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Fait & Cause, Photographie Militante

ODE À LA JOIE

10 février 2026/par Christian Predovic

 L’Orchestre de Stolac

Un orchestre est un ensemble qui fait de la musique. Une fanfare, un ensemble de musiciens qui font de la musique pour la communauté. Cette musique exprime les joies et les peines que l’on partage avec les autres, losque nos coeurs battent à l’unisson. Écoutée ou jouée, elle renforce les liens qui unissent les individus.

La fanfare de Stolac fait de la musique pour une communauté qui, de fait, n’existe pratiquement pas. La ville – une des plus anciennes structures urbaines de Bosnie-Herzégovine – a été détruite pendant la guerre et peu reconstruite depuis. Ses habitants d’avant-guerre ont disparu : ils ont été expulsés ou tués. Le pouvoir municipal – partagé entre les nationalistes bosniaques et croates – semble tenir à ce que la division ethnique persiste afin de rendre une vie normale commune impossible : les enfants bosniaques et croates ont des cours séparés, les uns le matin, les autres l’après-midi ; qui plus est, ils se rendent à l’école en empruntant des portes d’entrées différentes ! Les dirigeants s’efforcent de faire perdurer la crise, entravant les tentatives de renouveau économique. La fanfare de Stolac a, par miracle, réussi à renouer, dans cette ville ravagée et divisée, avec la tradition du « faire de la musique » pour la communauté. La fanfare est constituée de survivants – membres de l’orchestre d’avant-guerre – et de très jeunes gens qui ne gardent probablement aucun souvenir des années de vie commune et de gloire de la fanfare d’antan. A présent, ils sont là et ils jouent pour marquer les événements de la vie commune.

Cette fanfare est pourtant un orchestre comme tous les autres, un ensemble qui, pour pouvoir faire de la musique, doit être composé d’individus qui travaillent avec acharnement et passion leur instrument et sont à même de jouer seuls. C’est ce que veulent montrer ces photographies. La fanfare n’est pas présentée par une série de photos de groupe ou à travers le processus commun de création, mais par une série de portraits individuels des membres de l’orchestre. Ils partagent la même position – debout, le même uniforme, celui de leur orchestre – et chacun a son instrument entre les mains. Mais la valeur unique de ces photos ressort du rapport individuel et individualisé que chacun entretient avec son instrument. La jeune fille, le sourire aux lèvres, tient son saxophone comme un enfant qui enlace son nounours. Le petit garçon au tuba gigantesque qu’il serre avec sérieux et fermeté, donne l’impression d’être protégé par son instrument, comme si c’était son meilleur ami qui le défend face au caïd de l’école. Le saxophoniste âgé tient son instrument comme si c’était son propre bras blessé. La flûte est touchée du bout des doigts, tendrement, comme une fleur qui vient d’être cueillie. L’instrument, on le tient dans ses bras, il est une troisième main, on l’étreint comme si dans l’instant qui suit on allait le porter aux lèvres pour y poser un baiser ou en tirer des sons. Les regards et les corps ont l’air de dire : « Prends-la, cette photo, puisque tu y tiens, mais sache que ce n’est pas pour ça que je suis là, laisse-moi te montrer ce que je sais faire… ». On y lit la fierté, l’obstination, le bonheur de pouvoir là, maintenant, grâce à ce bout de cuivre brillant et curieusement tordu, montrer de quoi on est capable, avec les autres et tout seul, envers et contre tout.

Cet orchestre de cuivres va fêter son 80e anniversaire en entonnant l’Ode à la Joie de Beethoven, une des plus émouvantes pages de musique jamais écrites. C’est une musique qui transcende cette communauté que ses dirigeants s’évertuent à rabaisser en alimentant les divisions qui n’ont pas lieu d’exister. Jouer l’Ode à la Joie est un message, un message que ceux qui ont détruit Stolac et qui la maintiennent dans cet état de profonde désolation seraient incapables de comprendre : « Nous sommes là, ensemble, dans cette ville qui reste, contre vents et marées, un lieu magnifique. Nous sommes en train d’y bâtir quelque chose qui dépasse ce qui nous entoure. Et maintenant, laissez-nous vous montrer ce que l’on sait faire…»  Andrea Lešic.

En  juillet 2011 l’exposition se tiendra également à Stolac avec la participation de l’orchestre.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2026/02/Recto-ODE-A-LA-JOIE_Milomir-K.jpg 1341 1920 Christian Predovic https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Christian Predovic2026-02-10 13:49:342026-04-07 11:21:20ODE À LA JOIE
Saher ALGHORRA

SANS ISSUE

15 septembre 2025/par Christian Predovic

Les attaques contre Gaza à la suite du 7 octobre 2023 sont sans précédent. Piégée dans la bande de Gaza, la population n’a nulle part où aller.

Depuis maintenant dix-sept mois, des civils palestiniens – des familles entières – sont déplacés du nord vers le sud, puis du sud vers le nord, et endurent le rythme incessant des bombardements, des frappes aériennes et des opérations terrestres, tout en étant confrontés à la famine, à la maladie et à la perte d’êtres chers. Leurs foyers ainsi que leurs villes ont été rasés.
Ils ont passé deux hivers dans le froid et sous la pluie, ne trouvant refuge que dans des tentes de fortune. La chaleur accablante de l’été les a plongés dans un enfer sans répit. Les pénuries d’électricité, d’eau et de nourriture sont quotidiennes. Jour et nuit, le rugissement inexorable des drones et des avions leur rappelle que leur famille peut être touchée à chaque instant. Les hôpitaux ont été détruits les uns après les autres. Les journalistes qui s’efforçaient de rendre compte de ces massacres ont été ciblés et tués.
Le titre de cette exposition est inspiré d’un vers du poème « Memory For Forgetfulness » (Le souvenir face à l’oubli), composé par le poète palestinien Mahmoud Darwish et publié en 1982 lors du siège de Beyrouth où il avait été déplacé. Le poème évoque les ravages de la guerre, la perte, l’identité et la quête de liberté. Quatre décennies plus tard, les mots de Darwish sont malheureusement plus pertinents que jamais.

