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Fait & Cause, Photographie Militante
Sarah MOON

ROBERT DELPIRE & L’humanitaire

13 novembre 2023/par Faitetcause

Robert Delpire a aussi été un acteur de l’humanitaire

Robert Delpire, disparu le 26 septembre 2017, restera comme l’une des figures capitales de l’histoire de la photographie.

Les livres
Avec plus de cinq cents titres il a donné au livre photo la place qu’il a aujourd’hui dans l’édition. Il a été l’ami et l’éditeur de Lartigue, Brassaï, Cartier-Bresson, Capa, Bischof… C’est à lui que l’on doit « Les Américains » de Robert Frank. À lui que beaucoup de photographes contemporains de tous les pays doivent d’être sur les rayons des bibliothèques et il est l’un des premiers à avoir reconnu l’intérêt de la photo anonyme.

Sa rigueur et sa qualité d’éditeur, l’importance attachée aux textes ont fait de chacun des livres qu’il a publiés des ouvrages recherchés et précieux. Mais, il a également créé des collections qui font référence : Neuf, L’Encyclopédie essentielle, Photocopie, Maestro… et surtout Photo Poche, bien sûr, qui est depuis trente-cinq ans la collection de livres photo la plus vendue dans le monde et grâce à laquelle plusieurs générations d’amateurs se sont initiés à la photographie.

Les expositions
Avec plus de deux cents expositions – en France et dans le monde – Robert Delpire a été l’un des principaux acteurs de l’entrée de la photographie dans les galeries, les musées et les espaces publics.
Après avoir créé la première véritable galerie photo à Paris, « 13 rue de l’abbaye », il a fondé le Centre National de la Photo qu’il a dirigé pendant quinze ans et il a monté des expositions dans les musées d’Europe, d’Amérique, d’Asie.

Robert Delpire, a – également – été un grand publicitaire (ses campagnes pour Citroën, Habitat, Cacharel sont célèbres) et le producteur de films aussi différents que Corps profond ou Polly Maggoo.

Et l’Humanitaire
Ce que l’on ne sait pas, c’est que Robert Delpire a soutenu de nombreuses causes et soutenu les photographes qui se consacrent aux problèmes sociaux. Qu’il s’agisse des exclus, des réfugiés, des victimes ou des malades…
Il a aidé toutes les organisations humanitaires qui ont fait appel à lui : Amnesty, Reporters Sans Frontières, les petits frères des Pauvres notamment.
Avec son talent et ses moyens, son efficacité et sa sensibilité.

Cette exposition constitue donc un hommage à Robert Delpire, avec qui l’association Pour Que l’Esprit Vive a créé la galerie FAIT & CAUSE en 1997.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Robert-Delpire.-Sarah-Moon.jpg 1024 866 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:11:242025-10-17 13:42:58ROBERT DELPIRE & L’humanitaire

IL ÉTAIT UNE FOIS LA YOUGOSLAVIE

13 novembre 2023/par Faitetcause

Jugoslavija ! Jugoslavija ! C’est avec ce mot scandé à chaque occasion festive que j’ai grandi dans un pays qui n’existe plus.
Et pourtant, il a bien existé, et pas qu’une fois. D’abord sous la forme d’un Royaume né le 1er décembre 1918. Celui-ci, on l’appelle communément la première Yougoslavie.
La deuxième fois, sous la forme d’une République, fondée en 1943 et tragiquement dissoute en 1992.
Et enfin, une troisième Yougoslavie que l’on disait tronquée, celle qui ne comptait plus que deux républiques sur les six qui la composaient auparavant et qui s’est, elle-même, éteinte en 2006.
Un siècle après, il n’y a donc plus de Yougoslavie. Toutefois, il reste des gens qui y sont nés, qui y ont grandi et vécu une bonne partie de leur vie.
Et je suis de ceux-là.
Je suis de ceux-là, et je suis photographe. Tout ce que j’ai photographié, je l’ai vécu. Je n’étais pas qu’un simple témoin des évènements qui se déroulaient sous mes yeux ; ces évènements étaient ma vie, comme celle de tant d’autres.
J’ai vu la Yougoslavie à son apogée, avec ses pionniers prêtant serment à leur patrie, ses bustes de Tito et son drapeau flottant à toutes les occasions, sa jeunesse en fête dans les concerts et les compétitions sportives, avec sa traditionnelle parade en l’honneur de l’anniversaire de Tito, tous les 25 mai de l’année.
J’ai vu aussi la Yougoslavie avec les yeux de ses prisonniers, dans les tribunes des stades de foot, là où la haine a fini par exploser pour la première fois dans les années 90.
Qu’ai-je vu d’autre ? J’ai vu monter une inquiétude générale, des gens dans la rue brandissant des photos de tel ou tel leader politique, criant à la paix dans un temps de guerre.
J’ai vu le monde s’écrouler pour moi et pour d’autres comme moi. J’ai vu ce pays disparaître, à chaque civil tué, à chaque immeuble touché, à chaque larme versée.
Et puis, quoi ?
Que reste-t-il aujourd’hui de tout cela ?
Les bustes et les statues de Tito gardés hors de la vue, quelque part dans les caves d’un atelier de la province. Tous ces monuments de la Deuxième Guerre mondiale, les mêmes que nous visitions, enfants, avec tant de vénération et de fierté, aujourd’hui abandonnés et profanés.
Que reste-t-il ?
Des parcelles de territoire peuplées de semblables, de mères qui continuent à pleurer leurs fils, de nouvelles générations pour lesquelles la Yougoslavie n’est plus qu’un pays qui n’est plus, celui de leurs parents, de leurs grands-parents.
Il reste, nous, moi, les photos…

