalists. Their work, full of humanity, serves as a reminder that all wars must have limits. And those limits are fixed by the Geneva Convention, adopted by all the countries in the world. They protect all the victims of armed conflict, whether it be an injured or captured soldier, or the civilian population. The first article common to these important texts asserts that the 196 signatory states commit to “respecting and ensuring the respect in all circumstances” of the Geneva Conventions…..Respect and ensure respect!

URBAN WARFARE
The humanitarian consequences of armed conflict in urban areas are always terrible. The main victims are the civilian population. Notwithstanding that, they and vital infrastructures (drinking water pumping stations or hospitals, for example) are protected by International Humanitarian Law, based on the Geneva Conventions.
One of the guiding principles of International Humanitarian Law obliges fighters to distinguish between fighters and non-fighters, thereby protecting the civilian population.
The ICRC is active in most theatres of urban warfare, alongside the national actors of the Red Cross or the Red Croissant. It tries to bring solutions to alleviate the distress of the local populations, all the while negotiating with the fighting parties for access to humanitarian aid.
Flee or hide ?
One question is posed for the civilian population trapped in a conflict: try to flee, or rather hold out, bunkered, awaiting an improvement? Attacking densely populated areas indiscriminately is forbidden under International Humanitarian Law. There are five main consequences for civilians:
– A total absence of safety due to the fighting and bombing, but also due to mines, improvised explosive devices, unexploded munitions and also the behavior of the belligerents themselves
– A lack of food, water, and medicine, as well as electricity and fuel
– No access to medical care due to damaged or destroyed hospitals and a lack of staff to run them
– An immediate turn down in the socio-economical situation as well as increased difficulty getting access to education or to employment
– Finally, the evacuation of urban populations, when it is feasible, remains a major humanitarian challenge as thousands of refugees need help at the same time as the populations who welcome them in.

 

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2018 – DES HÉROÏNES FABRIQUÉES PAR LA GUERRE 

Véronique de VIGUERIE

Depuis 2006, le Yémen est l’un des pires endroits où vivre pour une femme.

La guerre civile qui oppose depuis trois ans les rebelles houthis au gouvernement en exil, soutenu par une coalition armée emmenée par l’Arabie saoudite, n’a fait qu’empirer les choses. Pourtant, malgré l’omniprésence de la mort et les privations qu’inflige cette guerre, les femmes assument des rôles sociétaux auparavant dominés par les hommes. De par leur absence, parce qu’enrôlés, blessés ou tués, les femmes deviennent cheffes de famille, prodiguent des soins, s’inscrivent à l’école, organisent le commerce et assument aussi des rôles politiques et d’activistes.

Amat, premier ministre du gouvernement dit “des enfants”, jeune fille de 17 ans, est l’une des 33 ministres, pour la plupart des garçons. Elle lutte contre la corruption et persuade les commandants en première ligne de libérer des enfants soldats ou d’empêcher les mariages d’enfants. Dans les hôpitaux publics comme celui de Saada, un bastion houthi, les victimes des bombes à sous-munitions ou de la famine arrivent chaque jour. La majeure partie du personnel est composée de femmes suffisamment motivées pour venir travailler sans percevoir de salaire depuis plus d’un an.

Dans l’enseignement supérieur, les femmes sont aujourd’hui plus nombreuses que les hommes dans les domaines de l’informatique, des sciences et du droit. Elles veulent plus tard jouer un rôle très actif dans la société yéménite.

Après une année de tentatives pour entrer dans le pays, j’ai finalement réussi à passer un mois, d’octobre à novembre 2017, dans le nord du Yémen.

Le choix du jury du Visa d’or humanitaire ne reflète pas les positions du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

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HEROINES MADE BY WAR

Since 2006, Yemen is one of the worst country to live as a woman. The three-year civil war, between rebel Houthis, the exiled government, and a Saudi-backed coalition, has only made things worse. And yet, amid the death and deprivation of this war, women are assuming societal roles that were previously dominated by men. As more men are conscripted, wounded or killed, more women are the sole providers for their families; practicing medicine; enrolled in school; selling goods; and assuming political and activist roles.

Ahmat, Prime minister of the so called children government, a strong-willed 17-year-old, one of 33 ministers – mostly boys – is working to fight corruption and to persuade commanders on the frontlines to release child soldiers or to prevent child marriages. In public hospitals like the one in Saada, a Houthi stronghold, victims of cluster bombs and famine arrive daily. Most of the remaining staff is female, committed enough to come to work despite not having received their salaries for more than a year. In higher education, where people have access to it, female graduates outnumber males in IT, sciences and law schools. The young women in these schools want to be active in Yemeni society.

Amid the tragedy of Yemen’s long war and the loss of men, women are being forced into new roles. Women are not passive spectators in the conflict unfolding in Yemen.

After a year trying to get into the country, I finally spent a month in North Yemen in October and November 2017.

 

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2019 – LA FIN (SANS ESPOIR) DE L’INJUSTICE

Abdoulmonam EASSA

Une ville assiégée n’est rien d’autre qu’une gigantesque prison, où les civils et leurs proches sont pris au piège.

