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Fait & Cause, Photographie Militante

SARAJEVO

11 janvier 2024/par Faitetcause

Textes de François Maspero, Andrea Lešic et Milomir Kovačević.

“C’est l’histoire d’un pays, d’une ville, de ses habitants, d’un homme. Le pays n’existe plus : c’était la Yougoslavie. La ville a été blessée à jamais : c’est Sarajevo. Ses habitants, en grande partie, ne sont plus les mêmes, certains tués, d’autres partis. L’homme est vivant mais blessé, lui aussi, pour la vie. Il se souvient, et ces photos sont comme les cicatrices indélébiles de ce souvenir. Aussi indélébiles que celle de la balle qui l’a frappé au menton, un jour comme les autres, parmi les mille trois cent quatre-vingt-quinze jours qu’a duré le siège.”

Ainsi l’écrivain François Maspero évoque-t-il l’exceptionnel travail que le photographe Milomir Kovacevic a consacré à son pays, devenu aujourd’hui Bosnie-Herzégovine, et à sa ville emblématique, Sarajevo. Né à Cajnice en 1961, Milomir Kovačević, qui a commencé dès l’âge de dix-sept ans la pratique de la photographie, est en quelque sorte le chroniqueur infatigable et passionné de Sarajevo. Il a commencé à en arpenter les rues, armé de son premier Nikon, alors qu’il était étudiant, parcourant une ville “qui vibrait de la beauté de ses habitants”, cherchant à la saisir dans sa diversité et son étonnante vitalité. Devenu photographe de presse, il a connu et documenté ce qu’il définit lui-même comme les trois époques d’une ville dont la traversée du XXème siècle s’apparente à une page emblématique de l’histoire contemporaine. Elle commence par le Sarajevo d’avant 1990, qu’il décrit comme une ville paisible, capitale culturelle et ouverte d’une Yougoslavie où le régime du maréchal Tito distend partiellement un rideau de fer qui ceinture l’Est de l’Europe. La fraternité et le désir d’avenir, symbolisés par l’hommage aux héros et l’enthousiasme des pionniers, ne connaissaient pas alors le poison des nationalismes particuliers. Le 6 avril 1992, l’édification des premières barricades marque le début de l’effroyable siège de la ville qui, quatre années durant, va révéler à l’Europe sa fragilité et au monde l’impuissance de sa solidarité. Plongé au cœur du drame, Milomir Kovačević fait de son appareil “un bouclier et une épée”, parcourant la ville sur laquelle s’abattent les premiers obus. L’assassinat de son propre père achève de briser “l’irréel de cette tragédie” et fait de sa quête photographique “un besoin”, une nécessité irrépressible de “garder la trace et de faire de l’enfer de Sarajevo un document visuel qui accompagnera avec pudeur et discrétion le quotidien des habitants, leur rendant ne serait-ce qu’un peu de leur fierté”. Vient enfin le temps de la paix, plus exactement celui de l’après-guerre. Milomir Kovacevic sait mieux que quiconque le poids des souvenirs hantés, des blessures traumatisantes, des reconstructions fragiles, qu’il saisit dans la pudeur de leur manifestation. Installé à Paris, il entreprend de faire découvrir au monde, à travers expositions et publications, l’horreur d’un conflit dont l’histoire n’a pas fini de s’écrire, tout en poursuivant une recherche sur la mémoire des disparus et la vie solidaire des exilés dispersés.

 

LES PETITS SOLDATS

Blessés et parfois même assassinés, privés de nourriture et d’eau, confrontés à une réalité qui dépasse leur compréhension, les plus grandes victimes de guerre sont toujours les enfants.

Malgré les difficiles conditions dans lesquels les enfants de Sarajevo ont vécu pendant la guerre, ils ont toujours continué à jouer et à s’amuser. Leurs héros n’étaient plus les personnages de dessins animés ou de westerns ; leurs héros étaient leurs pères, grands frères, voisins, héros locaux qui partaient sur les lignes de front ou montaient la garde pour défendre la ville.