 


 

Biographie

Milomir Kovačevič commence son travail de photographe à l’âge de 17 ans au Club Universitaire de Photographie (CEDUS) à Sarajevo.
Depuis le début de sa carrière, il se consacre principalement à saisir des images de la vie dans la rue et l’atmosphère des évènements culturels à Sarajevo. D’abord photographe de presse pour différentes revues locales, son travail ne sera jamais celui d’un journaliste à la recherche d’images sensationnelles et éphémères. Parmi les reportages qui ont fait sa notoriété se trouvent les photographies de la vie dans les prisons, de l’atmosphère de Medugorje, célèbre lieu de pèlerinage, des supporters du club de football de Sarajevo, de graffitis, de Tito dans les vitrines des boutiques pour le dernier jour de la République…
Au début des années 1990, il témoigne des profondes transformations qui sont en train de se produire dans la société yougoslave. De cette période naissent deux séries photographiques : les campagnes d’affichage des principaux partis politiques pour les premières élections démocratiques en Bosnie-Herzégovine, et également, tout ce qui touche à la vie politique de l’époque : assemblée générale des trois partis nationalistes, rencontres entre leurs leaders, réunions parlementaires, manifestations pour la paix…
À partir de 1992, Milomir Kovačevič suit de près les évènements qui vont rendre la ville de Sarajevo tristement célèbre à travers le monde. Jour après jour il témoigne de ce qui se passe à l’intérieur de la ville assiégée. Il présente sa tragédie personnelle et celle des habitants de Sarajevo. Par ses images il essaie de résister à la destruction totale de la ville.
En 1995, il arrive à Paris. Il y poursuit son travail et participe à de nombreuses expositions. En 1998, il devient lauréat de la Fondation CCF (aujourd’hui HSBC) pour son sujet sur la vie dans les prisons yougoslaves.
Milomir Kovačevič est un photographe des contradictions : de la mort et de la vie, du passé et du présent, de l’éternel et du passager. Ses images sont à la fois violentes et d’une extraordinaire sérénité. Leur qualité réside avant tout dans leur force picturale, pourtant exempte de toute stylisation, grâce à laquelle il nous fait partager son histoire personnelle, qui est souvent la nôtre.
Il a obtenu de nombreux prix et a été fait Chevalier de l’Ordre du Mérite pour son travail et son engagement, par le Président Jacques Chirac en 2007.
Il a reçu le Grand Prix de la ville de Sarajevo en 2016 pour son action culturelle.

 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/PIONIR-1920px.jpg 1339 1920 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:11:242026-02-05 15:02:05IL ÉTAIT UNE FOIS LA YOUGOSLAVIE

KOUNGO FITINI

13 novembre 2023/par Faitetcause

Ce projet a été́ réalisé dans le district de Bamako, capitale du Mali, au cours de 3 voyages, entre avril 2013 et avril 2015. Il aborde la problématique «des enfants des rues», phénomène croissant en Afrique de l’Ouest. Il a été initié en collaboration avec Mamadou Touré, directeur de l’association « Sinjiya-ton Mali » qui agit pour la réhabilitation sociale et professionnelle d’enfants vivant dans la rue.
Lors de mon premier voyage (d’avril à juin 2013), nous avons organisé, avec les responsables de l’association, des ateliers photographiques qui proposaient aux enfants de témoigner de leur quotidien par la photographie, le dessin et le récit. Les acteurs de ce projet, une dizaine d’enfants, étaient âgés de 11 à 16 ans. Certains d’entre eux avaient intégré les maisons d’accueil de l’association, d’autres étaient en voie d’intégration. Les filles, elles, vivaient en dehors du centre.
Un éducateur de l’association, Moussa Coulibaly, assurait l’approche psychologique des enfants ainsi que la traduction des témoignages en «bambara». Il était également l’intermédiaire entre les enfants et moi.Des appareils photo furent remis aux 10 enfants. Ils se rendaient alors au centre pour assister à quelques cours techniques de photographie argentique (visite d’un labo, compréhension de la lumière, notions de point de vue, regard, etc.), et à quelques ateliers de dessin.
Nous avons mené avec Moussa des entretiens individuels sous forme de dialogues et de discours libres pour commenter photos et dessins ; cela a permis de légender les différents livrets*.
Lors de mon deuxième voyage (d’octobre 2014 à janvier 2015), j’ai poursuivi le projet avec trois des enfants qui avaient quitté l’association pour retourner dans la rue et Rokia, une des jeunes filles.
Ayant perdu leur trace, je suis parti à leur recherche à travers les rues de Bamako. Après les avoir retrouvés, les ateliers et les entretiens se sont déroulés sur leur lieu de vie.
Au cours de mon troisième voyage (de février à avril 2015), j’ai réalisé́ des portraits d’enfants la nuit avec la complicité de trois des enfants avec lesquels j’avais déjà travaillé durant mes deux précédents voyages. Ils m’ont beaucoup aidé à réaliser ce projet ; aussi bien pour les prises de vue que pour les rencontres avec d’autres enfants. Ce travail correspond au dernier livret* (Livret 9).