En tant que photojournaliste toujours basé à Gaza aujourd’hui, je continuerai à documenter les épreuves, la résilience et la force des familles palestiniennes prises au piège, jusqu’à ce que, espérons-le, leur calvaire prenne fin.

SAHER ALGHORRA – Zuma Press

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2025/09/Recto-SANS-ISSUE-Recto-SANS-ISSUE.jpg 1559 2363 Christian Predovic https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Christian Predovic2025-09-15 12:08:352026-06-22 17:39:29SANS ISSUE
@William Daniels

APATRIDE

15 avril 2025/par Christian Predovic

Que se passe-t-il quand l’identité d’une personne est réfutée au point de la priver de toute existence ? Elle devient apatride (stateless). Il y aurait 10 millions de personnes apatrides ou à risque d’apatridie à travers le monde. Le droit international définit ces citoyens de nulle part comme des personnes « qu’aucun État ne considère comme [ses] ressortissant[s] par application de sa législation ».

Savoir qui appartient à un État et qui n’en fait pas partie, qui a accès aux ressources et à une protection et qui en est privé, est un sujet brûlant dans notre époque imprégnée de crises identitaires et de populisme exacerbé. Pour Hannah Arendt, la citoyenneté est
« le droit d’avoir des droits ». Dans Les Origines du totalitarisme, la philosophe décrivait le processus de déshumanisation auquel sont confrontés les apatrides : la citoyenneté devient une arme pour priver de droits ceux qui peuvent menacer des intérêts politiques, ethniques, économiques.

Si leurs profils varient, les populations concernées partagent une tragédie commune. Sans existence légale, elles n’ont pas – ou peu – accès aux droits fondamentaux, comme l’éducation, la santé, le droit de vote, ni aux services bancaires ou à l’économie formelle. Des exclusions en cascade qui repoussent encore davantage ces individus fragilisés dans les marges et les rendent particulièrement vulnérables à diverses formes d’exploitation.

Les réfugiés qui ont fui leur pays d’origine, poussés à l’exil par les guerres ou les persécutions, et qui ont perdu leur nationalité ou toute preuve de celle-ci, ou ceux dont le pays n’est pas reconnu à part entière, constituent les cas de figure les plus connus. Ainsi, les réfugiés palestiniens au Liban ou les musulmans Rohingyas chassés du Myanmar sont les incarnations les plus emblématiques de l’apatridie moderne. Mais elle a aussi un autre visage. Assez paradoxalement, elle menace des individus qui sont nés et ont toujours vécu dans le pays qu’ils considèrent le leur mais qui rechigne à leur reconnaître une existence légale. Discriminés de longue date et prisonniers de limbes administratifs, ceux-ci sont décrits par les chercheurs et ONG comme « à risque d’apatridie » mais leur calvaire est le même que celui des apatrides.

William Daniels rencontre et photographie depuis plusieurs années des communautés apatrides – ou à risque d’apatridie – dans plusieurs pays.

 



Biographie

William Daniels, photographe documentaire français, travaille au long cours sur des populations en quête d’identité, et les stigmates du dérèglement climatique.

Il est membre Explorer de la National Geographic Society, qui a financé la majeure partie du travail exposé.

Il est l’auteur de 4 livres, dont Faded Tulips (2012, autoédition), un voyage dans la fragile démocratie post soviétique du Kirghizistan ; RCA (2017, Ed Clémentine de la Ferronnière), sur la République centrafricaine, l’ex colonie française en proie à une violence extrême et Wilting Point (2019, Imogène Ed,) une réflexion photographique sur la fragile condition humaine faisant dialoguer des images produites dans des zones conflictuelles. Son travail a été récompensé par deux world Press, un Visa d’or, le prix Tim Hetherington et le master award du festival la photographie éthique de Lodi.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2025/04/31-Bangladesh-72-L1920Px.jpg 1280 1920 Christian Predovic https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Christian Predovic2025-04-15 11:38:472026-06-08 16:20:01APATRIDE

LES RAVAGES DE LA TRANQ

3 février 2025/par Christian Predovic

Tout a commencé en 1996 avec la promesse d’une entreprise pharmaceutique : guérir la douleur. Trois décennies et plus de 650 000 morts plus tard, la crise des opioïdes aux États-Unis est loin d’être terminée. Pire, elle s’est aggravée avec la propagation du fentanyl, un produit cinquante fois plus puissant que l’héroïne et cent fois plus fort que la morphine. Utilisé avec parcimonie dans le milieu médical, c’est sous sa forme illégale que le fentanyl inonde les rues du pays, des grandes villes de la côte Est aux provinces plus reculées de Virginie-Occidentale. C’est une drogue de synthèse, c’est-à-dire que les trafiquants n’ont pas besoin de cultiver du pavot ou des feuilles de coca comme pour l’opium ou la cocaïne, et peuvent la fabriquer directement grâce à des produits chimiques relativement faciles à obtenir en grande quantité.

Célèbre pour avoir vu naître la démocratie américaine et le mythique Rocky Balboa, Philadelphie est également devenu le triste symbole de la crise des opioïdes aux États-Unis. Plus particulièrement le quartier de Kensington, baptisé ainsi d’après cette longue avenue éponyme écrasée par le métro aérien, où les toxicomanes et les sans-abris viennent chercher leurs doses quotidiennes.

Face à l’accoutumance grandissante des consommateurs à cette drogue, les dealers ont trouvé une parade : mélanger le fentanyl avec de la xylazine, un anesthésiant utilisé par les vétérinaires lors des opérations sur de gros animaux. Ce mélange, plus connu sous le nom de « tranq » ou « drogue du zombie », permet de décupler et prolonger les effets de l’opioïde. Mais il est réalisé à l’insu des clients qui se retrouvent rapidement accros à ce fentanyl « adultéré ». Et comme la xylazine n’est pas un produit fait pour l’homme, en prendre sous quelque forme que ce soit provoque rapidement des plaies putrides spectaculaires ; une typologie de blessures que les chercheurs du National Institute on Drug Abuse qualifient d’inédite.