Seuls les rêves et les souvenirs permettent de s’échapper, l’espace d’un instant fugace. La réalité ressurgit inlassablement pour prendre sa revanche et nous replonger dans un gouffre d’horreurs et de souffrances quotidiennes. Le bruit des tirs d’artillerie et des frappes aériennes et le spectre de la mort envahissent tout, de même que la faim, le froid glacial, la flambée des prix et les pertes sans fin.

Jusqu’à fin mars 2018, les bombes frappaient encore les villes et les villages de la Ghouta orientale, sans répit, semant la peur et la destruction comme jamais depuis le début du siège en 2013.

En l’espace de deux mois à peine, le paysage et tous les points de repère ont totalement changé. Les mosquées, les hôpitaux et les écoles ont été détruits.

Ces frappes étaient une forme de punition collective pour tous ceux qui vivaient sous le siège, et un avertissement adressé aux autres quartiers et villes rebelles. Les civils innocents, empêchés de quitter les abris pour mener leurs activités, étaient piégés et terrorisés par les bombardements incessants. Certains sont morts dans ces abris où ils pensaient être en sécurité.

La petite enclave de la Ghouta orientale, contrôlée par les brigades de l’opposition et quelques factions islamistes, justifiait, aux yeux de Bachar el-Assad, de mobiliser les vastes capacités militaires du régime, avec l’appui aérien des Russes, et d’avoir recours à tout type de munitions, tuant des milliers de civils innocents. Un grand nombre de combattants et de civils ont fini par être évacués de force vers le nord de la Syrie, après un accord injuste en vertu duquel plus de 60 000 habitants ont été contraints de quitter leur maison et leurs terres.

Le choix du jury du Visa d’or humanitaire ne reflète pas les positions du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

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UNEXPECTED END OF INJUSTICE

A city under siege is nothing but a huge prison, traps you and your loved ones inside without any possibility of leaving.

The only escape is to take refuge in your dreams and memories, but this is only temporary – every time reality hits you back with its revenge (wrath?), and drags you down the hole of everyday horrors and suffering. Sounds of shelling, airstrikes, the threat of death that follows you everywhere you go, starvation, freezing weather, skyrocketing prices and endless losses.

Up until a late moment in March 2018, airstrikes were hitting the villages of Eastern Ghouta on a daily basis, a terrorizing and destructive rate that has not been seen throughout the years of the siege – since 2013.

In under 60 days, the landmarks of the cities and villages changed completely with the destruction in mosques, hospitals and schools.

The shelling was a form of collective punishment to everyone living inside the siege, and as a lesson to other rebellious neighborhoods and cities. During this period, innocent people could not leave the shelters to secure their daily needs because of their deep fear from the constant shelling. Some died in shelters trying to protect themselves.

The small pocket of eastern Ghouta controlled by opposition brigades and certain Islamist factions was, for the Syrian regime, sufficient justification for mobilizing its vast military capabilities, backed in the air by the Russians, and using all kinds of munitions, killing thousands of innocent civilians. Finally, large numbers of fighters and civilians were forcefully evacuated to northern Syria, after an unfair deal that displaced more than 60,000 residents from their homes and land.

 

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2020 – GUERRERO, L’ÉTAT OUBLIÉ

Alfredo BOSCO

Le Guerrero est la principale zone productrice de pavot du pays. Contrairement aux autres États mexicains, souvent contrôlés par une seule organisation, le Guerrero concentre le plus grand nombre de groupes criminels. Pas moins de quarante cartels et groupes de défense autoproclamés, autodefensas, s’affrontent pour le contrôle de la production et du trafic de drogue – l’héroïne destinée au marché américain avant tout – mais aussi d’autres rackets, dont l’extorsion. Dans les grands centres urbains comme Chilpancingo, Chilapa de Alvarez ou encore à Acapulco, ville autrefois touristique, des luttes internes brutales pour le contrôle territorial sèment la terreur parmi les habitants. N’importe qui peut devenir une victime. La violence y est terrible.

L’insécurité règne, obligeant souvent les habitants des plus petites villes à abandonner leurs foyers à la recherche de sécurité. Une des conséquences est l’apparition d’un nombre croissant de pueblos fantasma, villages fantômes.

Au Guerrero, il est facile de mourir, mais il est encore plus facile de disparaître. En 2014, la disparition de 43 étudiants d’Ayotzinapa avait d’ailleurs fait la une des médias internationaux.

Dans ce travail intitulé “Guerrero oublié”, l’ensemble des photographies ont été prises en 2018, 2019 et 2020 dans différentes parties de l’État de Guerrero.

Le choix du jury du Visa d’or humanitaire ne reflète pas les positions du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

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– FORGOTTEN GUERRERO –

This reportage documents the current social and political situation in the Mexican state of Guerrero, a unique player in the country’s drug war.

Guerrero hosts the largest poppy cultivation in the country but unlike any other state under the control of a single organisation, Guerrero is hostage to more criminal groups than any other region. Forty cartels and self-proclaimed defence groups (autodefensas) fight each other for control over drug production and trafficking – heroin for the U.S. market above everything else – and other rackets including extortion. In larger urban centres such as Chilpancingo, Chilapa de Alvarez and the once famous Acapulco, brutal internal fights spread terror among the locals for territorial control. Anyone can become a victim and the violence is terrible.

