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Fait & Cause, Photographie Militante

AUX MARCHES DE LA CHINE

13 novembre 2023/par Faitetcause

Wu JIALIN
Notre première rencontre, il y a bientôt dix ans, fut pour moi une première surprise, belle et silencieuse. Il entra dans ma chambre sans prononcer un mot. Il étala sur mon lit des petites photos légères comme des plumes. Émerveillé, je fis un choix. Il ramassa les photos avant qu’elles ne s’envolent et s’en alla aussi courtoisement qu’il était entré.
Sans langue commune, dès ce jour, nos échanges, toujours silencieux, restèrent intenses. L’œil, le plaisir de l’œil remplaçaient les paroles. Et aujourd’hui, cette préface devrait se limiter à une seule phrase :
“Regardez lentement, longuement les photos de ce livre, vous trouverez là une recette pour l’amour et le bonheur.” Les photographes que j’aime sont des collectionneurs de bonheur. Et la collection sous vos yeux est particulière, gardez-la précieusement.
Dans ces images vous ne trouverez ni laideur ni monstres, ni violences ni  photos choc qui font vendre les magazines. Mais souvent des surprises, de l’humour et même du surréalisme. Son ¦il décèle ces surprises dans la réalité, dans la vie. Il ne met pas en scène. Il ne fabrique pas ses images. Il ne triche pas.
Comme les vrais artistes Wu ne prétend pas en être un. Il ne parle pas d’art ou de  création. Pourtant il a un style bien à lui. C’est là le signe de l’artiste. Il met sans cesse un acharnement dans son travail pour photographier toujours plus, toujours mieux. Il est un passionné,  un solitaire, farouchement indépendant.
Il y a vingt ans, il a dit sa honte d’avoir eu à faire sourire, pour la photo, des gens tristes et malheureux, et des analphabètes un livre à la main. Il n’aime pas la photo de propagande.
Il aime son pays, il aime sa province et surtout les montagnards du Yunnan. Il connaît leur pauvreté. Il montre leur dignité. Pour lui, où qu’il soit, respecter ceux et celles qu’il photographie est aussi important que d’obtenir une bonne photo. Les montagnards le ressentent ainsi.  En retour, ils aiment Wu, on le sent sur ses photos.
Il aime les gens, les enfants comme leurs grands-mères. Il se mêle à eux comme s’il faisait partie d’une même et grande famille. Il aime surtout les animaux, presque omniprésents dans ses photographies comme si, sans eux, notre monde serait incomplet, privé d’une part de sa beauté, de sa  bonté.
Wu ne prend pas les animaux « de haut ». Il se met à leur niveau, à trente ou quarante centimètres du sol souvent, prêt à les comprendre et on voit bien qu’il préfère les plus humbles, le petit cheval harassé par sa charge, les chiens bâtards, les cochons méprisés en occident et ici, dans son objectif, malicieux et vifs avec leurs nez  retroussés et leur regard coquin.
Regardez ces trois porcs qui font la sieste dans la cour délabrée d’une ferme. Toute l’innocence du monde est là dans ces deux groins tendrement appuyés l’un sur l’autre et ce troisième cochon, abandonné à son sommeil, confiant, ignorant, heureux et poignant.
Wu surprend les animaux dans leur silence, bouches closes, calmes, souvent même immobiles. Ses bêtes se contentent de vivre, occupant avec naturel un espace qui leur revient, un espace qu’ils partagent souvent avec les petits enfants silencieux eux aussi.
Les photos de Wu sont une halte dans un monde soudain débarrassé de ses bruits inutiles, de son agitation, de ses gadgets, un monde où un homme marche à côté de son cheval pour le protéger de la pluie, où la grange la plus misérable devient un havre d’harmonie grâce à ce buffle paisible qui respire tranquille, si tranquille dans l’encadrement de la porte.
Wu a le courage d’aller à contre-courant, le courage de déplaire en refusant les tentations faciles et les modes passagères. Mais il connaît le monde. Il a vu les musées et les galeries de New York et de Paris, de Houston et de San Francisco. Ses photos y on été exposées.
Sa culture photographique est large. Il sait où puiser des influences enrichissantes et solides. Mais il revient à ses sources, à son port d’attache, près de ses racines et de sa famille qui est sacrée pour lui.
Wu connaît l’impact de l’environnement sur l’homme. Les grands peintres chinois comme Shi Tao l’ont dit : en peignant la nature on comprend mieux l’homme qui y vit depuis des siècles. Wu a aussi compris pourquoi les montagnards sont courageux et volontaires.
Pour que leur récolte soit bonne, les paysans montagnards ne connaissent de repos que pour dormir. Wu leur ressemble et sa moisson photographique sera bonne.
En observant Wu marcher, regarder, photographier, on réalise que c’est l’image devant lui qui déclenche une émotion, une pulsion, et c’est en quelque sorte l’image qui le « prend » et non pas lui qui prend la photo.
Ses images sont riches d’éléments qui se composent dans une architecture apparemment naturelle tout en étant subtile. On y remarque souvent des carrés comme chez son compatriote et architecte I.M.Pei. Et devant un ami retrouvé ou devant une photo qu’il aime, sa sensibilité éclate soudain. Il laisse alors échapper son émotion par un regard intense, une vibration des mains et de tout son corps.
Les paysans du Yunnan en se rendant à pied au marché, à la chasse ou aux champs suivent le même parcours depuis des années et des siècles.
Ils impriment ainsi sur le sol une trace qui devient un sentier, puis un chemin et parfois une route. Sans le savoir, leurs pieds ont dessiné une route meilleure que celle des ingénieurs d’aujourd’hui.
Comme ces paysans, Wu laissera aussi sans le savoir, une trace qui s’élargira au fil du temps. Celle d’un humaniste d’avant-garde.
Marc RIBOUD