Ces plaies sont une nouvelle complication dans la prise en charge clinique des consommateurs d’opioïdes. Entre 2019 et 2023, le taux de décès impliquant de la « tranq » a augmenté de 276 %. Des chiffres en dessous de la réalité, selon le Center for Disease Control (Centre de contrôle des maladies), mais qui témoignent de l’urgence face à cette crise sanitaire sans précédent dans l’histoire des États-Unis.

Vincent Jolly
Grand reporter au Figaro Magazine


 

Biographie
Gaël Turine vit à Bruxelles et est photojournaliste depuis 25 ans. Ses reportages sont publiés dans la presse internationale et il est l’auteur de plusieurs monographies, dont Aveuglément et Le mur et la peur dans la collection Photo Poche, Avoir 20 ans à Kaboul, Voodoo, Traces et En bas la ville, consacré à la ville de Port-au-Prince. Gaël Turine a reçu plusieurs bourses et prix en Europe et aux Etats-Unis et son travail est régulièrement exposé en galeries, musées et lors de festivals. Il collabore régulièrement avec des écrivains et réalise des reportages télé pour la chaîne ARTE.

Il enseigne le Photojournalisme à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et anime des workshops de photographie documentaire dans de nombreux pays. Il a notamment coordonné des cycles de formations de longues durées en Haïti, Turquie et au Sénégal.

Après avoir passé une quinzaine d’années en agence, il représente seul son travail aujourd’hui.

www.gaelturine.com / gael@gaelturine.com
Prix RSF pour la liberté de la presse : les lauréats 2024 | RSF

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2025/02/Les-ravages-de-la-Tranq_21.jpg 934 1400 Christian Predovic https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Christian Predovic2025-02-03 11:26:242025-04-10 11:00:15LES RAVAGES DE LA TRANQ

LES DÉPLACÉS DU NORD-KIVU

20 novembre 2024/par Christian Predovic

Le 4 septembre 2024, le photographe britannique Hugh Kinsella Cunningham recevait le Visa d’Or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dans le cadre de la 36ème édition du festival international de photojournalisme Visa pour l’image organisé à Perpignan.

Le travail du photographe documente l’impact de la résurgence du conflit opposant les forces gouvernementales et le groupe armé M23 sur la population civile dans la province du Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC).

« Ce conflit empêche les civils d’avoir le contrôle sur leur sort, et désormais, l’artillerie lourde est utilisée contre eux. C’est un sujet important, un conflit vraiment négligé. Donc c’est extraordinaire de savoir que davantage de personnes vont être informées sur un sujet auquel elles n’ont pas été nécessairement exposées. » explique Hugh Kinsella Cunningham.

À travers son reportage, le photographe témoigne avec force d’une crise humanitaire aux conséquences dévastatrices : « C’est un moyen de défendre le droit des civils. » Il ajoute : « Mon travail ne cherche pas seulement à montrer les circonstances traumatisantes du conflit, mais également à donner un aperçu de la vie de la population affectée. Cela illustre aussi l’espoir et la résilience de ces communautés. »

Ce recueil de photographies est issu d’un travail à plein temps depuis la résurgence du conflit. Les images ont été prises entre 2022 et 2024, alors que Goma, capitale de la province du Nord-Kivu était encerclée.



À propos du CICR

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est une organisation neutre, impartiale et indépendante dont le mandat strictement humanitaire découle des Conventions de Genève de 1949. Il porte assistance aux personnes touchées par un conflit armé ou d’autres situations de violence partout dans le monde, mettant tout en œuvre pour améliorer leur sort et protéger leur vie et leur dignité, souvent en collaboration avec ses partenaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

 



 

The displaced of North-Kivu

On 4 September 2024, British photographer Hugh Kinsella Cunningham received the Humanitarian Visa d’Or Award from the International Committee of the Red Cross (ICRC) as part of the 36th Visa pour l’image international photojournalism festival held in Perpignan.

The photographer’s work documents the impact of the resurgent conflict between government forces and the M23 armed group on the civilian population in the province of North Kivu in the Democratic Republic of Congo (DRC).

‘This conflict is depriving civilians of control over their fate, and now heavy artillery is being used against them. It’s an important issue, a really overlooked conflict. So, it’s extraordinary to know that more people are going to be informed about a subject that they haven’t necessarily been exposed to,’ explains Hugh Kinsella Cunningham.

Through his reportage, the photographer provides powerful testimony to a humanitarian crisis with devastating consequences: ‘It’s a way of defending the rights of civilians.’ He adds: ‘My work not only seeks to show the traumatic circumstances of the conflict, but also to give an overview of the lives of the people affected. It also illustrates hope and resilience of these communities.’

This collection of photographs is the result of full-time work since the resurgence of the conflict. The images were taken between 2022 and 2024, when Goma, the capital of North Kivu province, was surrounded.


About the ICRC
The International Committee of the Red Cross (ICRC) is a neutral, impartial and independent organization with an exclusively humanitarian mandate that stems from the Geneva Conventions of 1949. It helps people around the world affected by armed conflict and other violence, doing everything it can to protect their lives and dignity and to relieve their suffering, often alongside its Red Cross and Red Crescent partners.