Ils se fabriquaient les pistolets en bois, utilisaient les grenades qui ont déjà servi, faisaient eux-mêmes les gilets pare-balles en carton et les fusils en tubes d’acier, montaient la garde, construisaient des cachettes, des uniformes et des accréditations sur lesquelles on pouvait lire « La police des enfants ». Cependant, pour les besoins de la série de photos présentée ici, ils posaient souvent avec les véritables armes « empruntées » à leurs parents. Innocents, ils imitaient ainsi les grands ; c’était leur façon de se protéger et de se sentir en sécurité.

Ces photos ont été prises aux mêmes endroits que les photos que j’avais réalisées avec les pionniers de Tito trois années auparavant. Il est intéressant de voir à quel point les conditions de vie, l’idéologie ambiante et le décor de tous les jours avaient changé en quelques années seulement. D’un côté, il y avait les petits pionniers qui croyaient en quelque chose qui était destiné à disparaître, de l’autre les enfants de la guerre, aussi innocents que les premiers, participant à l’avènement d’un autre monde, à la fois victimes mais peut-être aussi les futurs défendeurs de nouvelles idées.

 

De nombreux enfants ont été blessés et tués pendant la guerre à Sarajevo. Leur nombre varie d’une source à l’autre allant jusqu’à 1601 enfants tués et 15 000 enfants blessés. Institut de recherche sur les crimes contre l’humanité et le droit international, 524 enfants ont péri durant le siège de Sarajevo (Jasminko Halilović, auteur du livre « Enfance et guerre, Sarajevo 1992-1995 »).

 


 

SARAJEVO 

Texts by François Maspero, Andrea Lešic and Milomir Kovačević

« It is the story of a country, of a city, of its people, of a man.  The country exists no more : Yugoslavia.  The city was marked for ever : Sarajevo.  Its people, for the greater part, are no longer the same.  Some were killed, others left.  The man is alive but injured, he too is marked for ever.  He remembers.  And these photos are like the indelible scars of that memory.  As indelible as the bullet that hit him on the chin, on a day like any other, during the thousand three-hundred and ninety-five days that the siege lasted ».
It is with these words that the writer François Maspero speaks of the exceptional work that the photographer Milomir Kovacevic has done for his country, now Bosnia-Herzegovina, and for its iconic city, Sarajevo.
Born in Cajnice in 1961, Milomir Kovacevic, who started photography at the age of 17, is a tireless and passionate chronicler of Sarajevo.  While still a student, and armed with his first Nikon, he started wandering through the streets, erring through a city which “throbbed with the beauty of its inhabitants”, trying to capture this beauty through the diversity of the place and its astonishing vitality.  As a press photographer, he would witness and record what he himself calls the three periods of the city, whose passage into the twentieth century would merit its own page in the history books.  It starts with Sarajevo before 1990, which he describes as a peaceful city, the cultural and open capital of a Yugoslavia where Marshall Tito’s regime lifted, ever so slightly, the iron curtain which draped all of Eastern Europe at the time.  Brotherhood and the dreams of a future, symbolised by the honours given to heroes and by the enthusiasm of pioneers, were still unaffected by the poison of particular nationalist ideas.
April 6, 1992, and the building of the first roadblocks, would mark the beginning of a terrifying siege, which, over four years, would highlight the fragility of Europe and the impotence of its supposed solidarity.  At the heart of the action, Milomir Kovačević turned his camera into “a shield and a sword”, travelling through the city as the first mortar rounds fell.  The assassination of his own father would finally break the “unreality of the tragedy” and would turn his photographic quest into a mission, an irrepressible need to “record and convert the hell of Sarajevo into a visual document which would be discreetly present in the daily lives of the inhabitants, if only to give them back a sense of pride”.
And then, finally, peace returned.  Or more precisely, the time of peace after the war.  Milomir Kovacevic knows better than anyone the weight of haunted memories, of traumatising injuries, of fragile reconstructions, which he captures as they appear.  Living in Paris, through exhibitions and publications he aims to make the world discover the horror of a conflict whose story is not yet finished, all the while carrying out research into the lonely life of the exiles and into the memory of those who perished.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/01/couv_340pixels-1.jpg 340 224 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2024-01-11 22:03:332026-01-27 13:41:29SARAJEVO