 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/funing_1992.jpg 331 487 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:07:582024-08-30 16:07:46AUX MARCHES DE LA CHINE

FEMMES SANS TERRE

13 novembre 2023/par Faitetcause

Enclavés au coeur des townships à une quinzaine de kilomètres de Johannesburg, les camps des squatters de SOWETO s’étendent en zones marginales symboliquement baptisées Mandela camp, Freedom camp, Angola camp, Winnie camp, Kliptown… Labyrinthes d’étroites ruelles où s’entassent une multitude de cabanes, on y pénètre comme dans un monde exclus, où s’opère, progressivement, une dérive des repères, une confusion des signes.
Lieux de toutes les violences, les femmes qui y vivent subissent une extrême précarité ; chômage et abandon, viols et sida, vols, violences domestiques et meurtres, y sont monnaie courante. Prises au piège de cet environnement hostile, ces femmes font preuve de détermination et de leur dénuement se dégagent une dignité, et même une sensualité.
En photographiant ces portraits anonymes, j’ai voulu donner à voir une « biographie » collective mêlant histoire et géographie, ramener ces femmes au centre du regard et saisir au vol et en images l’énergie muette d’un combat. C’est alors qu’a pu s’établir, au moment simultané de la rencontre et de la prise de vue, un partage quasi instantané qui dans sa brièveté même, a parfois permis de révéler une certaine vérité.

Ainsi, ces regards de femmes nous défient et nous séduisent par leur générosité et leur humanité.
Leurs habitations sont des cabanes composées d’un mix de matériaux divers et d’objets recyclés faits de bois, d’acier ondulé, de panneaux publicitaires, de bâches, de cartons, de toiles, ou de plastiques en tout genre. L’assemblage des éléments est à la fois fonctionnel et accidentel. Les murs sont des patchworks de formes, de couleurs et d’éléments typographiques. Lignes brisées, motifs ou signes, y créent d’improbables configurations graphiques. Les effets de la dégradation par usure et par exposition aux éléments dessinent des formes qui s’associent aux signes calligraphiés par les habitants eux-mêmes.