 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/11/03-72dpi-L1896px.jpg 1422 1896 Christian Predovic https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Christian Predovic2024-11-20 10:43:442025-11-06 17:51:48LES DÉPLACÉS DU NORD-KIVU

L’HÔPITAL

29 août 2024/par Christian Predovic

C’est en 1996, à l’hôpital pénitentiaire de Fresnes où je dessine les Carnets de prisons que je découvre le monde hospitalier. L’idée d’un reportage sur l’hôpital s’impose. En 1998, Chantal de Singly, par l’intermédiaire de Marie-Christine Pouchelle, ethnologue, m’offre une première occasion de pénétrer à Laennec, dont elle est alors la directrice. Elle me propose de venir raconter par le dessin les derniers mois de cet établissement vieux de trois siècles, avant son transfert à l’hôpital européen Georges Pompidou.  Petit à petit, pendant 6 mois de travail à Laennec, la forme du reportage se précise. Au-delà de l’hôpital lui-même, ce sont les étapes de la vie que je vais raconter : naitre, grandir, vivre, vieillir, mourir. Séduite par le projet, la direction de l’APHP m’ouvre les portes de ses établissements.

A l’automne 2000, je m’y engouffre pour y rester jusqu’en juillet 2003. Pendant ces trois années, vêtue d’une blouse blanche, d’un gilet multipoches, ma boîte d’aquarelles et mes carnets de dessins posés sur un chariot médical, je passe de service en service, dans vingt établissements de l’assistance publique-hôpitaux de Paris à la rencontre des soignants et des soignés. Toutes les fois que c’est possible, je couche sur place, prenant le temps nécessaire pour que les équipes m’acceptent et que j’apprivoise ma propre émotion.

Ces pages donnent la parole aux malades et à leur famille, aux aides-soignants, infirmières, sages-femmes, médecins, anesthésistes, chirurgiens, chefs de service. En même temps s’esquisse un état des lieux au passages du IIIe millénaire, passage difficile de l’ancien au nouveau monde hospitalier; constat sans parti pris d’un société  en mutation prise entre le progrès de la médecine et les mentalités qui peinent à s’adapter.  Soignants et patients m’ont fait confiance, ils m’ont permis de partager leur vie quotidienne, qu’ils en soient tous remerciés. Cet itinéraire dans un monde hospitalier qui fait peur révèle l’humanité la plus nue, la plus forte. C’est notre histoire dessinée sans voyeurisme ni apitoiement, écoutée avec respect. C’est nous, c’est vous.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/08/Recto-Lhopital-72dpi-1920px.jpg 1920 1351 Christian Predovic https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Christian Predovic2024-08-29 14:58:462025-10-10 11:53:03L’HÔPITAL

CAUSES ET CONSÉQUENCES

27 août 2024/par Christian Predovic

Changer de voie : une nécessité

L’humanité est à la croisée des chemins. Après avoir maîtrisé le feu, inventé la machine à vapeur, l’automobile, l’ordinateur, l’homme marque de son empreinte les moindres recoins de la planète et même l’atmosphère qui l’entoure. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle de la domination humaine : l’anthropocène. D’abord soumis aux forces de la Terre, l’avenir de notre planète est désormais dépendant de notre activité. Les équilibres naturels sont bouleversés. Les abeilles qui, par leur action pollinisatrice transforment les fleurs en fruits et jouent un rôle clé dans notre alimentation, sont décimées par les pesticides. Une menace pour les récoltes et un coup rude pour les apiculteurs. L’homme joue avec la vie, et c’est la mort qui apparaît. En Inde, les fabricants de pesticides ont vendu des semences de coton génétiquement modifiées aux cultivateurs. On leur avait promis de bons revenus grâce à ces graines qui devaient être résistantes aux attaques d’insectes. Mais ce sont ces animaux qui sont devenus résistants à la substance insecticide contenue dans ces graines et les rendements attendus ne sont pas au rendez-vous. Lourdement endettés, certains agriculteurs en viennent à se suicider. Au Vietnam, c’est un autre pesticide, l’agent orange, utilisé comme défoliant pendant la guerre, qui continue à faire des ravages plus de 30 ans après. Des enfants naissent avec des malformations et les cancers se multiplient.

 

Des pollutions non maîtrisées

L’exploitation du pétrole a permis le développement de nos sociétés, mais s’est aussi accompagnée de nombreux dommages. En Equateur, les forages ont engendré des pollutions qui ont dévasté cette partie de l’Amazonie et causé de nombreuses maladies chez les habitants.  Certes, la découverte de l’or noir a favorisé la multiplication des échanges commerciaux générant un important trafic naval sur les mers du globe, mais seuls quelques-uns profitent de ces richesses et c’est la main d’œuvre bon marché du Bangladesh qui démantèle les bateaux sans aucun équipement de protection.

Malgré leur volonté de s’affranchir des lois de la nature, les humains ne sont pas à l’abri d’événements incontrôlés, comme cette explosion de l’usine de Bhopal qui a causé des milliers de morts et continue à faire de nouvelles victimes plus de 30 ans après. Et plus près de nous, en Europe, de nombreuses personnes vivent à proximité d’usines abritant des produits dangereux capables de faire sauter tout un quartier…

 

Un climat qui se dérègle

Pour nous déplacer, nous chauffer et créer de nouveaux produits, nous avons brûlé des quantités énormes d’énergies fossiles réchauffant l’atmosphère de manière accélérée. Si nous ne faisons rien pour limiter nos émissions de gaz à effet de serre, la température moyenne de la Terre pourrait s’élever de 4° d’ici 2100. Déjà, la hausse des températures au Pérou bouleverse la vie des agriculteurs. Et si la fonte des glaces en Arctique peut apparaître comme une aubaine pour certains, ouvrant de nouvelles routes maritimes et l’accès au pétrole off-shore, elle signe la fin du mode de vie traditionnel des populations qui vivent près du cercle polaire.

Ce réchauffement des continents et des océans s’accompagnera d’une forte évaporation, perturbant le régime des vents et conduisant à une augmentation des précipitations dans certaines régions. On peut s’attendre à davantage d’événements extrêmes comme la tempête Xynthia qui a touché les côtes de France en 2012 et une élévation du niveau de la mer de l’ordre d’un mètre à la fin du siècle, ce qui pourrait être catastrophique pour certains pays comme le Bangladesh.