ZIMBABWE
Your wounds will be named silence

11 janvier 2024/par Faitetcause
Le photojournalisme connaît actuellement une période de mutation, rendue amère par les difficultés de la presse à financer de si complexes et lointains reportages. Compte tenu de ces nouvelles contraintes, la Fondation Carmignac Gestion a voulu donner aux photoreporters, témoins essentiels de notre temps, les moyens d’aller là où les autres ne vont pas et de nous donner à voir la réalité masquée par la distance et la quête permanente de sensationnel à laquelle les médias n’ont de cesse de se livrer.
En 2009, cette ambition a conduit à la création du prix du photojournalisme Fondation Carmignac Gestion. Le présent ouvrage met en lumière le reportage réalisé par Robin Hammond au Zimbabwe, lauréat 2011. Ce reportage se divise en quatre chapitres opérant un état des lieux de ce pays après trente ans de dictature.

La première partie – "La Vie" – nous présente celles et ceux qui ont ressenti le choc des politiques répressives et discriminatoires et qui ont subi les atrocités liées à leurs convictions politiques face à l’effondrement économique du Zimbabwe.

La deuxième partie – "Les Zimbabwéens" – rassemble un ensemble de portraits des personnes qui ont eu à endurer des actes de violence, qui ont perdu leur maison ou des membres de leur famille, et ce, soit pour des raisons politiques ou tribales, soit parce qu’ils n’avaient pas les bonnes connexions pour s’assurer une vie à l’abri des persécutions.

La troisième partie – "La Route" – illustre les migrations suite à la situation politique actuelle du pays, qui pousse des milliers de personnes vers l’exil et des familles entières à sillonner le pays sur des centaines de kilomètres.
Le titre de cette partie renvoie aussi bien à la vie quotidienne des populations qu’à celle du photoreporter, sujet aux restrictions imposées dans le pays aux journalistes ; photographier devient difficile, voire dangereux.

La quatrième partie – "Correspondance" – illustre les défis rencontrés par le photojournaliste sur le terrain. À travers des messages reçus et envoyés par Robin Hammond, nous accédons à un aperçu unique des luttes et craintes vécues par les Zimbabwéens tentant d’améliorer les droits de l’homme au sein de leur pays, dont la plupart ont courageusement aidé à la production du reportage.

Les restrictions touchant les journalistes et photographes travaillant au Zimbabwe ont entraîné l’isolement du pays, dont la situation a été pratiquement cachée du monde.

ZIMBABWE
Your wounds will be named silenceZimbabweans living on the front lines of a dictators brutal campaign to hold on to powerRobin HAMMONDThe western world is accustomed to tales of barbarism committed against the peoples of third world countries by military regimes led by ill-educated thugs in uniform – Bokassa, Amin, Pol Pot. But it has been flummoxed by Mugabe. He is a highly educated, suave and eloquent man who wears Saville Row suits. He speaks beautiful English. He fooled us all.As a rookie reporter in 1975 I was the first journalist to write his biography. His articulate charm and sophisticated persona, coupled with his glorious vision for a Zimbabwe free from the humiliating shackles of colonialism, where every person would walk in dignity, regardless of race, tribe or creed, made me his ardent supporter.Together with millions of my countrymen, I wept for joy as he raised our flag for the first time on 18 April 1980, and proclaimed to white, black and brown Zimbabweans: “Today we are bound together as one nation.” Freedom tasted sweet and he inspired us to believe in a bright tomorrow – with health, education and housing for all.For many years after independence, Mugabe was the western world’s African darling. They feted him, showered him with honorary degrees, fed his ego with awards and his coffers with bilateral aid. So mesmeric was he, that his genocide of an estimated 20,000 people in Matabeleland in the early 80s was dismissed as an inconvenient truth.Over the past 10 years – the weary, barren years of my exile – I have wept again: but never for joy.I wept when I saw the photographs in this book – the bloody, beaten bodies of my people, the wide, scared eyes of our fatherless children. Robin Hammond has captured with heart-wrenching accuracy the destruction of our dreams – the blood-stained tatters they have become.I’m sure many world leaders would like to murder journalists who snap at their heels daily, exposing their weaknesses, holding them accountable, bringing their dark secrets and craven self-serving into the light, but they don’t actually send out armed thugs on government pay to thrash, maim and kill them. In Mugabe’s Zimbabwe journalists are an endangered species. His regime has bombed and banned newspapers, bombed radio stations, confiscated – stole, that is – transmission equipment, kidnapped and deported foreign journalists, arrested, locked up and beaten local journalists. Knowing all this, Hammond still undertook his mission to give a voice to the voiceless through his lens. And he has paid the price in full – harassed, interrogated, imprisoned.His courage and commitment is demonstrated by his becoming one with his subjects, sharing their pain, their fear. Only thus could he have produced photographs like this – a priceless record of the evidence of man’s inhumanity to man, through people who have witnessed barbarity at its worst. As a white man trying to melt into the shadows to avoid detection by Mugabe’s thugs, many of them in police uniform, and having to move in predominantly black communities, Hammond’s relationship of trust with the people whose stories he has so evocatively captured and enunciated to the world in this book is key. Betrayal by any one of them could have meant torture, imprisonment and even death.WILF MBANGA
Editor, The Zimbabwean