La juxtaposition du graphique et du figuratif, de la couleur et du noir & blanc, des composi¬tions abstraites et des visages, veulent renforcer l’émotion sur les personnages. Il s’opère un glissement, un va-et-vient, d’une réalité sociale vers une esthétique graphique et vice versa. Ce jeu d’associations conjugue à la fois la nature aléatoire des compositions en couleurs, la marginalité du lieu, et l’anonymat des femmes représentées. Entre hasard et partage, les diptyques, dans leur décalage proposent une « cartographie » personnelle de ces campements de vie.

Alexei Riboud

 

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/19_copie.jpg 216 315 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:07:582025-09-11 10:49:58FEMMES SANS TERRE

Grand Prix CARE International du Reportage Humanitaire 2006

13 novembre 2023/par Faitetcause
Le nombre d’enfants dans les prisons philippines, est estimé à 68 000 par an. Quelques uns sont à peine âgés de neuf ans. La plupart sont détenus illégalement pour des infractions mineures, beaucoup sont détenus sur de simples suspicions et les procès judiciaires sont longs.
Les plus jeunes sont sujets aux abus sexuels des gardiens de prisons et des autres prisonniers.
Les cellules sont surpeuplées : des prisonniers restent debout pendant que d’autres dorment à même le sol.
Les maladies se répandent rapidement et les enfants sont les plus vulnérables.
C’est en travaillant pour le « charity Jubilee Action », afin de monter leur rapport global et leur campagne « Enfants derrière les barreaux – Nous devons agir » que je suis entrée incognito en me faisant passer pour un travailleur humanitaire, que j’ai obtenu le droit d’accès exclusif dans les prisons des Philippines.
J’ai été en mesure de capturer une série d’images qui montrent une réalité où, loin des yeux de la société, les enfants sont illégalement emprisonnés sans aucun moyen de défense dans des conditions qui ne peuvent être que décrites comme « Victoriennes ».
J’ai vu des enfants détenus dans des prisons surpeuplées et inhabitables. Dans des cellules inondées, trempées, avec très peu de lumière, suffocantes de chaleur, à l’air vicié. La santé de ces enfants en est affectée. La plupart des enfants que j’ai vus, ont des problèmes cutanés après des mois, voire des années enfermés dans ces conditions ; conditions qui les mènent à la dépression et au désespoir.
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/carte.jpg 329 500 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:07:582024-10-19 15:41:35Grand Prix CARE International du Reportage Humanitaire 2006
Grégoire ELOY

LES OUBLIES DU PIPELINE

13 novembre 2023/par Faitetcause

Azerbaïdjan, Géorgie, Turquie, 2006
Communautés de réfugiés et de déplacés le long du pipeline BTC
( Bakou – Tbilissi – Ceyhan ) dans le Sud Caucase et le Sud-est de la Turquie.

L’échec de l’Union Soviétique au début des années 90 sonnera le début d’une nouvelle ruée vers l’or noir dans le Caucase, celle des réserves pétrolifères et gazières de la Caspienne – peu exploitées jusqu’alors par l’URSS – et qui allaient potentiellement redevenir accessibles à l’Ouest. Avec le « contrat du siècle » signé par les compagnies pétrolières anglo-saxonnes menées par BP et l’Azerbaïdjan au milieu des années 90, et l’inauguration au printemps 2006 du pipeline BTC ( Bakou – Tbilissi – Ceyhan ), la partie semble déjà jouée et en voie d’être remportée par l’Europe et les États-unis. Long de 1,760 km, le BTC est le deuxième oléoduc au monde. Il acheminera au rythme d’un million de barils par jour les réserves de brut de la Caspienne vers les ports de la Méditerranée en traversant l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie. Ce nouveau tuyau sera alimenté pendant 30 ans par les gisements offshores azéris exploités par BP. Le partage des profits de ce contrat d’exploitation fera de l’Azerbaïdjan le pays le plus riche du Sud Caucase. Le pipeline permettra à la Géorgie de tenter de s’affranchir un peu plus de son voisin russe et fera de la Turquie une plateforme incontournable d’export de ressources énergétiques. Il est surtout un moyen pour l’Europe et les États-unis de s’affranchir de l’intermédiation russe.