The chronic lack of basic security often forces inhabitants of smaller towns to abandon their homes in search for safety. A consequence is the increasing number of pueblos fantasma.

It’s easy to die in Guerrero but even easier to disappear, as the 2014 disappearance of 43 students in Ayotzinapa showed to the international media.

Pictures were taken in 2018, 2019 and 2020 in different parts of the state of Guerrero.

 

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2021 – ARMÉNIENS, UN PEUPLE EN DANGER

Antoine AGOUDJIAN

La photographie a ouvert la boîte de pandore d’une mémoire enfouie en moi. Né en France, j’ai entrepris il y a trente ans dans la pénombre une quête vers la lumière en cherchant à mettre en images les récits légués par mes grands-parents rescapés d’un génocide, celui des Arméniens en 1915. Jusqu’en 2015, j’ai constitué une fresque en noir et blanc chargée de la mémoire d’un monde anéanti, cherchant la trace de vestiges engloutis dans des lieux empreints du vide laissé par l’effacement d’un peuple.

Il y a six ans, j’ai décidé d’ouvrir une nouvelle page dans mon travail en passant à la couleur et initier ainsi une symbiose entre mémoire et histoire. Tout en restant dans l’évocation, je souhaitais par cette rupture esthétique intégrer le réel dans ma démarche, afin que le présent se superpose au passé. Cynique dialectique de l’histoire où l’on retrouve, avec l’État islamique et sur le même théâtre, l’éveil des stigmates légués par l’Empire ottoman au crépuscule de son existence.

La Turquie est l’héritière d’un crime impuni sur lequel s’est bâtie sa république en 1923, assimilant dans cet héritage une haine et une violence consubstantielles à l’impunité dont elle a bénéficié. Par son déni, elle est dans la quête perpétuelle d’un ennemi intérieur qu’elle veut tenir pour responsable de tous ses maux. Hier les Arméniens, aujourd’hui les Kurdes.

Le 27 septembre 2020, l’Azerbaïdjan, qui revendiquait la souveraineté d’un territoire qui lui fut arbitrairement offert par Staline en 1921, attaquait la république d’Artsakh (Haut-Karabakh), majoritairement peuplée d’Arméniens, dans une vaste offensive militaire orchestrée par la Turquie. Dans un silence assourdissant et bénéficiant d’une inertie suspecte de la Russie, une puissante coalition militaire équipée d’armes modernes, et épaulée par des djihadistes transférés de Syrie par la Turquie, maintiendra l’offensive pendant 44 jours sur cette petite république habitée par un peuple présent sur ces terres depuis l’Antiquité.

Le discours historique de Jean Jaurès, «Il faut sauver les Arméniens», qu’il prononça à la Chambre des députés en 1896 et qui dénonçait les massacres hamidiens commis contre les Arméniens, est plus que jamais d’actualité. Soutenu par des intellectuels tels que Georges Clemenceau ou Anatole France, il interpellait déjà le gouvernement français sur les massacres perpétrés à l’encontre des Arméniens par le Sultan.

L’offensive turco-azerbaïdjanaise sur l’Artsakh à l’automne 2020 constitue bel et bien le parachèvement du processus génocidaire initié il y a cent ans par le gouvernement des Jeunes Turcs. Il conduisit à la presque totale disparition des populations chrétiennes autochtones – arméniennes, grecques, syriaques et chaldéennes – de l’Empire ottoman.

Antoine Agoudjian

Le choix du jury du Visa d’or humanitaire ne reflète pas les positions du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

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https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Recto-carton-GUERRE-EN-VILLE-1920px72dpi.jpg 1267 1920 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:22:322024-10-19 17:28:55GUERRE EN VILLE

CAUSE, ANIMAL !

13 novembre 2023/par Faitetcause

Pourquoi passer par la caricature ?

 

“La caricature sert un peu à venger ceux qui eux ne peuvent pas s’exprimer.”
Stefan Zweig

La galerie FAIT & CAUSE a été créée en 1997 pour développer notre action militante sur les mentalités individuelles et sur les comportements collectifs.
En 25 ans, nous avons réalisé près de 120 expositions consacrées aux sujets de société (en France et dans le monde). Il s’est agi, dans la quasi-totalité des cas, d’expositions de photos parce que la photographie est un médium privilégié pour montrer les problèmes et dénoncer les injustices.
Dans tous les cas, nos choix ont été faits de façon à mettre la pertinence des images et leur qualité au service des causes.
Nous sommes de plus en plus conscients de la gravité des questions d’environnement et de celles concernant la condition animale. En elles-mêmes et dans leur lien avec notre propre état de vivants.
Nous avons, au cours de ces dernières années, réalisé des expositions consacrées à la pollution, à la surexploitation des ressources naturelles, aux trafics d’animaux, à la surpêche, à la corrida…
Pour « CAUSE, ANIMAL ! », nous avons fait appel aux dessinateurs et caricaturistes du collectif Scorbut parce que nous sommes convaincus que leur art percutant et corrosif peut montrer la barbarie, la violence, la cruauté dont les animaux sont aujourd’hui victimes par cupidité, par sadisme et par bêtise.