 

Prendre un nouveau départ

Face à cela, une seule solution : changer de modèle. Si la transition énergétique apparaît comme nécessaire, elle n’est pas facile à mettre en place. En France, où l’énergie nucléaire représente environ 75 % de la production d’électricité, on n’est pas prêt à abandonner les vieilles centrales pour passer aux énergies renouvelables. Ailleurs, le charbon, le pétrole ou les gaz de schiste sont encore trop bon marché pour que l’on éprouve le besoin d’y renoncer. Nos sociétés ne sont pas encore prêtes à laisser 80 % des réserves de combustibles fossiles dans le sol comme le propose l’appel contre les crimes climatiques lancé par de nombreuses personnalités de la société civile. Mais elles vont tenter de s’accorder sur un objectif de limitation de l’augmentation de température de 2° d’ici la fin du siècle lors de la conférence sur le climat de Paris début décembre. C’est une étape qui doit marquer le début d’un renouveau de l’action contre le changement climatique et l’on aurait tort de ne voir là que l’aboutissement d’un long processus de négociations. Quel que soit le résultat de cette rencontre de 195 pays, il faudra poursuivre les efforts à tous les niveaux. Aux Etats, collectivités locales, entreprises, individus de mettre la main à la pâte.

 

Carine MAYO

présidente de l’association des Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie.

 

 

 

Changing the way: a necessity

Humanity is at a crossroad. After mastering fire, inventing the steam engine, the automobile, the computer, our species left its trace in every corner of the planet and even in the surrounding atmosphere. We have entered a new era, the one of human domination: the Anthropocene.  At first subject to the Earth’s forces, the future of our planet is henceforth dependant on our activity. Natural balances are disrupted. The bees which transform flowers into fruit through their pollination action and play an essential role in our diets, are wiped out by pesticides. This poses a serious threat for the harvests and is a harsh blow for beekeepers. Humans play with life and it is death which appears. In India, the pesticide manufacturers have sold genetically modified seeds of cotton to farmers who were promised favourable income owing to these seeds meant to resist insect attacks. In actual fact, the animals became resistant to the substance contained within the seeds and the expected returns have not been forthcoming. Highly indebted, certain farmers turn to suicide. In Vietnam, it is another pesticide, Agent Orange, used during the war as a defoliant that continues to wreak havoc over thirty years later. Children are born with deformities and cancers are multiplying.

Uncontrolled pollutions

The exploitation of oil has enabled the development of our societies but has also been accompanied by numerous harms. In Ecuador, boreholes have caused pollutions which have devastated this region of the Amazon and caused numerous illnesses among the inhabitants. Of course, the discovery of black gold has fostered trade increase, generating considerable traffic over the seas across the Globe, but only a few benefit from these riches and it is the cheap Bangladeshi labour that dismantles the ships without any safety gear.

Despite their will to free themselves of the laws of nature, humans are not protected from uncontrollable events, such as the Bhopal factory explosion that caused the death of thousands and continues to claim new victims over thirty years after the tragedy. And closer to us, in Europe, many people live near factories housing hazardous products capable of blowing up an entire neighbourhood…

Erratic Climate…

To move around, to warm ourselves and to create new products, we have burned huge quantities of fossil fuels, heating the atmosphere increasingly. If we do nothing to limit our greenhouse gas emissions, the average temperature of the Earth could rise by 4° from now to 2100. Already, the increase of temperatures in Peru upsets the lives of farmers. And if the ice melting in the Arctic may seem like a boon for some, opening new sea routes and access to offshore oil, it is in fact the sign of the end of the traditional way of life for populations living near the Arctic Circle.

The warming of the continents and of the oceans is accompanied by high amounts of evaporation, disturbing the wind patterns and leading to a precipitation increase in certain regions. We can expect more and more extreme events like the Xynthia tempest which affected the French coast in 2012 and an approximate metre rise in sea levels at the end of the century, which could be catastrophic for certain countries like Bangladesh.

Making a new Start

To confront this, there is only one solution: to change models. If the energy transition seems vital, it is not easy to implement. In France, where nuclear energy represents approximately 75 % of electricity production, we would not seem ready to abandon the old nuclear plants to switch to renewable energies. Elsewhere, coal, oil or shale gas is still cheap enough to not give up. Our societies are still not ready to leave 80 % of fossil fuel reserves in the ground as is suggested by the appeal against climate crimes launched by numerous civil society personalities. But they will try to reach an agreement on the objective of limiting global temperature increase to 2°C from now to the end of the century during the Climate Change Conference held in Paris end of December.  It is a step that should mark a new beginning of action against climate change and we would be wrong to see it only as the outcome of a long process of negotiations. Whatever the outcome may be of the meeting of 195 countries, efforts must be pursued at all levels. States, local  authorities, companies, individuals must get to work.

Carine MAYO
president of the association for Journalists-Writers for nature and ecology (JNE)

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/08/1511_001-72dpi1920px.jpg 1268 1920 Christian Predovic https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Christian Predovic2024-08-27 12:42:532026-01-16 16:58:59CAUSES ET CONSÉQUENCES
ANON.

ANON.

27 août 2024/par Christian Predovic

Photographies anonymes

L’anonymat en photographie scelle le statut d’une pratique passée à l’usage courant, si bien banalisée que l’autorat est l’exemption à la règle. En réalité, même issue d’un dispositif automatique, toute image requiert un opérateur mais, loin de revendiquer le titre d’auteur, celui-ci s’abîme dans l’innombrable foule des praticiens sans nom, indignes d’émerger à la connaissance publique, tout simplement étrangers à l’idée de se distinguer par cette production machinale, impersonnelle, sans marque distinctive, essentiellement liée au loisir. Or la photo d’anonymes couvre un champ infini, duquel l’œuvre, voire le chef-d’œuvre ne sont pas absents, obscures photos perdues dans l’insignifiance du nombre, en attente d’un regard qui les découvre.