Mais pendant que l’or noir s’écoule sous les villages et les routes du Sud Caucase et de la Turquie, toute une frange de la population tente de survivre sur les ruines des multiples guerres ethniques et indépendantistes des années 90, déclenchées par l’éclatement du « ciment » soviétique. Abkhazie, Ossétie, Haut-Karabagh, autant de territoires non reconnus, autant de conflits qui jetteront plusieurs millions de déplacés sur la route en quelques mois. Aujourd’hui ils sont environ 600.000 déplacés du Haut-Karabagh,
250.000 réfugiés d’Abkhazie et d’Ossétie qui hantent toujours des trains de marchandises, des immeubles insalubres, des hôtels à l’abandon, plus de 14 ans après la fin de ces conflits. Tous vivent à quelques encablures du tracé du pipeline et regardent impuissants la marche du monde s’opérer sous leurs yeux. En Turquie, près de 6.000 villages seront vidés et/ou rasés pendant le conflit entre l’armée turque et les rebelles du PKK entre 1984 et 1999 dans le sud est turc, provoquant un exode rurale sans précédent vers la capitale de la région, Diyarbakir. Plusieurs générations de paysans et leurs descendants tentent de survivre et de s’adapter à la vie urbaine. Ceux qui n’y arrivent pas reviennent habiter les villages en ruines.

Or noir en transit et désastre social se côtoient le long du nouveau tuyau. Reportage réalisé en 2006 le long de l’itinéraire du pipeline à travers l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie afin de dresser un état des lieux social de ces « oubliés du pipeline ».

 

 

Notre mission, à nous qui croyons que la photographie peut être un moyen d’agir sur les mentalités et les problèmes sociaux, n’est pas seulement de saisir dans l’actualité les malheurs des hommes. Elle est aussi de montrer les oubliés, les victimes d’injustices qui n’ont jamais fait la une d’aucun journal et qui existent dans l’indifférence des responsables.

L’or noir coule de la Caspienne à la Méditerranée et plus d’un million d’hommes, de femmes, jeunes et vieux, d’enfants errent le long de ce pipeline de près de deux milles kilomètres.

Déplacés, déracinés du fait des guerres ethniques et indépendantistes. Au rebus, comme les trains désaffectés, les hôtels abandonnés, les immeubles en ruines dans lesquels ils s’abritent.

Ils sont l’une des hontes de notre société de profits.

Grégoire Eloy a passé des mois à suivre sur le parcours de ce pipeline le périple de ces victimes. Ses photos provoquent l’effroi.

Puisse l’image de ces fantômes hanter nos pensées lorsque nous roulons sur les autoroutes, nous arrêtons sur les aires de repos, pestons dans les embouteillages, quand nous suivons le cours de la bourse et voyons nos gouvernants à la télévision.

Michel Christolhomme

 


 

The BTC pipeline, a 1,760km-long crude oil pipeline running from Baku (Azerbaijan) to Ceyhan (Turkey) via Georgia was inaugurated in May 2006. Built and operated by a BP-led consortium, it is the second largest pipeline in the world and the most strategic project of the South Caucasus, both from an economical and political standpoint. Up to 1 million barrels a day will transit from the Azeri oil fields in the Caspian directly to the Mediterranean sea, enabling Western countries to avoid the Russian route and Azerbaijan to get direct access to international energy markets. The multi-billion 30-year oil extraction deal signed by BP with the Azeri government is referred as the « deal of the century » in Azerbaijan, a country now expected to be the richest country in the Caucasus.