Michel Christolhomme
Président de l’association Pour Que l’Esprit Vive

 

 

Why use caricature?

“Caricature serves a bit to avenge those who cannot speak out.”
Stefan Zweig

The FAIT & CAUSE gallery was created in 1997 by the non-profit organization Pour Que l’Esprit Vive to develop advocacy campaigns on individual and collective behavior.
In 25 years, we have showcased nearly 120 exhibitions devoted to social issues (in France and around the world). They were primarily photo exhibitions because photography is a privileged medium for exposing problems and denouncing social injustices.
In all cases, our choices were made in such a way as to highlight the photos and their ability to serve a cause.
We are increasingly aware of the seriousness of environmental and animal rights issues. In themselves and in their connection with us, human beings.
In recent years, we have held exhibitions devoted to pollution, the overexploitation of natural resources, wildlife trafficking, overfishing, bullfighting…
For “Animal Talk,” we called on the cartoonists of the Scorbut collective because we are convinced that their hard-hitting, corrosive art depicts the barbarism, violence, and cruelty with which animals today fall prey, due to greed, sadism, and stupidity.

Michel Christolhomme, President of Pour Que l’Esprit Vive

 


 

CAUSE, ANIMAL !

A force d’annoncer qu’elle était imminente, la sixième extinction du vivant est bel et bien là. On n’avait pas vu ça depuis 65 millions d’années – depuis la fameuse disparition des dinosaures. Elle ne fait que commencer, à peine 2 ou 3% du vivant a déjà disparu, mais tous les spécialistes s’en effarent : elle va très vite.
Depuis que Descartes a décrété que l’animal n’était qu’une machine dépourvue de parole et de raison, notre société industrielle s’en est donnée à cœur joie. La vivisection sans états d’âme. Les expériences de laboratoire à volonté -un million de souris sacrifiées chaque année en France. L’élevage industriel concentrationnaire, poules, cochons, lapins, dindes, canards, etc. La fabrication de la vache folle. Les fonds sous-marins surexploités. L’aquaculture applaudie partout. La chasse comme divertissement de masse. Les trafics d’animaux exotiques. Le pangolin désigné comme ennemi -ah non, tiens, ce n’était pas lui.
Pour couronner le tout, les premières disparitions de masse. On en a fait, du chemin, depuis la disparition du dodo de l’île Maurice (1680), du moa de Nouvelle-Zélande (1773), du grand pingouin (1844), de la tourte voyageuse américaine (1900), du dauphin de Chine (2002). Désormais, sur deux millions d’espèces identifiées, la moitié est menacée à terme. Même les politiques commencent à s’en émouvoir. Et les grands raouts internationaux se succèdent pour tenter de freiner la machine de mort. Le prochain aura lieu en avril 2022 à Kunming (Chine).
L’animal, heureusement, ne compte pas que sur les décideurs. Voilà que partout de multiples voix s’élèvent en sa faveur. Il ne serait pas qu’objet, viande, cobaye, distraction, victime. Il aurait son mot à dire. Des choses à nous apprendre. Sur nous, et sur ce monde que nous avons en partage.
La galerie FAIT & CAUSE lui ouvre grand les portes. Pour commencer, du 2 févier au 12 mars, les dessinateurs du collectif Scorbut évoquent l’animal maltraité, exploité, surexploité. Dans un second temps, du 16 mars au 30 avril, ils exploreront d’autres pistes. Vivre ensemble devrait être possible.

Jean-Luc Porquet

 

ANIMAL TALK

By dint of announcing that it was imminent, the sixth mass extinction is upon us. We haven’t seen this in 65 million years – since the famous extinction of the dinosaurs. This is only the beginning: barely 2 or 3% of living things have already vanished. All experts are shocked by its rapidity.

Descartes’ theory that the animal is nothing but a machine devoid of speech and reason only fed our industrial society. Mercilessly vivisection. Countless laboratory experiments – one million mice sacrificed each year in France. Industrial concentration camps – chickens, pigs, rabbits, turkeys, ducks, etc. The making of the mad cow disease. Deep-seabed overexploitation. Aquaculture celebrated everywhere. Hunting as mass entertainment. Wildlife trafficking. The pangolin identified as a public enemy – ah no, it wasn’t him!

Topping it all off, the first mass extinction. We have come a long way since the extinction of the dodo of Mauritius (1680), of the New Zealand moa (1773), of the great penguin (1844), of the American passenger pigeon (1900), of the dolphin of China (2002). Currently, out of two million species identified, half are ultimately threatened. Even politicians are waking up. International summits follow one another to try to slow down the killing machine. The next one will take place in April 2022 in Kunming (China).

Fortunately, animals do not rely solely on decision makers. Voices are being raised globally in their favor. They wouldn’t just be commodities, food, guinea pigs, distractions, and victims. They would have their say. Teach us about us, and about this world that we share.

The Fait & Cause gallery opens its doors to them. To begin with, from January 19 to February 26, the cartoonists of the Scorbut collective address the mistreated, exploited, and overexploited animal. Then, from March 2 to April 16, they will explore alternative options. Living together should be possible.