*Le projet se présente sous forme de 9 livrets et d’un lexique : 8 livrets contenant les images et les textes des enfants, 1 livret contenant mes images et 1 lexique permettant de contextualiser la culture malienne et des définitions de termes utilisés par les enfants.
Pour réaliser ces livrets, j’ai moi-même effectué la sélection des images et des témoignages.
J’espère avoir été́ fidèle aux intentions des enfants.
Arnold Grojean.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/1BD.jpg 1280 1920 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:11:242025-10-17 16:41:37KOUNGO FITINI

SERGE et JACQUELINE

13 novembre 2023/par Faitetcause

Le quartier de Lille-Sud est en pleine mutation. Mais de génération en génération, les habitants y restent très attachés. La barre des Biscottes a disparu pour faire place à des logements neufs qui cohabitent avec des maisons de ville des années 1930. Le commissariat central tente de ramener le calme après de longues périodes de troubles.

Ce jour-là, la pluie me surprend. Je m’abrite sous un porche déjà occupé par un homme et une femme, c’est l’heure de la promenade des chiens. Elle me dit bonjour, voit mon appareil photo. Nous échangeons quelques paroles.

– Je rêve depuis toujours de rencontrer quelqu’un pour raconter notre histoire, c’est le Seigneur qui vous envoie…

Souvent, quand on pense à un récit, on pense aux mots. Mais Jacqueline est analphabète, et c’est peut-être pour cela qu’il lui semble normal de pouvoir écrire sa vie avec des photographies.

Je suis accueillie dans le quotidien de ce couple au langage spontané, aux gestes naturels, aux rituels singuliers. Un petit monde plus organisé qu’il n’y parait, où il existe une marraine des chiens et une voiture du Père-Noël…

Dans ce contexte social difficile, une vie tendre et lumineuse, parsemée d’humour et pleine de pudeur. Tout me remue chez Jacqueline et Serge, leur sincérité, leur simplicité, leur manière de vivre… Les barrières tombent, la relation s’installe avec beaucoup d’humilité.

Je me rends à leur domicile le jour de notre rencontre. Puis on se revoit, encore, et encore. Parfois, nous croisons des personnes de son entourage ou des voisins.

En les interpellant, Jacqueline me rappelle qui je suis : – C’est une photographe, elle raconte mon histoire !

 

 

Le 10 avril 2015, j’ai ouvert une porte, ou plutôt une porte s’est ouverte à moi sur un espace inconnu. C’était si fort que j’y suis restée. Avec le temps, je suis rentrée dans quelque chose qui dépasse le sujet, une vie attachante. Serge et Jacqueline me donnent tout ce qu’ils ont, une présence et une disponibilité. Mon geste photographique coule dans leur quotidien. Le couple, la religion, le mariage, la famille, la maladie, les animaux, le déménagement…
Mon regard devient englobant et bienveillant sur cette réalité portée par une certaine sensibilité mystique qui me renvoie aux premiers mots de Jacqueline : C’est le Seigneur qui vous envoie !
La liberté témoignée par Serge et Jacqueline s’inscrit dans un vrai travail photographique. Les préjugés, les étiquettes, les stéréotypes tombent. C’est un message de tolérance et d’acceptation que j’ai reçu et que je souhaite partager.
Leur histoire devient la mienne. En images et en dires, le récit d’un échange lumineux et bienveillant, la trace des petits fils tissés entre nos humanités.

Laure Vouters

 


 

SERGE and JACQUELINE
by Laure Vouters
France 2017

The southern area of Lille is transforming. But from one generation to the next, its inhabitants remain attached to the neighbourhood. The ‘barre des Biscottes’ (two eight-story buildings) has disappeared to be replaced by new housings, existing alongside townhouses dating back to the 1930s. The central police station is now trying to restore a sense of calm after long periods of discord.
On that day, the rain caught me by surprise. I sheltered myself under a porch, already occupied by a man and a woman: it was time to walk the dogs.
She said hello, and saw my camera. We exchanged a few words.

I’ve always dreamt of meeting someone to tell our story, you’ve been sent by the Lord…

Usually, when we think of a story, we think of words. But Jacqueline is illiterate, and maybe that’s why it seems normal to her that her life could be told through photographs.
I was welcomed within this couple’s everyday life. They shared a spontaneous language, with natural gestures and singular traditions. A little world, more organized than it seemed, where we can find a dogs’ godmother and Santa’s car…
In that difficult social context, I discovered a soft and bright life, scattered with humor and full of modesty. Everything about Jacqueline and Serge moved me: their honesty, their simplicity, and their way of life… The barriers came down, and the relationship took hold with a lot of humility.
I went to their house on the day we met. Then we met again, and again. Sometimes we ran into a neighbour or other people related to her.
When talking to them, Jacqueline reminded who I was: She’s a photographer, she’s telling my story!