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/01/9782330012786-1.jpg 297 340 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2024-01-11 22:03:332024-01-11 22:03:50ZIMBABWE
Your wounds will be named silence

DES HOMMES VIVENT ICI

11 janvier 2024/par Faitetcause
Textes et photographies de Marion Osmont
Postface Amnesty International et Médecins du Monde Dix ans après la très médiatique  fermeture du camp de  Sangatte, les problèmes que cette mesure entendait résoudre restent entiers.  Calais et ses environs continuent de voir chaque année converger des hommes, femmes et parfois enfants, migrants ou réfugiés qui tous sont en quête d’un lieu plus sur pour continuer à vivre.Le travail de Marion Osmont nous plonge dans le quotidien de ceux qui se trouvent bloqués dans des abris de fortune dans une déshumanisation alarmante. Dix ans après la fermeture de Sangatte, des centaines d’hommes et de femmes, qui ont fui conflits et persécutions dans leurs pays d’origine, vivent à Calais dans une extrême précarité sanitaire et administrative, que les politiques migratoires actuelles rendent invisible.
À contre-courant du traitement médiatique de cette situation, Marion Osmont dessine les portraits sensibles d’Ammanuel et de Haroon, réfugiés d’Éthiopie et du Soudan. Après un travail de terrain de deux ans dans les squats de Calais, elle restitue leur quotidien et leurs espoirs. Elle replace leur parcours dans une analyse plus large sur les migrations, analyse étayée par les points de vue d’acteurs associatifs et d’élus : Sylvie Copyans (Salam), Claire Rodier (Gisti), Mathieu Quinette (Médecins du Monde), et Marc Boulnois (maire de Norrent-Fontes). Elle nous invite à une réflexion sur les politiques migratoires et le droit d’asile en Europe.

Haroon a quitté la Libye sur un petit bateau avec à bord vingt-six autres personnes, dont un bébé de huit mois, Yaya . « L’enfant ne pleurait pas : quatre jours de traversée, il n’a pas pleuré, jamais. Deux hommes âgés pleuraient sans cesse, nous allons mourir, ils disaient, et ils pleuraient, mais lui ne pleurait pas. Nous sommes arrivés en Sicile, on nous a dit : quelle honte d’avoir pris de tels risques avec un enfant ! En Italie, les gens te regardent comme si tu n’étais pas un homme, tu vois le mépris sur leurs visages. Je ne pouvais pas rester. Je suis arrivé à Calais en octobre 2009. J’ai vu comment vivaient les étrangers, ils vivaient dans la rue. J’ai décidé de partir, d’aller en Angleterre. Pendant deux mois et dix jours, toutes les nuits, j’ai essayé, je voulais passer. Ceux qui n’essaient pas tous les soirs s’habituent à vivre là et n’essaient plus. Je suis passé en Angleterre le 14 décembre 2009. Le 10 mai 2010, j’ai été expulsé en France. À l’aéroport Charles de Gaulle, ils m’ont dit tu es libre. Je suis libre ? Je n’ai nulle part où aller ! Je suis retourné à Calais. » "DES HOMMES VIVENT ICI"
(PEOPLE LIVE HERE)