Jean-Luc Porquet

 



Collectif SCORBUT

Scorbut a vingt-quatre ans et toutes ses dents.
En 1998, la France accueille la coupe du monde de football. Tout le monde est ravi. Cabu, Kerleroux et Wozniak encore plus. Ces trois dessinateurs du Canard enchaîné se déchaînent. Au point que les 8 pages du palmipède ne suffisent pas à publier tous leurs dessins. D’où leur idée de créer un site internet.
Scorbut !
Le site s’ouvre par la suite à un collectif d’artistes œuvrant dans des domaines aussi variés que le dessin, la musique, la peinture, la sculpture ou encore l’élaboration de vitraux. Au fil des années, Scorbut accueillera les dessinateurs Cardon, Guiraud, Delambre, du Canard enchaîné. Charb, Wolinski, Tignous, Luz, Honoré, de Charlie Hebdo. Des écrivains comme Ramon Chao (ou son fils Manu Chao, qui offre des poèmes), des journalistes comme Anne Jouan, Frédéric Pagès ou Jean-Luc Porquet. En 2014, Vera Makina et Adelina, dessinatrices au Canard, et le sculpteur Cébé le rejoignent. Deux ans plus tard, le vitrailliste Léo Amery.
L’attentat contre Charlie Hebdo et la mort de Cabu n’entravent en rien la volonté de Scorbut de perdurer. Quel meilleur hommage que de continuer, crayon à la main ? Organisation d’expositions, concerts, ciné-club, street-art, collaboration avec le Prix de la Démocratie (fondé par l’Institut Marc Sangnier) ou avec le DAL (Droit Au Logement) : Scorbut continue.
Le foot mène à tout !

 

Petites biographies

Faut-il vraiment présenter Cabu ?
Cabu : caricaturiste et dessinateur emblématique de la presse française. Il collabore avec de nombreux journaux satiriques comme Hara-Kiri, Charlie Hebdo et le Canard Enchaîné dont il est l’un des piliers durant plusieurs décennies. Il est également l’auteur de nombreuses bandes dessinées et d’ouvrages plus personnels relatant ses voyages et sa passion pour le jazz.

Wozniak : né à Cracovie, expulsé de Pologne pour son appartenance à Solidarnosc, il dessine au Canard enchaîné depuis plus de 30 ans. Avec Cabu et Kerleroux, il a fondé le site satirique Scorbut. Il aime collaborer avec des musiciens, notamment Archie Shepp et Manu Chao (livres, affiches, pochettes de disques). Il lui arrive de dessiner en direct lors de certains concerts. Il a exposé ses oeuvres de Majorque à Cuba en passant par la Suisse, l’Argentine, le Mexique. Il soutient régulièrement l’association Droit Au Logement..

Kerleroux : Il a collaboré à de très nombreux journaux, Politique Hebdo, Libération, Le Matin, Le Gri-Gri International, Le Monde, etc. Il dessine au Canard Enchaîné depuis plus de 30 ans. Il est l’un des fondateurs de Scorbut, avec Cabu et Wozniak. A son actif, deux albums et plusieurs livres illustrés.

Cardon : Il a publié ses premiers dessins dans Bizarre, de Jean-Jacques Pauvert. Puis, en 1968 dans l’Enragé. Et aussi dans l’Humanité, le Monde, l’Echo des savanes, etc. Et, à partir de 1974, dans le Canard enchaîné. Il a participé régulièrement à l’émission mythique de Jean Frappat, Du tac au tac, et publié plusieurs albums.

Adelina : jeune artiste kazakhe, elle publie régulièrement ses dessins au Canard enchaîné depuis 2017. Elle est également membre active de Scorbut, et a illustré nombre d’ouvrages. Touche-à-tout, elle s’essaye avec succès au stylisme et à la création d’affiches cinématographiques.

Cébé : membre de Scorbut, il peint et sculpte depuis les années 80, travaillant les matériaux les plus divers, acier, laiton, bronze, bois ou céramique. Il réalise également du mobilier d’intérieur et urbain, ainsi que des oeuvres monumentales.

Jean-Luc Porquet : Journaliste au Canard enchaîné depuis 1994, il y tient notamment une chronique sur l’écologie et la société technicienne, tout en y signant les critiques théâtrales. Il a écrit plusieurs ouvrages, dont le dernier est Le grand procès des animaux (éditions du Faubourg).

 


 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/radiochango-01-1274x1536-1.jpg 1536 1274 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:22:322025-11-06 17:46:24CAUSE, ANIMAL !

PÉPÉ

13 novembre 2023/par Faitetcause

« Mon grand-père, Pépé, est originaire de la ville de Bergerac, où j’ai passé une grande partie de mes étés d’enfance.

En 2014, ma grand-mère et ma grand-tante ont eu des complications de santé. La première, suite à la maladie d’Alzheimer, la deuxième a connu un rapide déclin de ses facultés mentales, dans un état proche de la démence. J’ai alors choisi d’être présent dans ces moments où tout semblait leur échapper.
J’ai commencé à prendre des photos et à écrire, sans but précis, sans idée de travail. Parce que c’est le moyen que j’ai trouvé pour affronter ces moments si particuliers. Puis, j’ai décidé de continuer parce que cela me faisait du bien, par besoin de garder une trace de ce petit monde bien à eux.