 

 


 

SERGE y JACQUELINE
de Laura Vouters
Francia 2017

En la ciudad de Lille, el barrio sur está cambiando mucho. Pero de generación en generación, los habitantes permanecen muy apegados a él. El monobloc “Las Galletas” ha desaparecido para dar lugar a nuevas viviendas que conviven con las casas de la década de 1930. La policía central trata de mantener el orden después de largos períodos de conflictos.

Ese día, la lluvia me sorprende. Me refugio bajo un porche ya ocupado por un hombre y una mujer. Es la hora de hacer pasear el perro. Ella me saluda y mira mi cámara fotográfica con mucho interés. Intercambiamos algunas palabras y me dice:

– Siempre he soñado con conocer a alguien que pueda contar nuestra historia,
es el Señor quien te envía…

A menudo, cuando pensamos en una historia, pensamos en las palabras. Pero Jacqueline es analfabeta y es tal vez por esa razón que para ella sea normal describir su vida con fotografías.
Es así como soy la bienvenida en la vida cotidiana de esta pareja, con un lenguaje espontáneo, con gestos naturales y rituales singulares. Un pequeño mundo más organizado de lo que parece, donde hay una madrina de perros y un coche de Papá Noel…
En este contexto social difícil, una vida tierna y luminosa, punteada de humor y mucha modestia. Todo me conmueve en Serge y Jacqueline, su sinceridad, su simplicidad, su forma de vida… Las barreras caen, la relación se establece con mucha humildad.

Voy a su casa el día de nuestro encuentro. Entonces después nos volvemos a ver, una y otra vez y otras tantas todavía… A veces nos cruzamos, nos encontramos con gente de su alrededor o con vecinos. Al saludarles, Jacqueline les recuerda quién soy: – ¡Es una fotógrafa, y ella cuenta mi historia!

 

 

El 10 de abril de 2015 abrí una puerta, o mejor dicho, una puerta se me abrió a un espacio desconocido. Fue tan fuerte que me quedé allí. Con el tiempo, me sumergí en algo que va más allá de mi reportaje, una vida entrañable. Serge y Jacqueline me dan todo lo que tienen, presencia y disponibilidad. Mi gesto fotográfico sigue su vida cotidiana. La pareja, la religión, el matrimonio, la familia, la enfermedad, los animales, la mudanza…

Mi mirada se vuelve abrazadora e indulgente sobre esta realidad cargada de una cierta sensibilidad mística que me recuerda las primeras palabras de Jacqueline: ¡Es el Señor quien te envía!

La libertad y la confianza manifestada por Serge y Jacqueline son parte de un verdadero trabajo fotográfico. Los prejuicios, las etiquetas y los estereotipos se desvanecen. Es un mensaje de tolerancia y de aceptación que he recibido y que deseo compartir.

Su historia se mezcla a la mía. En imágenes y en comentarios, el relato de un intercambio luminoso y comprensivo, el rastro de hebras entretejidas entre nuestras humanidades.

Laure Vouters

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Recto-L.-VOUTERS.png 775 1085 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:11:242026-03-27 12:06:11SERGE et JACQUELINE
Samuel TURPIN

GROENLAND

13 novembre 2023/par Faitetcause

Le reportage « Le dilemme des glaces » s’inscrit dans le projet Humans&Climate Change Stories (www.humansclimatechange.com), dont l’objectif est de proposer une approche documentaire des effets du changement climatique à travers l’histoire de 12 familles réparties sur le globe, suivies tous les 3 ans sur une durée totale de 10 ans. A travers leurs récits et l’évolution de leurs parcours, nous tentons de mieux comprendre quels sont les effets du changement climatique sur notre vie quotidienne et nos capacités de résilience. Humans&ClimateChange Stories met également en perspective les dynamiques sociales, économiques et géopolitiques qui exercent une pression sur les phénomènes environnementaux. Le projet propose une forme de narration immersive, diffusée à travers une approche multimédia. Le projet est soutenu par l’Agence de Coopération et de développement Suisse (DDC) et l’Organisation Internationale des Migrations (OIM).

Quelques photographies de ce reportage ont été exposées à la COP23 (Bonn, nov 2017), et au Palais des Nations-Unies à Genève (janv 2018) dans le cadre d’une présentation générale du projet Humans&Climate Change Stories.

Longtemps ignoré, l’Arctique représente aujourd’hui un nouvel enjeu géopolitique. La fonte des glaces, accélérée par le réchauffement climatique (1), a lancé une compétition autour de ses importantes ressources minières –dont les terres rares et l’uranium- les hydrocarbures, et les nouvelles voies maritimes commerciales. Le Groenland, désireux de s’affranchir d’une dépendance économique -et à terme politique- vis à vis du Danemark, se trouve aujourd’hui face à un dilemme : L’exploitation de ressources à risques VS la préservation de son environnement, qui est au centre de toute la culture Inuit.