While Azerbaijan will have black gold running through its veins, Azeri people have to face a bitter reality on the surface. 800,000 refugees and IDP’s (Internally Displaced People) from the conflict with Armenia for independence of the Nagorno Karabakh region in 1993-94 still live in train cars, mud houses, run-down buildings 12 years after the end of the conflict. With crippling infrastructure, social uncertainty, power in the hands of one ruler with virtually no political opposition, continuous human and civil rights abuse being reported, Azerbaijan is facing many political and social challenges that neither the West nor local governments seem to be willing to tackle.

The pipeline also runs through Georgia, who will benefit from the project both from a financial but also from a political standpoint. The new president is eager to raise the small country’s profile and move away from the Russian sphere of influence. In the meantime, 250,000 IDP’s from Abkazia and South Ossetia have been waiting in abandoned hotel rooms for the past 15 years, waiting for an opportunity to go back to their hometowns or get help to find a permanent accommodation solution.
To reach its final destination at the Ceyhan Terminal on the Mediterranean sea, the pipeline then runs through Turkey, carefully avoiding the underdeveloped and still unstable South East region of the country, the Turkish Kurdistan. In Dyarbakhir, main city in the region, several hundred thousand Kurdish people from the countryside try to survive in an urban environment after losing their homes during the conflict with the PKK in the early 90’s.
Nearly 6,000 villages have been destroyed or emptied from 1984 to 1999, generating 5 to 6 million IDP’s.

This photographic journey along 1,760km of pipeline is trying to put back the spotlight on these forgotten communities of refugees and IDP’s before the region gets out of the news again and these populations to disappear once more in a “memory no man’s land”. Story covered over three trips: Azerbaijan (Baku, Ganja, Fizuli regions) in April 2006, Georgia (Tbilisi, Pankisi, Zugdidi, Batumi regions) in August 2006, and Turkey (Kars, Erzurum, Diyarbakhir regions) in December 2006.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/4502-Eloy72dpiL1920px-.jpg 1375 1920 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:07:582026-04-03 14:49:00LES OUBLIES DU PIPELINE

Grand Prix CARE International du Reportage Humanitaire 2003

13 novembre 2023/par Faitetcause
Grand Prix CARE International du Reportage Humanitaire 2003
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/26care.jpg 246 390 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:07:082024-10-12 17:42:54Grand Prix CARE International du Reportage Humanitaire 2003
Robert CAPA

JUSTE UN PEU FLOU

13 novembre 2023/par Faitetcause

Robert par Comell Capa

Mon frère, Robert Capa, s’était fixé pour tâche de montrer l’enfer créé par l’homme lui-même, c’est-à-dire la guerre. Sa compassion allait à toutes les victimes, et ses photographies fixaient pour l’éternité non seulement des événements historiques mais aussi des souffrances individuelles.
Les épreuves dont il fut témoin étaient tragiques, mais il tirait sa force de son sens de l’humour et de sa manière de se moquer de son propre courage. Ces qualités étaient l’étoffe même de sa personnalité, dans sa vie comme dans son travail. Dans Slightly out of focus, il résuma ainsi ses aventures du jour J :

« Le correspondant de guerre tient son sort – et sa vie – entre ses mains, il peut parier sur ce cheval-ci ou sur celui-là, ou remettre sa mise dans sa poche à la dernière minute. Je suis un joueur. Je décidai de partir avec la compagnie E dans la première vague d’assaut. »