En l’espace d’un mois, Mémé puis Tati sont décédées. Pépé est resté seul. J’ai décidé de l’accompagner. Pendant plus de trois ans, tous les deux mois, je suis venu rendre visite à mon grand-père.
Chaque fois, j’enregistrais les faits et les impressions des uns et des autres.

L’histoire que je raconte commence donc en juin 2014.
De la perte de sa femme à une chute dans les escaliers de sa maison, de sa convalescence qui a duré quatre mois à son départ en EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes), située face à l’hôpital de Bergerac. Ces étapes sont les points de repère qui séquencent la narration, où textes et photographies s’entremêlent chronologiquement. Et, au milieu de tout ça, son histoire, notre histoire, se raconte.
Elle témoigne de nos échanges et de ses mémoires, de mes doutes et de mes interrogations. Elle raconte une part de notre chronique familiale avec douceur, autour de la lente vieillesse de cet homme que j’aimais beaucoup.
Pépé est rentré à l’EHPAD de Bergerac en avril 2015 et y aura vécu deux ans et demi.
Car, bien malheureusement, il nous a quittés en octobre 2017.

Il a partagé tous ces moments avec générosité et savait le projet de ce livre et de cette exposition, qu’il a toujours soutenu à sa manière. »

Dorian François

 


 

“Pépé, my grandfather, came from Bergerac where I spent much of my summers as a child. 

In 2014, my grandmother and grand-aunt were both struck by illness.  My grandmother was diagnosed with Alzheimer’s disease, while my grand-aunt declined very rapidly into dementia.  It was at that time that I decided to be close to them, when they seemed to be losing a grasp on everything.
I started taking photos and writing, with no particular aim nor idea for a specific project.  It just seemed to be the best way to face those difficult times.  And then, as it appeared to do me good, I decided to continue, in order to keep a souvenir of their special little world. 

Mémé, my grandmother, and Tati, my grand-aunt, died within a month of each other.  Pépé was left all alone, and I decided to keep him company: for more than three years, I came to visit my grandfather every two months.  Every time, I noted what happened and our respective impressions.   

The story I’m going to tell started in June 2014 and covers the loss of his wife, his fall down the stairs, and his recovery which lasted four months until he left for a home just opposite Bergerac general hospital.  These are the steps that structure the story, where texts and photos are mixed chronologically.  And in the midst of all that, it is his story, our story, that unfolds.
It is the story of our discussions, his memories, my doubts and questions.  It is a story that tenderly relates part of our family history, following the gradual aging of this man who I loved dearly.
Pépé moved to the old people’s home in Bergerac in April 2015 and lived there for two and a half years.
Sadly, he left us in October 2017. 

He gave generously of his time and was aware of the project for this book and exhibition, which he supported in his own way”.

Dorian François

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Journee-du-deces-de-ma-grand-mere-11-juillet-2014.jpg 1280 1920 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:20:392026-01-20 15:44:20PÉPÉ

ILS AVAIENT DES VISAGES POUR ÊTRE AIMÉS

13 novembre 2023/par Faitetcause

En juillet 1918, alors qu’il était lui-même soldat Paul Eluard écrivait :

J’ai eu longtemps un visage inutile,
Mais maintenant
J’ai un visage pour être aimé,
J’ai un visage pour être heureux.

Avec ce titre démarqué des vers d’Eluard, cette exposition entend attirer l’attention sur les bouleversements qu’a provoqués la Grande Guerre non seulement dans la vie amoureuse de ceux qui l’ont vécue mais dans les conduites des générations suivantes.


Une collection de cartes sentimentalo-drapeautiques

Sentimentalo-drapeautique : adjectif composé pour qualifier
la combinaison des émotions sentimentales et des valeurs patriotiques
des cartes postales éditées pendant la Grande Guerre.

Les raisons à l’origine d’une collection ne sont pas toujours bonnes. Celles qui m’ont amené à collectionner les cartes postales sentimentales ne le sont pas.
J’ai longtemps acheté – au hasard – des cartes de baiser éditées entre la fin du XIXème siècle et les années 1950. A cause de leur kitch.
Qu’est-ce qui amène certains (dont je suis) à s’intéresser à ce qui, comme ces cartes, est généralement jugé de mauvais goût ? Un penchant pour les transgressions esthétiques et une curiosité jalouse pour l’expression naïve des sentiments.
De toutes les cartes que j’ai chinées dans les bacs de rangement des brocanteurs et ailleurs j’ai toujours préféré celles de la Grande Guerre. En raison de leurs caractéristiques particulières (de leurs photomontages et de leurs ajouts poétiques). Avec le temps j’en ai réunies plus de 6 000 différentes. Mais on peut estimer à un total d’environ 10 000 les cartes de ce type éditées entre l’été 14 et l’automne 18, soit quelques 1 500 jours. Chacune tirée à des dizaines de milliers d’exemplaires.
Que de millions de baisers en papier !
Ce n’est que peu à peu que j’ai compris la valeur sacrée de reliques de ces cartes. Elles appartiennent à l’histoire de la Grande Guerre.
Les amateurs de photos s’intéressent peu aux cartes postales. Sans doute pour les raisons qui ont fait justement que j’ai commencé à m’y intéresser ! Et aussi parce que d’être produite en masse préjudicie la valeur marchande de chacune. Mais, faut-il le rappeler, la photo est par nature destinée à être indéfiniment reproduite et vue par le plus grand nombre possible.
Les cartes postales ont donc également leur place dans l’histoire de la photo. Particulièrement celles de la Grande Guerre à cause de leurs caractéristiques plastiques et poétiques.