Face à un nouveau contexte mondial et l’investissement risqué que représente l’exploitation offshore, trois compagnies pétrolières ont abandonné leur licence d’exploration en 2016. Dans l’incertitude, le Groenland reporte alors tous ses espoirs sur le secteur de la pêche, qui représente déjà 90% des exportations du territoire, et demeure la première source de subsistance pour les villages côtiers.
Car la fonte des glaces libère aujourd’hui l’océan durant près de 8 mois au cours de l’année -contre 5 mois il y a encore 20 ans- sur les parties sud et ouest de l’île. Le gouvernement et les grandes compagnies de pêche autorisées offrent ainsi des contrats et des facilités aux pêcheurs côtiers pour se doter d’équipements de plus en plus modernes. Au risque d’entrer dans une exploitation intensive, alors que l’avenir des ressources halieutiques en Arctique, très affecté par les effets du changement climatique, reste très incertain. Au risque de créer une dangereuse dépendance pour tous les pêcheurs côtiers qui disposent de peu d’opportunités de reconversion, et de les fragiliser en les poussant au surendettement. La plupart ne pourraient en effet pas résister à une ou deux « mauvaises saisons ».

En 2016, la compagnie étatique Royal Greenland affichait un bénéfice record de 954 millions d’euros. La production est destinée en priorité aux marchés américains, asiatiques et européens dont la demande a doublé en 25 ans.
Une histoire avec Niels Moolgard, pêcheur à Qeqertaq.

 

(1) Le Groenland enregistre depuis 1951 une augmentation moyenne de température de 5°C en hiver, 3°C au printemps et à l’automne, et environ 1°C en été.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Groenland--Le-dilemme-des-glaces-STurpin-02.jpg 1281 1920 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:11:242026-03-20 17:25:50GROENLAND

SERTÃO

13 novembre 2023/par Faitetcause

Tiago Santana est sans doute – avec Sebastião Salgado, d’une génération son aîné – l’un des plus célèbres photographes brésiliens contemporains. Son œuvre s’inscrit de façon magistrale dans le bouillonnement créatif de l’Amérique du Sud: entre tradition et modernité.

Né en 1966, dans le Nordeste du Brésil, il a séjourné aux Etats-Unis, en Europe et en France mais il reste viscéralement attaché à son pays. Homme de culture, il a documenté l’univers de grands écrivains comme Graciliano Ramos ; homme de projets collectifs, il est à l’origine de reportages sur ce Brésil dont les frontières sont partagées avec dix autres pays d’Amérique du Sud. Mais ce qui habite surtout son objectif de photographe et sa conscience de reporter, c’est le Sertão, ce « polygone des sécheresses » qui englobe la majorité du Nordeste.
Edouardo Manet qui préface l’ouvrage consacré à ses photos écrit : « Tiago Santana présente le Sertão mystérieux et austère avec la ferveur d’un amoureux et une honnêteté exemplaire. Il offre une manière différente de regarder… Un artiste exceptionnel comme lui peut se permettre de casser toutes les règles.
Un amour féroce lie l’artiste au lieu qui l’a vu naître. Féroce parce que nous ne trouvons pas la moindre trace de mièvrerie dans les photographies de Santana. Il y aurait même une certaine fierté à nous montrer ce Nordeste brésilien tel qu’il est. Tiago Santana n’apporte pas un message ni une ligne thématique déterminée. Cet artiste est comme sa terre natale : un volcan en puissance. Il n’a pas fréquenté les écoles d’art, les cours de photographie des universités parfois très illustres qui enseignent avec intelligence et ferveur « l’art de photographier ». Santana est allé chercher son art comme le demandait Gorki, dans « l’université de la vie ». »

Biographie
Tiago Santana nait en 1966 à Crato (région du Cariri, Etat du Ceará au Nordeste du Brésil). Ses parents, militants politiques de gauche, sont venus y habiter en 1964 pour se mettre à l’abri des menaces de la dictature militaire. Tiago découvre la photographie avec son père, ingénieur, qui fait en amateur de la photo et des films en super-8.
En 1982 il part aux Etats-Unis où il achète son premier appareil photo. De retour au Brésil en 1984, il est admis à l’école d’ingénieur mécanique de l’université fédérale du Ceará.
Il interrompt ses études deux ans plus tard. Il participe alors à de nombreuses rencontres nationales de photographie. C’est en 1989 qu’il commence à travailler comme professionnel en réalisant des essais photographiques, notamment dans le Sertão, une région semi-aride englobant  la majorité des états qui composent les états du Nordeste.
En 1992 Il entame un projet consacré aux pèlerinages à Juazeiro do Norte, un des plus grands centres religieux du Brésil.
Il fonde, avec deux photographes, la maison d’édition Tempo d’Imagem, spécialisée dans les livres de photographie.
En 1998, il commence à développer le projet Brasil Sem Fronteiras (Brésil sans frontières) en collaboration avec quatre autres photographes brésiliens.Il publie en 2000 son premier ouvrage : Benditos.
De 2002 à 2006, Tiago Santana travaille à documenter l’univers de Graciliano Ramos, un des plus grands écrivains brésiliens originaire du Nordeste. Cet essai donne naissance en 2006 au livre O Chão de Graciliano.
Il entreprend en 2010 son premier voyage en Asie. Ses photographies sont exposées en Chine où il commence un travail de documentation.
Il publie le livre Sertão dentro de mim consacré à l’univers du poète populaire Patativa do Assaré, en collaboration avec l’écrivain et journaliste Gilmar de Carvalho.
Les photographies de Tiago Santana sont régulièrement publiées dans la presse, dans des ouvrages de photographie au Brésil et dans le monde.
Il a participé à d’importantes expositions, reçu de nombreux prix et récompenses, et ses œuvres sont entrées dans plusieurs collections au Brésil, aux Etats-Unis, en France…
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Recto-SERTAO_Invit.jpg 395 566 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:09:232026-02-04 13:49:17SERTÃO