Words and photos by Marion Osmont
Postface Amnesty International
and Médecins du MondeTen years after the highly publicised closure of the Sangatte refugee camp, the problems which this measure sought to eliminate remain unresolved.  Every year, men, women, and sometimes children converge on Calais and the surrounding area, migrants or refugees all looking for a safer place to live.  Marion Osmont’s work dives into the daily life of those who find themselves in makeshift shelters, locked in an alarmingly inhuman existence.
Ten years after the closure of Sangatte, hundreds of men and women live in Calais, having fled conflict and persecution in their home countries.  Their administrative situation, like their health, is precarious, and current immigration policies do not even take their existence into account.
Going against the trend for heavy media coverage of this situation, Marion Osmont draws a sensitive portrait of Ammanuel and Haroon, refugees from Ethiopia and Sudan.  After two years’ work on the ground in the squats of Calais, she reports on their daily routine and their aspirations.
She places their journey in the context of a wider analysis of migration in general, an analysis enriched by contributions from members of associations or elected representatives : Sylvie Copyans (Salam), Claire Rodier (Gisti), Mathieu Quinette (Médecins du Monde), and Marc Boulnois (mayor of Norrent-Fontes).  She invites us to reflect upon policies concerning migration and the right of asylum in Europe.

Haroon left Libya on a small boat with 26 people on board, including Yaya, an eight-month-old baby.  “The child never cried : during the four days of the crossing, he didn’t cry, not once.  Two old men cried all the time, we’re going to die, they said, and they cried, but the baby didn’t cry.  When we arrived in Sicily we were told : “how dare you take such risks with a child!”  In Italy, people look at you as if you weren’t human, you see the disdain in their eyes.  I couldn’t stay there.  I reached Calais in October 2009.  I saw how the foreigners lived, that they were homeless.  I decided to leave, to go on to England.  For two full months and ten days, I tried, I wanted to get across.  Those who don’t try every evening get used to living there and don’t try any more.  I got to England on December 14, 2009.  On May 10, 2010, I was deported to France.  At Charles de Gaulle airport, they told me « you’re free ».  I’m free?  I’ve nowhere to go to!  So I went back to Calais ».

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/01/couverturedeshommes75dpi-1.jpg 340 232 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2024-01-11 22:03:332024-01-11 22:03:50DES HOMMES VIVENT ICI