C’est que, une fois l’invention “donnée au monde” par Arago, l’appareil photo, très vite au regard d’autres innovations techniques de l’ère industrielle, étend son empire à toute une société, équipe l’amateur curieux, avide de s’exercer. D’abord encombrant, rétif, onéreux – pour ce, privilège d’une minorité – une fois simplifié, maniable, une fois allégés son poids et son coût, le boîtier devient un objet usuel autorisant tout un et n’importe qui à devenir un faiseur d’images autonome. Phénomène sans précédent dans l’histoire des représentations, il permet, par simple pulsion digitale, d’accéder au champ infini de l’exploration optique, sans que soit requis un savoir ou un savoir-faire préalable. En résulte le prodigieux succès populaire de la photo ; qui va de pair avec sa déconsidération comme pratique de masse. A la noblesse artistique et professionnelle, ratifiée par l’institution et par le marché, à sa rareté, à son prix, s’oppose la pléthore des photos ordinaires réputées satisfaire la consommation immédiate de ses usagers, peu regardants quant au résultat.

Pourtant, la “pratique d’amateur” englobe une réalité composite, d’une extraordinaire diversité, allant de l’opérateur familial au semi professionnel, du praticien par accident au fervent adhérent du photo-club, au reporter d’occasion, au savant curieux d’archiver son étude, au soldat des tranchées, au badaud rêveur, au peintre soucieux de fixer une intuition visuelle… Elle comprend la foule des particuliers, sédentaires ou voyageurs, multipliée par la société du loisir, le modeste artisan de quartier ou de plage, l’opérateur ambulant des campagnes, le photographe des écoles ou aux armées négligeant d’apposer sa raison sociale ; le fabricant de cartes postales – support épistolaire de toute une société, genre innombrable et prospère, qui a industrialisé le pittoresque bon marché, et instruit l’archive du paysage rural et urbain… Travaux de commande ou initiatives isolées, épreuves égarées par d’illustres artistes, ou distraites à leurs propriétaires, et que dire du photomaton, photo sans photographe par excellence… Ces images, devenues orphelines de leur auteur ou de leur commanditaire, sont dispersées de par le monde, stockées dans des magasins d’archives, des dépôts d’agences, d’entreprises ou d’administrations, des bibliothèques, réunies en albums ou versées au vrac des tiroirs, livrées aux marchands de vieux papiers, quand elles ne tombent pas au rebut des trottoirs… Déferlante inouïe, gigantesque corpus qui, condamné à son anonymat radical, échappe à tout inventaire, résiste à la connaissance, aux catégories et au classement.

Anne-Marie Garat

Un livre de la collection Photo Poche, publié aux éditions Actes Sud, accompagne cette exposition.

 

 


Anonymous photographs

Anonymity in photography has become common to the extent that a signature is the exception to the rule. In reality, even if it is created automatically, any image needs the intervention of an operator, but, far from asserting a claim as the author, the operator tends to fade away into the crowd of photographers without names, not worthy of public recognition, simply foreign to the idea of making a name from the serial production of impersonal, ordinary snapshots, created mainly for pleasure.
But anonymous photography covers an infinite range of work from which masterpieces can emerge, obscure photos hidden by the sheer volume of images, just waiting to be discovered by chance.

The camera – once « given to the world » by Arago – spread its influence to all corners of society, much more rapidly than other technical innovations of the industrial age. Numerous amateurs were quick to acquire one, keen to try out the new invention. Cumbersome, awkward, and costly at first – so the privilege of a minority – once simplified, lighter and cheaper, the camera has become an ordinary object allowing anyone to become an anonymous picture maker. Through the simple action of pushing of a button, it gives an unprecedented access to infinity of optical exploration, without needing any specialist knowledge or training. The result is the prodigious success of photography, along with an equally prodigious disparagement of photography as an activity for the masses. A plethora of ordinary photos that are supposed to satisfy the desire for immediate consumption of a non-discerning public stands in opposition to the artistic and professional qualities of certain photographs, whose value is recognized in price or rarity by the market and institutional bodies.

Yet “amateur photography” covers a composite reality, extraordinarily diverse, ranging from the family snapshooter to the semi-professional, from the occasional to the devoted photo-club member, to the part-time reporter, the researcher looking to archive his work, the soldier in the trenches, the dreamer, the painter seeking to capture a fleeting visual intuition…. It covers a whole crowd of individuals, settled or travelling, pursuing multiple leisure activities, the modest local craftsman, the roving country photographer, the school or army photographer not thinking of signing his work; the creator of the post-card – that epistle of a prosperous society which has industrialized cheap picturesque images, and which constitutes an archive of rural and urban scenes…. Work on commission or individual initiatives, negatives lost by famous artists, or spirited away from their owners, and then there is the photo booth, for the photograph without photographer par excellence… These images, having become orphans of their authors or patrons, are dispersed throughout the world, stocked in archives, agency stores, corporate or official depots, libraries, organised in albums or scattered in the bottoms of cupboards, given away to vendors of old papers, if they haven’t just been left fall by the wayside…. An incredible mass, a huge body of work, which because of its radical anonymity, escapes all attempts at inventory, research, sorting or classification.

Anne-Marie Garat

A book collection Photo Poche, published by Actes Sud, accompanies the exhibition.

 

 


 

ANON.
La fotografía anónima
El anonimato en fotografía confirma el estado de una práctica habitual y corriente, tan común que la autoría es la excepción a la regla. De hecho, a pesar de resultar de un dispositivo automático, cualquier imagen requiere un operador, pero lejos de reclamar el título de autor, este se confronta a la inconmensurable multitud de practicantes no identificados, indignos de emerger al conocimiento público y simplemente ajenos a la idea de distinguirse a través de esta producción sistemática, impersonal, sin característica propia y principalmente relacionada con el pasatiempo. Pero la fotografía anónima cubre un campo infinito, por lo cual su dimensión y donde la obra maestra también existe, en la sombra y perdida con respecto a la cantidad, a la espera de esa mirada que la ilumine.