En prenant cette décision, il appliquait le conseil qu’il donna souvent à ses amis photographes : « Si tes photos ne sont pas bonnes, c’est parce que tu n’es pas assez près. » Mais derrière l’humour, l’ironie et le courage, se cachait une grande sensibilité qui le poussait à écrire, avec sa pudeur habituelle : « Ce n’est pas toujours facile d’être un témoin, impuissant à faire quoi que ce soit d’autre que d’enregistrer les souffrances autour de soi. »
La vie de Robert Capa est un exemple de difficultés surmontées, de paris tenus, de jeux gagnés, sauf le dernier, quand il marcha sur cette mine en Indochine qui mit un point final à son témoignage. Né sans possibilités de voyager, parlant une langue inconnue au-delà des frontières d’un petit pays, la Hongrie, il réussit à connaître le monde entier grâce à un langage universel, la photographie. Grâce à elle, il a pu parler à tous, autrefois comme aujourd’hui.
Pendant sa brève vie sur terre, il a intensément aimé et vécu. Né sans argent, il mourut de même, ne laissant derrière lui que le récit de son singulier voyage et un témoignage visuel qui exprime sa foi en la capacité de l’homme à supporter la souffrance et parlois à la vaincre.

C.C.
New York, avril 1999

 

 

« Bob Capa : he was a good friend and a great and very brave photographer. lt is bad luck for everybody that the percentages caught up with him. It is especially bad for Capa. He was so much alive that it is a hard long day to think of him as dead. »

Ernest Hemingway
Madrid, 24 mai 1954

 

Cornell Capa, le jeune frère de Robert, membre de Magnum, fut un remarquable photojoumaliste pour Life. En 1974, Comell Capa fonda le Centre International de la Photographie. Il en fut le directeur jusqu’à sa retraite en 1994, et il en est maintenant son fondateur émérite.
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/27R-Robert-Capa.jpg 1677 2353 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:07:082026-04-21 12:23:50JUSTE UN PEU FLOU
Jean-Louis SAPORITO

BELLES FAMILLES

13 novembre 2023/par Faitetcause
Pendant un an et demi, avec le mouvement Atd Quart Monde, Jean-Louis Saporito a rencontré, écouté et photographié une trentaine de familles vivant dans des conditions difficiles. Sans voyeurisme ni misérabilisme, mais avec dignité.
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/L1650px300dpi.jpg 1192 1650 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:07:082025-05-05 16:05:55BELLES FAMILLES
Mary Ellen MARK

MARY ELLEN MARK

13 novembre 2023/par Faitetcause
Une exposition du centre Hasselblad de Götebourg, Suède.

Une odyssée américaine
Abreuvés des images, des films, des produits dont nous inondent les Etats-Unis, le mythe américain nous travaille, semble-t-il, depuis bien longtemps.
Et chacun porte en lui, aussi risible ou inavouable soit-il, son rêve américain.
Cette fascination insidieuse qu’exerce l’Amérique, on peut la présager dans la déclaration d’indépendance : « Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. » Le Nouveau Monde contre l’Ancien. Le bonheur érigé en droit. Que chacun, ici, paraît revendiquer. Mary Ellen Mark sillonne les Etats-Unis depuis plus de trente ans et partout on sent poindre cette même recherche, latente ou manifeste, du bonheur légitime , à tout prix semble-t-il. Et souvent, dans ses images, si la recherche est palpable, l’accession à l’American Way of Life est une tout autre entreprise. La photographe rapporte les propos de la petite Tiny : « Je veux devenir riche, très riche … vivre dans un ranch avec plein de chevaux, mon animal préféré … J’aurai au moins trois yachts … et des diamants et des bijoux, et plein de trucs comme ça. » Dix-huit ans plus tard : cinq enfants de cinq pères différents, l’aide sociale .. . elle espère encore. Il lui reste le droit de chercher, de récidiver, de renouveler les tentatives.
Si les photographies de Mary Ellen Mark ne sondent pas l’imposture du rêve américain, elles la révèlent en dévoilant l’envers du décor.
Le rêve américain, ici, confine au dérisoire. La misère et la détresse côtoient les paillettes. Comme cette petite fille noire, sirène de carnaval, dont les illusions semblent irrémédiablement reléguées dans une salle de bain miteuse, entre un balai et un rouleau de papier hygiénique.
Laissés-pour-compte, prostituées, aliénés, gigolos, culturistes jalonnent ses photographies qui dressent le portrait fascinant et composite d’une Amérique claudicante et désenchantée. Obèse en tenue de gala se faisant lécher goulûment le nez par un chien minuscule. Photos de familles posant dans des appartements de misère. Gamine provocante, excessivement maquillée, fumant, en bikini, les pieds dans la piscine …
Cette odyssée américaine tient plus de l’aventure humaine que de l’expédition.