DROITS DE REGARDS

13 novembre 2023/par Faitetcause

Depuis plus de 50 ans, Amnesty International témoigne de la violence du monde.

Ses rapports, fruits d’enquêtes menées sur les  terrains les plus variées, identifient, dénoncent et nomment les violations des droits humains commises chaque jour dans le monde. La force de ces écrits a entraîné des prises de conscience et des mobilisations de citoyens du monde entier. Des chefs d’Etats, des gouvernements, des décideurs se sont régulièrement vus mis face à leur responsabilité. Droits de regards repose sur le lien étroit qui depuis ses débuts lie Amnesty International aux photographes. La sélection ici présentée constitue un constat flagrant de la barbarie des dernières décennies : de l’exécution sommaire d’un prisonnier à la fuite éperdue d’une petite fille dont le village vient d’être bombardé au napalm,  des crimes génocidaires aux massacres d’opposants, de la détresse des réfugiés et des immigrés à celle des femmes battues, des enfants esclavagés ou prostitués aux femmes et hommes jetés à la rue par les lois de l’économie…
Mais qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit ici moins de recenser les horreurs de ce monde que de souligner le rôle que joue la photographie dans le combat pour les Droits humains.

Par leur caractère emblématique, certaines de ces photographies ont durablement contribué à modifier la perception des événements dont elles témoignent. D’autres représentent des personnes dont toute la vie a été consacrée au combat pour les droits humains et qui en sont devenues des figures emblématiques, comme Martin Luther King ou Nelson Mandela. Beaucoup enfin  sont des témoignages de victoires : comme par exemple, celles de femmes qui votent, se forment, l’emportent sur les assassins de leurs enfants….
Dans cette histoire contradictoire des Droits humains –  qui est sans doute la grande épopée de notre temps –  la photographie joue un rôle essentiel. Elle montre et elle témoigne dans le moment même, des événements. Et, au-delà, elle garde vive notre mémoire individuelle et collective.

Elle constitue également un appui déterminant dans le travail des organisations et des mouvements qui se donnent – comme Amnesty International – la mission d’identifier, de nommer, de dénoncer les violations des Droits humains.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/RectoDroitsderegardsH500px72dpi.jpg 560 399 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:09:232026-02-03 16:36:01DROITS DE REGARDS
Philippe CHANCEL

WORKERS EMIRATES

13 novembre 2023/par Faitetcause

Dubaï, Abu-Dhabi sont devenues en peu de temps les cités de la surenchère, du commerce et du luxe : plages, musées somptueux, galeries marchandes… un univers artificiel où l’irréel devient plus réel que le réel.
Ce rêve possède un envers du décor où une armada de travailleurs indiens, philippins, chinois… triment sans interruption, traversant furtivement cette scène de façon invisible, sans consistance et sans histoires aussi. Un esclavage moderne dont les actualités ne parlent pas.

Philippe Chancel pointe cette situation et nous offre la vision d’hommes saisis dans leur activité : sous le soleil, enturbannés de pièces de tissus, portant casquettes ou fichus afin de se protéger de la chaleur et de la poussière.
Ces travailleurs n’ont aucun autre choix, cherchant les salaires là où ils se trouvent, acceptant, en victimes consentantes, les conditions d’un travail asservissant.

La magie de Philippe Chancel fait qu’on hésite, on ne sait pas qui sont ces hommes exactement : leurs tenues laissent un instant supposer que ces workers sont tout autant de possibles émeutiers prêts à renverser un ordre finalement précaire que de simples ouvriers.

 


 

Workers Emirates illuminates the ‘ghost-like existence of migrant workers, who apply all their strength in the construction of metropoles of hypercapitalism in the UAE.
Photographer Philippe Chancel calls these cheap laborers «new slaves», who underpin the Gulf’s hyper-development yet remain marginalized by society. His photographs illustrate the juxtaposition of workers in conspicuously bright colored clothing and their invisibility in an environment that ignores their plight – as individuals who sustain society and yet are simultaneously excluded from both its luxuries and its basic virtues.
No matter how they are wrapped up, hooded or camouflaged, there are all portraits of people. Philippe Chancel strives to give them back their identity. His aim is for realism, or more exactly the need to show the reality. There is no arrangement, no creation of scenarios, no fiction. He never asked any of them to pose.
The series «recumbent effigies» (title of the third section of his book «Workers emirates») gathers photographs taken between 2007 and 2011, mostly in Dubaï, Abou Dhabi and Sharjah. Most of the year, the temperature exceeds 45°, which makes the very few shaded areas in public spaces and construction sites much sought-after, and the temptation to rest in-between short breaks too strong. Sluggish bodies seem to be absent, just like dead bodies.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/Prix-SOPHOT-2.-P.Chancel.jpg 1695 2295 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:09:232026-02-05 11:11:22WORKERS EMIRATES