GILLES CARON – LE CONFLIT INTERIEUR

11 janvier 2024/par Faitetcause
Ce beau livre à la riche iconographie a été réalisé sous la direction de Michel Poivert, historien de la photographie et président de la Société française de photographie pendant 15 ans.Mémoire visuelle d’une époque, Gilles Caron (1939-1970) a relaté par l’image la chronique des grands conflits contemporains (guerres des Six jours, du Viêt Nam, au Biafra et en Irlande du Nord, Mai 68, répression du Printemps de Prague…) Il finira par payer cet engagement de sa vie, lors d’un reportage au Cambodge. Mobilisé comme parachutiste lors de la guerre d’Algérie, témoin des brutalités infligées aux civils, il a cherché, en se lançant dans le photojournalisme, à passer de l’autre côté de la barrière pour faire comprendre la situation de populations prises dans l’engrenage de la guerre. Une expérience dont il ne ressortira pas apaisé moralement. Parti avec une vision héroïque de la photographie de guerre, Gilles Caron finira par s’interroger sur la finalité de son métier : peut-on se contenter d’un rôle de témoin, de spectateur? Il est l’un des premiers dans la profession à présenter les symptômes d’un conflit intérieur, d’une crise morale. L’un des premiers à pratiquer une forme d’introspection désillusionnée qui mène le reporter à retourner progressivement la caméra vers lui-même, devenir l’objet du récit photographique. Pendant la guerre des Six jours et au Viêt Nam, au début de sa carrière, son intérêt se porte sur des figures inactives —militaires ou prisonniers— absorbées dans leurs pensées, en train de lire, d’écrire ou de méditer. Pendant la guerre du Biafra, Caron se révèle très sensible à la condition des enfants et autres victimes. En Mai 68 et en Irlande du Nord, il accorde beaucoup d’attention à ces acteurs emblématiques que sont les lanceurs de pavés ou de cocktails Molotov, incarnations de la guérilla urbaine. Son inventivité n’apparaît jamais mieux qu’à l’occasion des reportages réalisés dans les combats de rue, où son objectif transforme les manifestations en véritables chorégraphies.
Reporter de guerre, régulièrement confronté à des situations extrêmes, Caron n’est pas pour autant indifférent au spectacle des sixties, à la Nouvelle Vague et à la jeune scène musicale. Il lui arrive de travailler comme photographe sur les plateaux de Godard ou de Truffaut et même comme photographe de mode. Ce détour par le cinéma et la mode peut sembler très différent du reste de son travail. Il n’est cependant pas sans laisser de traces dans son langage formel, comme en témoignent ses reportages des manifestations au Quartier latin ou en Ulster. L’exposition s’achève sur un portrait anti-héroïque du photoreporter. Cette conclusion, capitale pour l’histoire du photojournalisme, démontre que la conscience de Caron et d’autres photoreporters devient à la fin des années 1960 une conscience malheureuse. Culpabilité, narcissisme, parodie ou ironie… on ne sait plus vraiment quelle image ils se font finalement d’eux-mêmes.
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/01/med_caronplat10301copiejpg-1.jpg 340 289 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2024-01-11 22:03:332024-01-11 22:03:51GILLES CARON – LE CONFLIT INTERIEUR

THIS IS THE DAY

11 janvier 2024/par Faitetcause
L’ouvrage reprend le fil du jour non-anodin de l’été 1963 ou Martin Luther King Jr. prononça le triomphal “I have a dream”, dans un discours dressant un portrait cinglant des Etats-Unis, capitalistes et inégalitaires : “L’Amérique a donné aux Noirs un cheque en bois, un cheque qui est revenu avec l’indication ‘fonds insuffisants’. Mais nous refusons de croire que la banque de la justice a fait faillite.”.Les mots sont entêtants, ils sont prononcés intelligiblement par King, chantés à gorge déployée par les marcheurs pacifiques, écrits en majuscules sur les pancartes, banderoles et prospectus. Les lettres se mêlent, et ensemble font sens, tout comme les milliers de personnes réunies devant le mémorial de Lincoln ce 23 août. Avec cet editing chronologique, on voit l’histoire en train de s’écrire, les plans larges laissent peu à peu la place aux portraits rapprochés, la place désertée se gonfle de corps glorieux pour quelques heures historiques avant de s’aplatir de nouveau, recouverte d’un tapis de tracts. Leonard Freed se noie dans la foule pour montrer les vrais participants du changement, jeunes et vieux, femmes et hommes, noirs et blancs, têtes à perte de vue qu’il sort de l’anonymat en les portraiturant. Il décompose les chants en plusieurs prises. En ressort une mélodie communicative et paisible, comme celle de cette jeune fille qui s’égosille de joie après un regard complice au photographe et dont on lit les paroles optimistes sur les lèvres. Au paroxysme suit le calme, que l’on contemple comme le fait un homme assis sur une marche face au parc déserté. Les marcheurs sont partis mais la pelouse reste maculée de prospectus blancs, annonciateurs d’un changement durable et d’une lutte qui ne se gagne pas en un jour, aussi mémorable soit-il. Vingt ans plus tard, pour célébrer l’anniversaire de la Marche, Freed retourne à Washington. Ce n’est pas la même ambiance : bras croisés, mines renfrognées, tenues relâchées, certains marcheurs se dressent au milieu de l’eau. Le rêve n’est pas noyé, le combat est toujours d’actualité, et l’unité toujours possible. Publié cinquante ans plus tard, l’ouvrage palpite encore des revendications de ce jour historique. Laurence Cornet (lejournaldelaphotographie.com)
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/01/leonard_freed-1.jpg 340 328 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2024-01-11 22:03:332024-01-11 22:03:51THIS IS THE DAY