A l’évidence, le regard que Mary Ellen Mark porte sur les hommes traduit le respect qu’elle manifeste à ceux qui croisent son chemin. Ses images sont sans concession, et c’est certainement en cette crudité que réside finalement sa délicatesse. Sans pitié (pour autant, elle sait ne pas succomber au cynisme gratuit), la photographe n’est pas sans compassion.

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/72dpi_001.jpg 405 568 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:07:082026-01-28 11:33:48MARY ELLEN MARK

ARDENTS À VIVRE

13 novembre 2023/par Faitetcause
Ardents à vivre
https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/22ardents.jpg 390 262 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:07:082024-10-12 17:32:24ARDENTS À VIVRE

UN CONTE DE VIE ET DE MORT

13 novembre 2023/par Faitetcause
Il était une fois les enfants du sida…

Ces photographies d’enfants atteints du sida ont été prises entre 1990 et 2002 à l’Incarnation Children’s Center de New York. J’espère, que grâce à cette exposition à la New-York Historical Society, l’esprit et le souvenir de ces enfants perdureront et ne seront jamais oubliés. Durant leur courte vie, ils ont souffert. Pourtant, ils ont été aimés et entourés de soins. Ils sont devenus une partie de nos vies et resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Dans la galerie plongée dans la pénombre, les photographies représentent des enfants qui n’ont pas survécu. L’un d’eux, Devonne, aura 21 ans en juin 2013. On m’a demandé pourquoi il était le seul. Existe-t-il des réponses ? Aujourd’hui, les mères séropositives ne donnent pas naissance à des enfants atteints du sida. Si leur test est positif, elles reçoivent de l’AZT pendant leur grossesse. Les enfants de ces photographies n’ont pas survécu, mais peut-être leur courte vie a-t-elle contribué à l’avancement des connaissances médicales et est-elle à l’origine d’une nouvelle génération de bébés qui ne naissent plus avec le sida.

Claire Yaffa

 


These photographs of children with AIDS were taken from 1990 to 2002 at Incarnation Children’s Center in New York. It is my hope, with my exhibition at the New-York Historical Society, that the spirit and memory of these children will live on and not be forgotten. During their brief lives, they suffered. Yet, they were loved and cared for. They became a part of our lives and will remain with us forever. In the darkened gallery, the photographs are of children who did not survive. There is one child, Devonne, who turns 21 in June 2013. I was asked why he was the only one. Are there answers? Today, mothers who are infected do not give birth to children with AIDS . If tested positive, they are given AZT when they are pregnant. The children in these photographs did not survive, but perhaps their short life contributed to medical knowledge and are the reason for a new generation of babies who are now not born with AIDS.

Claire Yaffa

https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/11/21viemort.jpg 270 390 Faitetcause https://faitetcause.org/wp-content/uploads/2023/09/logo-FC.png Faitetcause2023-11-13 23:07:082026-01-20 12:19:23UN CONTE DE VIE ET DE MORT
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    Lettre d’information

      

    58 rue Quincampoix
    75004 Paris – France
    +33 (0)1 42 74 26 36
     

    En période d’exposition
    ouverture du mercredi au samedi
    de 13h30 à 18h30. Entrée libre
    M° Rambuteau – Les Halles

    Pour Que l’Esprit Vive

    Association loi 1901 reconnue d’utilité publique

    Siège social :
    20 rue Lalande
    75014 Paris – France
    T. 33(0)1 81 80 03 66
    www.pqev.org
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