ISHINOMAKI & ONAGAWA

13 novembre 2023/par Faitetcause

Le 11 mars 2011, le grand tremblement de terre du Tohoku a fait vaciller une partie du Japon et a soulevé cette vague démesurée pour l’abattre sur plus de 400 kilomètres de littoral. Ishinomaki et Onagawa sont deux villes parmi les plus touchées par le tsunami. La vague y a atteint jusqu’à 20 mètres emportant tout sur son passage, générant des milliers de morts, ne laissant qu’un paysage désolé parsemé de constructions inhabitables. La population fut profondément atteinte et obligée au repli et à la précarité dans de nombreux centres improvisés.

Ce reportage propose une rencontre avec les sinistrés et fait un état des lieux de la reconstruction morale, physique et matérielle, du mois de juin 2011 à mars 2012.
Dans les centres de réfugiés, les sinistrés offrent leurs témoignages contés à fleur de peau. Aussi, depuis leur fermeture en septembre 2011 la population a été relogée dans les appartements construits d’urgence par le gouvernement. Ces derniers restent provisoires, mais les intégrer permet de retrouver un peu d’intimité et de repos ressourçant.  Il leur faudra alors affronter une période encore longue et incertaine avant le retour vers une normalité.
Dans les villes, les travaux de nettoyage sont sans fin. À Ishinomaki, un tiers de la ville n’existe plus. Un autre tiers noyé sur le premier niveau est en attente d’être assaini. Les sinistrés, tous solidaires, avec les aides extérieures s’activent à la tâche afin que leurs familles retrouvent leur chez soi.

À Onagawa, la configuration géographique a accentué la puissance et la hauteur du tsunami. Situé au fond de la baie et à flanc de montagne, la quasi totalité de la ville a disparu. Les bâtiments entiers furent simplement couchés ou roulés par la vague, les structures métalliques évidées, les fondations mises à nues. Des montagnes de débris d’architectures s’accumulent en des lieux où les résidences dominaient. Onagawa renaîtra un jour, mais rien de ce qui se trouvait en dessous des vingt mètres ne pourra être rénové. On oubli vite l’ampleur et les conséquences qu’ont engendré une telle catastrophe. Mais sur ces centaines de kilomètres, cette date charnière du 11 mars existera désormais en chacun et en toute chose. Sébastien Lebègue propose un regard photographique objectif et journalistique dans des compositions frontales où le texte, plus que la légende, dicte la situation. En parallèle, un regard subjectif et artistique empreint de sensibilité et d’émotion crie la douleur des lieux dans des images monochromes.

 


 

ISHINOMAKI and ONAGAWA
Reconstruction after the tsunami of March 11, 2011.
June / July – 2011

 

On March 11, 2011, the severe Tohoku earthquake shook part of Japan and sent a huge wave crashing into 400km of coastline.

Ishinomaki and Onagawa are two of the towns hit hardest by the tsunami.  The wave reached a height of 20 metres and swept up everything in its path, killing thousands and leaving in its wake a desolate landscape, dotted here and there with wrecks of buildings.  The population was severely affected and forced to retreat to makeshift shelters.

Sébastien Lebègue, photographer and reporter living in Tokyo, brings you to meet the victims and offers a progress report on the moral, physical and material reconstruction, six months after the event.

In the refugee centres, the survivors are all marked by loss, and their stories are full of emotion.  They wait patiently for government lodgings, attributed by lottery.  These lodgings are only temporary, but at least they allow a degree of privacy and some respite.  They still have to face a long and uncertain wait before returning to a normal life.

The cleanup operation in the towns is seemingly endless.  Thirty percent of the town of Ishinomaki no longer exists.  A further thirty percent was flooded up to the first floor and must be cleaned.  Showing great solidarity and with help from outside, the victims work to get themselves and their families back to their homes.

As for Ongawa, the local geography conspired to increase the power and height of the tsunami.  At the head of a bay and at the foot of a mountain, practically nothing is left of the town.  Whole buildings were simply flattened or uprooted by the wave, metallic structures were gutted and foundations exposed.  Mountains of architectural debris are piled where housing used to be.  Onagawa will be reborn one day, but nothing that was less than 20 metres high can be renovated.

The magnitude and consequences of such a catastrophe are quickly forgotten.  However, the date of March 11 will rest forever in the memory of everyone and everything for hundreds of kilometers around.

Sébastien Lebègue offers an objective, photographic journalist’s point of view in head-on compositions where the text, more than the legend, depicts the situation. In parallel, his subjective and artistic view, full of sensitivity and emotion, communicates all the pain of the subject through monochrome images.

 


 

ISHINOMAKI y ONAGAWA

La reconstrucción después del tsunami del 11 de marzo de 2011.

El 11 de marzo de 2011, el terrible terremoto de Tohoku hizo temblar una parte de Japón y engendró una gigantesca ola que devastó más de 400 km de costa.