LE MILIEU DE NULLE PART

11 janvier 2024/par Faitetcause
Antichambres résulte d’un séjour d’un mois en Pologne où j’ai visité 16 centres d’accueil ouverts pour demandeurs d’asile, ainsi que 2 centres de rétention fermés. Travail en collaboration avec la philosophe Christiane Vollaire qui a rencontré et interviewé plus d’une centaine de réfugiés thétchènes.
Dans le livre Le Milieu de nulle part publié par les éditions Créaphis, la parole leur est donnée, les chambres où ils vivent font écho à leur présence orale.Philippe Bazin
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/01/med_040couvjpg-1.jpg 340 250 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2024-01-11 22:03:332024-01-11 22:03:52LE MILIEU DE NULLE PART

IF YOU KNEW ME YOU WOULD CARE

11 janvier 2024/par Faitetcause
Textes de Zainab SalbiIf You Knew Me You Would Care est une série de portraits et de récits personnels qui s’assemblent pour former un témoignage poignant non seulement sur l’expérience de survivantes, mais sur le fait de récupérer son existence et sur la force de l’esprit humain.
Publié par powerHouse Books New York, les histoires déployées dans If You Knew Me You Would Care, sont celles de femmes qui ont survécu aux plus horribles expériences qui découlent de situations de conflits, de violence, de pauvreté dans des endroits déchirés par la guerre comme l’Afghanistan, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Bosnie Bosnie-Herzégovine. L’auteur, Zainab Salbi, est une activiste pour les droits des femmes, et la fondatrice de Women for Women International, une organisation qui fournit aide et appui aux femmes qui doivent survivre en situation de guerre ou de grande pauvreté. Dans le livre, chaque récit est mis en regard d’un portrait de la femme qui s’y livre, exécuté par le photographe italien Rennio Maifredi. Largement reconnu pour son travail dans la mode, Maifredi produit ici des clichés qui expriment également un style distinctif. Ses portraits sont frappants. Réalisés sur fond blanc et composés avec précision, ils n’offrent pas d’autres endroits au regard pour se poser que droit dans les yeux de chaque femme photographiée. Avec ce livre, le projet de Salbi de « créer un témoignage touchant, global, personnel de ce que cela veut dire d’être une survivante, une femme forte » est pleinement réalisé.
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/01/med_iykn_hirescvrjpg-1.jpg 340 235 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2024-01-11 22:03:332024-01-11 22:03:52IF YOU KNEW ME YOU WOULD CARE

VIVRE

11 janvier 2024/par Faitetcause
Ce livre est né de la rencontre d’un photographe, Jeremy Stigter, et d’un cancérologue, François Goldwasser. Le croisement de portraits et de témoignages de personnes atteintes du cancer, de leurs proches et de leurs soignants révèle la réalité des bouleversements liés à la maladie — la vie déstabilisée, la menace de mort — et contribue à forger un nouveau regard sur le cancer : l’émergence de la maladie chronique, les soins en hôpital de jour, les nouveaux traitements. Aborder le cancer à travers les photographies pleines d’humanité de Jeremy Stigter participe de cette démarche qui affirme la nécessité de remettre la personne malade au centre de toutes les préoccupations. Chacun de ceux qui ont accepté la proposition du photographe a livré généreusement une part de son intimité, de ses réflexions autant que de ses doutes, avec beaucoup de sensibilité et de dignité. Les propos que les uns et les autres ont tenus à cette occasion confirment bien la conviction de ce médecin qui observe que « la maladie, pour le patient ou le soignant d’ailleurs, est l’occasion de comprendre quelque chose de soi, elle colore le réel différemment ».
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/01/vivre-1.jpg 340 340 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2024-01-11 22:03:332024-01-11 22:03:53VIVRE