Michel Christolhomme

 


 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Recto-Carton-dInvitation.jpg 817 1134 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:20:392026-01-13 15:42:12ILS AVAIENT DES VISAGES POUR ÊTRE AIMÉS
Samuel BOLLENDORFF

CONTAMINATIONS

13 novembre 2023/par Faitetcause

J’ai fait le tour de la Terre en 2018. Ça ne prend que quelques heures tant elle est petite, fragile. Et où que mon regard se soit porté, il s’est perdu dans l’obscurité.
Un fleuve mort sur 650 km, des poissons déformés, des forêts radioactives, des enfants qui naissent sans yeux, des mafieux qui trafiquent des déchets nucléaires, des déchets plastiques à la dérive au milieu d’un océan, devenus les premiers maillons d’une chaîne alimentaire dégénérée…

Qu’avons-nous laissé faire ?

« Contaminations » propose une réflexion sur les pollutions industrielles irrémédiables, transformant pour des décennies, voir des siècles, des territoires en zones impropres au développement de la Vie. Un tour du monde de zones contaminées par l’Homme du XXIème siècle et ses industries chimiques, minières ou nucléaires, qui laissent en héritage pour les générations à venir, des pans entiers de notre planète souillés.

Méthane, acide prussique, phosgène, phosphore rouge, oxyde d’éthylène, chlorure de vinyle, phénols, dérivés d’arsenic, de cyanure, de chlore, sulfure d’hydrogène, soude caustique, pétrole, bisphénol, DDT et PCB sont autant de molécules et produits de synthèse dont les concentrations dans les sols, les eaux et la chaine alimentaire, prendront des décennies, des siècles, parfois des milliers d’années, à retrouver des concentrations viables pour l’humain.

Face à ces constats, les discours de communication des industriels sont d’une cynique violence.
Les porte-paroles des compagnies pétrolières revendiquent une énergie verte à propos des sables bitumineux, les pollueurs brésiliens, connus pour leur corruption, ne sont pas condamnés, et à Fukushima, l’exploitant de la centrale fait du lobbying pour rejeter ses millions de litres d’eaux contaminées dans l’océan… et les taux de cancer augmentent en flèche. Mais les industriels n’ont pas un dollar à perdre.
Après moi le Déluge !

Depuis 20 ans j’ai travaillé sur des sujets traitant de la précarité. Longtemps j’ai imaginé que ces histoires n’étaient pas les miennes. Croyant peut-être pouvoir me protéger du poids des témoignages des plus fragiles en imaginant avoir la chance de ne pas être dans les situations que je photographiais.
Aujourd’hui, j’ai fait le tour de la Terre, et je l’ai vue si petite, si fragile…
Et nos déchets sont partout, contaminant les terres, les eaux et les airs. Nos océans immenses sont souillés jusqu’en Arctique, des milliers de tonnes de déchets polluent déjà l’Espace.

Continuer c’est être aveugle, ces histoires sont la nôtre.

Samuel Bollendorff


 

CONTAMINATION, OR AFTER ME THE FLOOD

For 2018, I chose to travel the earth. It is a small planet and can be covered in a matter of hours. Wherever I have looked I have seen darkness: a river, dead, over a distance of 650 kilometres, deformed fish, radioactive forests, children born with no eyes, the mafia dealing in toxic waste, plastic adrift in the ocean forming particles that are now part of a grotesque food chain. How have we let this happen?

Contamination addresses cases of irredeemable industrial pollution which, over decades and even centuries, has turned land into areas unfit for living beings. Here we have a world tour of areas contaminated by humans in the 21th century, by the chemical, mining and nuclear industries, where entire swathes of the planet earth have been fouled for generations to come.

Methane, prussic acid, phosgene, ethylene oxide, polyvinyl chloride and phenols; arsenic, cyanide and chlorine derivatives; hydrogen sulphide, caustic soda, petroleum, bisphenols, DDT and PCBs are compounds now present in the soil, water and food chain, and it could be decades or centuries, or sometimes even millennia, before they return to levels that can be tolerated by humans.

Given these facts, the PR/Communication statements from industry appear to be both cynical and antagonistic. Spokespersons for oil companies, when talking about the mining of oil sands, claim they are producing green energy. In Brazil, polluters notorious for corrupt practices are never found guilty. In Fukushima, TEPCO, the operator of the nuclear power plant, has lobbied to dump millions of liters of contaminated water into the ocean; and rates of cancer have soared. But industry will not miss out on the prospect of making a dollar. Après moi le déluge!