Ishinomaki y Onagawa son dos de las ciudades más afectadas. La ola fue tan alta que alcanzó los 20 metros y fue arrasando todo a su paso, haciendo miles de muertos y dejando un paisaje desolado de edificios inhabitables. La población se vio profundamente afectada y obligada a retirarse o a instalarse precariamente en los numerosos centros improvisados.

Seis meses después, Sébastien Lebègue, fotógrafo y reportero gráfico residente en Tokio, nos lleva al encuentro de las víctimas y nos muestra un panorama del estado de reconstrucción moral, física y material, después de la catástrofe.

En los centros de refugiados, las víctimas sufren del síndrome de “pérdida” y sus testimonios son siempre desgarradores. Mientras que esperan pacientemente el posible acceso a una de las viviendas del gobierno, a través de un sistema de lotería. Si bien estos alojamientos son provisorios, ellos permiten reponerse y recobrar algo de intimidad. Pero un largo e incierto período les espera, antes de volver a la normalidad.

En las ciudades los trabajos de limpieza son interminables. En Ishinomaki, un tercio de la ciudad ya no existe. Otro tercio ha visto la planta baja sumergida y espera de ser limpiado. Todas las víctimas son solidarias y con la ayuda externa se empeñan en la ardua tarea para lograr que sus familiares puedan regresar cuanto antes a sus viviendas.

En Ongawa, la geografía ha contribuido a aumentar la fuerza y la altura del tsunami. Situada en la parte inferior de la bahía y adosada la montaña, casi toda la ciudad ha desaparecido. Los edificios enteros yacen caídos por el suelo o revolcados por la ola, las estructuras metálicas son solo esqueletos y  las fundaciones han quedado al descubierto. Montañas de escombros y restos de edificios se acumulan en los lugares residenciales. Onagawa renacerá un día, pero nada de lo que estuvo por debajo de esos veinte metros podrá ser renovado.

Nos olvidamos rápidamente de la magnitud y de las consecuencias de esta catástrofe. Sin embargo, en cientos de kilómetros, esta fecha de 11 de marzo quedará marcada para siempre en cada ser y en cada cosa.

 

En un enfoque fotoperiodístico Sebastien Lebègue propone, composiciones frontales en las que el texto más que comentar, dicta la situación. Paralelamente, con una mirada subjetiva llena de sensibilidad y de emoción, ilustra el dolor y el drama de estos sitios, a través de las imágenes monocromas.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/patt00029.jpg 334 500 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:09:232026-02-05 11:09:40ISHINOMAKI & ONAGAWA

FADED TULIPS

13 novembre 2023/par Faitetcause
Je me souviens avoir vu des images du Kirghizstan pour la première fois à la télévision. C’était en mars 2005. On y voyait des hommes aux traits asiatiques, surchauffés, courant vers un imposant bâtiment administratif de style soviétique. On les voyait entrer et saccager ce qu’ils y trouvaient, certains même piller. Puis sur le toit, des hommes brandissaient fièrement un drapeau.
Cet évènement fut appelé la « Révolution des Tulipes ». On pouvait lire dans la presse que le peuple kirghize, motivé par les injustices sociales subies, venait de renverser le régime autoritaire et corrompu du Président Askar Akaev pour y mettre à sa place Kurmanbek Bakiev.C’est quelques années plus tard, loin de l’actualité, quand le petit pays était complètement retombé dans l’oubli, que j’ai visité le Kirghizstan pour la première fois. Je devais voir ce qu’avait vraiment apporté cette « Révolution des Tulipes » censée
« instaurer une transition démocratique dans le pays ».
Ladite révolution ne semblait avoir été qu’une vulgaire passation de pouvoir. Les élections étaient toujours truquées, les médias censurés, peut-être même plus qu’avant, des opposants politiques étaient arrêtés. Le pays faisait partie des 15 pays les plus corrompus au monde. C’est toujours le cas aujourd’hui, alors que 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté et au moins autant regrette l’époque soviétique. On parle désormais de la « Révolution des Tulipes » comme d’un coup d’état maquillé en révolution populaire. J’ai continué à visiter le pays au cours de plusieurs voyages. J’ai été confronté à son instabilité croissante, jusqu’à ce nouvel évènement sanglant, en avril 2010.
Nouvelle révolution ; peut-être un peu plus réelle celle-ci. Bakiev, le népotique, est renversé à son tour, après avoir fait tirer sur des manifestants dont 86 seront tués, il se réfugie en Biélorussie, comme l’avait fait Akaev cinq ans plus tôt. S’ensuit une période de grande violence pendant laquelle Osh, la capitale du sud sera le théâtre de clashs ethniques. Officiellement 500 morts, mais près de 2 000 selon de nombreuses sources et près de 400 000 déplacés, en grande majorité Ouzbèke.Certains disent que le jeune pays ne s’est jamais vraiment remis de l’effondrement de l’URSS, en 1991. Et ce qu’il vit aujourd’hui serait toujours l’apprentissage – douloureux –  de l’indépendance. William Daniels
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/MG_0962.jpg 960 1440 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:09:232025-03-05 18:11:48FADED TULIPS
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