40 ans de photojournalisme génération Sipa

11 janvier 2024/par Faitetcause
Texte de Michel Setboun et Sylvie Dauvillier
Préface de Jean-François LeroyÀ l’heure du déclin du photojournalisme, confronté à l’essor d’Internet et des prises de vue d’amateurs, ce livre retrace, en 80 photographies fortes et intenses, l’histoire de l’agence emblématique Sipa Press depuis sa création en 1973. Un hommage est rendu au fondateur de l’agence, Göksin Sipahioglu, figure majeure, engagée et atypique du photojournalisme, décédée le 5 octobre 2011. Signés Jean-Lou Bersuder, Alexandra Boulat, Tony Comiti, Reza, Abbas ou encore Nicolas Hulot (ex-photographe Sipa), ces clichés viennent illustrer les temps forts, tragiques ou heureux, qui ont marqué ces dernières années et constituent aujourd’hui un pan essentiel de notre mémoire. Chaque photographe évoque l’histoire de la photo, son contexte historique, l’impact que l’image eut au moment de sa diffusion. Il pose un regard neuf et actuel sur son travail et les changements qu’il subit.

Des personnalités liées à ce monde de la photographie comme Arnold Drapkin, directeur photo durant vingt ans à Time Magazine ou Hubert Henrotte, fondateur des agences Gamma et Sygma, livrent en interview leur propre vision du photojournalisme et offrent en contrepoint une analyse de ce médi en
pleine mutation.

Avec une préface de Jean-François Leroy, directeur du festival Visa pour l’image de Perpignan.
 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/01/sans_titre1_copy7-1.jpg 300 226 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2024-01-11 22:03:172024-01-11 22:03:1740 ans de photojournalisme génération Sipa

L’AUTRE GUERRE

11 janvier 2024/par Faitetcause
L’autre guerre, c’est celle, non déclarée, qui au Guatemala fait aujourd’hui autant de victimes que durant le conflit armé des années 1980. Ce pays de 14 millions d’habitants est devenu l’un des plus dangereux au monde, avec 18 assassinats en moyenne par jour dont
98 % classés sans suite.
Les jeunes des quartiers défavorisés rejoignent les maras, des gangs ultra-violents qui terrorisent la population. Corruption généralisée, narcotrafic, traite de personnes, trafic d’armes, alcoolisme, inceste… autant de fléaux favorisés par la pauvreté, le chômage et des familles détruites par la guerre et l’immigration.
C’est cette réalité, qui un jour pourrait devenir la nôtre, que documente le photographe Miquel Dewever-Plana depuis plus de dix ans. Avec une certitude : c’est le manque d’éducation, la fragilité des structures sociales et l’impunité qui font le lit de la violence. Son travail photographique, qui ne peut laisser indifférent, fait écho aux témoignages de tous les protagonistes de cette
« autre guerre ». Préface de Jean-Francois Leroy, directeur du festival du photojournalisme de Perpignan.
Postface de Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France.
Témoignages recueillis et retranscrits par Miquel Dewever-Plana, traduits de l’espagnol (Guatemala) par Alba-Marina Escalon.THE OTHER WARThe other war is an undeclared war, which kills as many people today, as during the armed conflict of the 1980s, in Guatemala. This country of 14 million people has become one of the most dangerous in the world, with an average of 18 murders per day, 98% of which are not followed up.
The inner city youth join the Maras, ultra-violent gangs which terrorize the population. Widespread corruption, drug trafficking, human trafficking, arms trafficking, alcoholism, incest … many scourges due to poverty, unemployment and families destroyed by war and immigration.
For over ten years, photographer Miquel Dewever-Plana has documented that this is a reality which could become ours one day. With certainty, it is the lack of education, weak social structures and impunity that are the root of the violence. His photographic work, which cannot be ignored, echoes reports of all the protagonists of this "other war".Preface by Jean-Francois Leroy, Director of the Festival of Photojournalism in Perpignan.
Appendix by Genevieve Garrigos, president of Amnesty International France.
Miquel Dewever-Plana accompanies his photographic evidence which he has collected since 2007 in Guatemala.
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2024/01/lautre_guerre_couv_texture-1.jpg 400 300 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2024-01-11 22:03:172024-01-11 22:03:18L’AUTRE GUERRE
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