For twenty years I have been working on social issues, and invariably thought that such stories were not mine. Perhaps I believed I could shield myself from the impact of the experiences of those vulnerable beings, thinking I was lucky enough not to be in the same situation as the people I was photographing. Now I have crossed the world, and seen how vulnerable the planet Earth is. We have produced waste which is everywhere, contaminating land, sea and air. The vast oceans are littered with filth, all the way to Polar Regions, and there are already thousands of tons of debris in outer space. To continue thus is to be blind. These stories are ours.

Samuel Bollendorff

The series Contamination is coproduced with the newspaper Le Monde, with support from “Fondation Tara Expéditions.” Exhibition coproduced by Icade

Graphic design: Lou André

Investigations conducted with journalists from Le Monde newspaper: Simon Roger (Alberta), Claire Gatinois (Brazil), Stéphane Mandard (Japan), Jérôme Gautheret (Italy), Isabelle Mandraud (Russia), Stéphane Foucart (USA), and Patricia Jolly (Pacific).

Special thanks to Sophie Landrin, Nicolas Jimenez and Marie Sumalla.


 

CONTAMINACIÓN

Después de mí el diluvio

En el 2018 di la vuelta al mundo. Sólo toma unas cuantas horas, tan pequeña y frágil es nuestra tierra. Y a donde quiera que mirara, me perdía en la oscuridad.

Un río muerto a lo largo de 650 km, peces deformados, bosques radiactivos, niños nacidos sin ojos, bandas mafiosas que trafican residuos nucleares y en medio de un océano, residuos plásticos a la deriva se han convertido en los primeros eslabones de una cadena alimentaria degenerada…

¿Qué fue lo que dejamos pasar?

‘’Contaminaciones’’ propone una reflexión sobre las poluciones industriales irreversibles, que transforman durante décadas, incluso siglos, territorios en zonas inadecuadas para el desarrollo de la Vida. Una vuelta al mundo por las regiones contaminadas por el hombre del siglo XXI y sus industrias químicas, mineras o nucleares, que dejan como legado para las generaciones futuras, partes enteras contaminadas de nuestro planeta.

El metano, el ácido prúsico, el fosgeno, el fósforo rojo, el óxido de etileno, el cloruro de vinilo, los fenoles, los derivados del arsénico, el cianuro, el cloro, el sulfuro de hidrógeno, la soda cáustica, el petróleo, el bisfenol, el DDT y los PCB son moléculas y productos sintéticos cuyas concentraciones en el suelo, el agua y la cadena alimenticia tardarán decenios, siglos y a veces miles de años, en llegar a alcanzar concentraciones viables para el hombre.

Frente a estas observaciones, los discursos de comunicación de los industriales son de una cínica violencia. Los portavoces de las compañías petroleras revindican una energía verde en cuanto a las arenas petrolíferas, los contaminadores brasileños, conocidos por su corrupción, no son condenados y en Fukushima, el operador de la planta negocia para poder verter sus millones de litros de agua contaminada en el océano… mientras tanto los índices cancerígenos aumentan exponencialmente. Pero los industriales no tienen un dólar que perder.

¡Después de mí, el diluvio!

Desde hace 20 años trabajo sobre temas de precariedad. Durante mucho tiempo imaginé que esas historias no eran mías. Tal vez creyendo que podía protegerme del peso de los testimonios más frágiles imaginando que tenía la suerte de no estar en las situaciones que fotografiaba. Hoy he dado la vuelta al mundo y lo he visto tan pequeño, tan frágil… Y nuestros desechos están por todas partes, contaminando la tierra, el agua y el aire. Nuestros vastos océanos están contaminados hasta el Ártico y miles de toneladas de residuos están ya contaminando el Espacio.

Continuar sería vendarse los ojos, esas historias son las nuestras.

Samuel Bollendorff.

Contaminación, es una coproducción con el diario Le Monde y con el apoyo de la Fundación Tara Expéditions.

Las encuestas fueron realizadas por periodistas del diario Le Monde, Simon Roger (Canadá), Claire Gatinois (Brasil), Stéphane Mandard (Japón), Jérôme Gautheret (Italia), Isabelle Mandraud (Rusia), Stéphane Foucart (Estados Unidos) y Patricia Jolly (Océano Pacífico).

Agradecimientos a Sophie Landrin, Nicolas Jiménez y Marie Sumalla.

Contaminations est une série réalisée en co-production avec le journal Le Monde et avec le soutien de la Fondation Tara Expéditions.

Les enquêtes ont été réalisées avec les journalistes du Monde, Simon Roger (Alberta), Claire Gatinois (Brésil), Stéphane Mandard (Japon), Jérôme Gautheret (Italie), Isabelle Mandraud (Russie), Stéphane Foucart (USA), et Patricia Jolly (Pacifique).
Merci à Sophie Landrin, Nicolas Jimenez et Marie Sumalla.

 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/1-MERE-NATURE-1920px-1.jpg 1536 1920 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:20:392025-11-15 17:31:26CONTAMINATIONS
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