Lo cierto es que, una vez que la invención de la fotografía fue puesta al alcance del mundo entero gracias a Arago, la cámara fotográfica, en comparación con otras innovaciones técnicas de la era industrial, extiende muy rápidamente su imperio sobre toda una sociedad, equipando al aficionado curioso, impaciente de probarla. Al principio voluminosa, complicada y onerosa – por ende, privilegio de una minoría – pero una vez simplificada, manejable, alivianada en peso y costo, se convierte en un objeto ordinario que permite a cualquiera de crear sus propias imágenes de manera independiente. Fenómeno sin precedentes en la historia de las representaciones, que permite por un simple esfuerzo digital el acceso al campo infinito de exploración óptica, sin conocimientos particulares ni requisitos previos. El resultado es el tremendo éxito popular de la fotografía y su descrédito simétrico por tratarse de una práctica de masa. A la nobleza artística y profesional, ratificada por la institución y el mercado, su rareza, su precio, se opone la sobre abundancia de imágenes ordinarias que satisfacen el consumo inmediato de sus usuarios, sin gran consideración por su calidad.

Sin embargo, la « práctica amateur » implica una realidad compuesta de una extraordinaria diversidad, desde el aficionado de base hasta el operador casi profesional, del utilizador accidental al socio del club de fotografía, del reportero ocasional al científico curioso para archivar su estudio, del soldado en las trincheras, del caminante soñador, del artista ansioso de fijar una intuición visual … Incluyendo la multitud de particulares sedentarios o viajeros, multiplicado por la sociedad del turismo, al modesto fotógrafo de barrio, de playa o de provincia, aquel sin nombre tampoco en las escuelas o en la armada, el fabricante de tarjetas postales – Soporte epistolar – de toda una sociedad y elemento incomparable que enriqueció los archivos del paisaje urbano y rural … Encargos o iniciativas aisladas, pruebas perdidas de artistas famosos u olvidadas de sus dueños, y qué decir de las cabinas automáticas? fotografías sin fotógrafo por excelencia … todas estas imágenes son huérfanas de autor o de patrocinador y permanecen dispersas por el mundo, guardadas en despachos de archivos, en agencias, empresas, oficinas administrativas, bibliotecas, reunidas en álbumes o sueltas en cajones, entregadas a los comerciantes de papeles y documentos, cuando no se terminan en las aceras … Corpus gigantesco que condenado a su anonimato radical y fuera de todo inventario posible, escapa al conocimiento, las categorías y la clasificación.
Anne-Marie Garat

Un libro de la colección Photo Poche, publicado por Actes Sud, acompaña la exposición.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/08/R_H20x14cm72dpi1920px.jpg 566 407 Christian Predovic https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Christian Predovic2024-08-27 12:30:162026-04-09 14:10:49ANON.

SOUVENIR DE SARAJEVO

27 août 2024/par Christian Predovic

C’est l’histoire d’un pays, d’une ville, de ses habitants, d’un homme. Le pays n’existe plus : c’était la Yougoslavie. La ville a été blessée à jamais: c’est Sarajevo. Ses habitants, en grande partie, ne sont plus les mêmes: certains tués, d’autres partis. L’homme est vivant, mais blessé, lui aussi, pour la vie. Il se souvient, et ces photos sont comme les cicatrices indélébiles de ce souvenir. Aussi indélébiles que celle de la balle qui l’a frappé au menton, un jour comme les autres, parmi les 1395 jours qu’a duré le siège.

« J’ai toujours vécu dans la photo. » Milomir Kovacevic est né, a grandi, a appris son métier et s’est passionné pour lui dans la Fédération Yougoslave. Tout n’y était pas parfait, le socialisme affiché n’avait peut-être pas toutes les riantes couleurs dont on le parait, le chef de l’État toutes les vertus, les peuples divers tous les sentiments fraternels proclamés sur les affiches. Mais enfin on y vivait, on avait ses amis à Belgrade, à Zagreb ou à Ljubljana, on pouvait être croate à Skopje et serbe à Sarajevo. On s’y projetait dans l’avenir. Milomir Kovacevic travaillait pour la presse de Sarajevo. Les pionniers qu’il a photographiés souriaient comme il avait souri quand il était lui-même pionnier. Ici, il n’y a plus de pionniers, il n’y a que des enfants dont le jouet est une kalachnikov en plastique et qui rêvent d’en avoir une vraie. Du chef de l’État il ne reste que des portraits déchirés, abandonnés, rejetés. Et de la fraternité des peuples … Voilà donc des photos qui n’ont pas été prises de l’extérieur par un photographe de passage, si bien intentionné, si concerné soit-il, mais de l’intérieur du drame. « Ces photos m’ont permis de survivre », dit leur auteur. Mille bobines : il fallait se les procurer, il fallait avoir de quoi les tirer. (aller chercher l’eau très loin, au petit matin, à l’heure du brouillard protecteur), il fallait les exposer, à la lumière des bougies, il fallait que le public prenne le risque de traverser les rues sous la menace des snipers pour venir aux cinq expositions qui ont eu lieu pendant le siège. Il fallait montrer, à soi-même, aux autres, au monde, que l’on restait capable d’œuvrer, et solidairement.

Autobiographie, chronique d’un peuple. Sur ces photos, des amis aux figures familières. Et les morts, parfois, le photographe venait tout juste de leur parler, de leur sourire. Dix mètres, et ç’aurait aussi bien pu être lui. Dans les immenses cimetières qui se sont peu à peu composés, il y a, quelque part, son père.
Banalité, au fil des mois, du massacre. « J’ai presque arrêté de photographier les morts. »
Dérision : des mannequins de vitrines, déchiquetés, représentent cette négation de l’humain à quoi voulaient parvenir les massacreurs.
Face à cette négation, il reste cela: un être humain, des êtres humains, ont tenu. Parmi eux, un photographe a fait ce qu’il savait faire: des photos. Au cœur du désastre, il a lutté, chaque heure, pour sauvegarder une distance qui permette encore de penser, de réfléchir, de continuer de vivre au milieu des autres. De partager avec eux, comme on partage un morceau de pain.

François Maspero

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/08/1507_001-72dpi1920px.jpg 1368 1920 Christian Predovic https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Christian Predovic2024-08-27 12:28:122026-02-03 14:49:17SOUVENIR DE SARAJEVO

LES NOIRES VALLÉES DU REPENTIR

27 août 2024/par Christian Predovic

L’Histoire de l’Italie du Sud est une succession d’invasions et de dominations étrangères : les Grecs y séjournèrent six siècles, l’Empire romain s’effrita devant la poussée des Goths et des Byzantins qui conservèrent les territoires du Sud malgré les raids musulmans. Aux 11e et 12e siècles, les Normands instaurèrent un régime féodal qui laissa ses marques dans la culture sicilienne. Les dynasties allemande, angevine, aragonaise et autrichienne établirent leur domination dans une atmosphère de luttes de vassaux et de révoltes sous les Bourbons et les Bonapartistes, les soulèvements libéraux et les formations de sociétés secrètes contre l’occupation française divisèrent le pays. Garibaldi s’empara avec ses Mille du royaume des Deux-Siciles, la chute de l’Empire français et la dislocation des Etats papaux permirent de faire la jonction avec le Nord.

L’unité italienne fut achevée en 1870, mais le séparatisme entre le Nord et le Sud levait des controverses parmi les meridionalistes qui dénonçaient la politique économique des nordistes qu’ils rendaient coupables de l’appauvrissement du Sud. Les réformes agraires échouèrent, malgré les tentatives de la République, la pauvreté du sol, la rudesse du climat, les difficultés de communications dans des régions isolées et montagneuses du Mezzogiorno ne facilitèrent pas l’élaboration de solutions. L’intérieur de la péninsule, dénudé et austère, ne connut pas l’industrialisation, les capitaux utilisés pour tenter de lancer une industrie dans le Sud étaient en majorité des capitaux du Nord, et les riches propriétaires sudistes n’investissaient guère leur argent sur place.

L’immobilisme du Sud, état permanent de la classe défavorisée comme de la majorité des classes supérieures, explique le manque d’une classe méridionale dirigeante et consciente des problèmes de l’Italie du Sud. Le Mezzogiorno, longtemps considéré comme une colonie du Nord, restait isolé géographiquement et culturellement, l’insularité de la Sicile et son héritage historique la tenaient à l’écart des bouleversements des temps modernes. Les difficultés d’exploitation et les faibles rendements agricoles maintenaient le Sud dans la misère, la sécheresse estivale suivie de pluies torrentielles provoquant des érosions dénudaient les collines, effritaient les champs, fissuraient les maisons et emportaient les routes. Le gaspillage était le fléau du Sud : gaspillage des forces de l’homme, des capitaux mal utilisés, de l’eau mal endiguée, et des ressources naturelles laissées en friche. La Mafia, état dans l’Etat, invisible et puissante, à la solde du parti politique conservateur dominant, pénétra les structures politiques et sociales, exerça sa pression à tous les niveaux par le chantage et le crime. La loi du silence des Siciliens favorisa la Mafia au service d’un ordre traditionnel dont elle profita, et contre toute forme d’émancipation qui supprimerait ses privilèges. Au cours des siècles, banditisme et mysticisme évoluèrent dans le même sens que la misère.

Fatalité du sort, oppression et catastrophes naturelles étaient acceptées par les paysans comme une malédiction qu’ils ne savaient conjurer, préférant se tourner vers les forces surnaturelles et la magie pour y remédier. Pays coincé entre  » l’eau salée et l’eau bénite « , le Mezzogiorno conservait les formes de mysticisme que le Moyen-Age avait connues. Toujours avides d’échapper aux contingences terrestres, les paysans partaient en quête de leur salut faire des pèlerinages qui intensifiaient la rencontre des divinités et de l’être humain. Les pèlerins se libéraient de leurs tensions et de leurs angoisses dans des sanctuaires où ils imploraient des forces surnaturelles, qu’ils considéraient comme le seul remède à leurs maux physiques et à leurs conflits inconscients. Ils trouvaient dans la participation au sacré une compensation à leurs malheurs, débordant d’un élan d’amour qui se voulait salvateur, mais n’était que l’expression de leur peur devant l’incertitude de leur sort de paysans miséreux.

Les espaces sacrés jadis réservés aux cultes antiques gardèrent aux yeux des habitants leur potentialité sacrée ; l’Eglise catholique, en christianisant les lieux où avaient été découvertes des statues de divinités antiques, en fit des lieux de culte où l’homme puisait la force accordée par le dieu ou le saint qui l’habitait. Les saints chrétiens martyrs remplacèrent les dieux païens, Marie prit la place de Déméter et de Cérès sur les collines arides de la Lucanie et de la Calabre.

Habitant d’un pays naturellement pauvre, n’ayant pas été touché par les grands courants de la pensée européenne, le paysan du Sud, fidèle au passé, manifeste une prédilection pour les fêtes religieuses où se mêle le profane, qui lui permettent de rompre avec la monotonie et l’angoisse de la vie. Le sentiment de puissance qui se dégage du sacré le rassure, l’image de la Vierge ou du saint intercédant auprès de Dieu lui garantit la sollicitude de l’être adoré qui peut tout pour lui qui ne peut rien.

Michelle Caroly

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/08/1506_001-72dpi1920px.jpg 1336 1920 Christian Predovic https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Christian Predovic2024-08-27 12:24:462025-11-26 14:14:40LES NOIRES VALLÉES DU REPENTIR
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    58 rue Quincampoix
    75004 Paris – France
    +33 (0)1 42 74 26 36
     

    En période d’exposition
    ouverture du mercredi au samedi
    de 13h30 à 18h30. Entrée libre
    M° Rambuteau – Les Halles

    Pour Que l’Esprit Vive

    Association loi 1901 reconnue d’utilité publique

    Siège social :
    20 rue Lalande
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