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ANON.
Photographies ANONYMES

Exposition : 08/11/2012 au 29/12/2012
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30

Galerie FAIT & CAUSE
58 rue Quincampoix, 75004 Paris - Tél. +33 (0)142742636

Dossier de presse
Livre / catalogue

Photographies anonymes

L’anonymat en photographie scelle le statut d’une pratique passée à l’usage courant, si bien banalisée que l’autorat est l’exemption à la règle. En réalité, même issue d’un dispositif automatique, toute image requiert un opérateur mais, loin de revendiquer le titre d’auteur, celui-ci s’abîme dans l’innombrable foule des praticiens sans nom, indignes d’émerger à la connaissance publique, tout simplement étrangers à l’idée de se distinguer par cette production machinale, impersonnelle, sans marque distinctive, essentiellement liée au loisir. Or la photo d’anonymes couvre un champ infini, duquel l’œuvre, voire le chef-d’œuvre ne sont pas absents, obscures photos perdues dans l’insignifiance du nombre, en attente d’un regard qui les découvre.

C’est que, une fois l’invention “donnée au monde” par Arago, l’appareil photo, très vite au regard d’autres innovations techniques de l’ère industrielle, étend son empire à toute une société, équipe l’amateur curieux, avide de s’exercer. D’abord encombrant, rétif, onéreux – pour ce, privilège d’une minorité – une fois simplifié, maniable, une fois allégés son poids et son coût, le boîtier devient un objet usuel autorisant tout un et n’importe qui à devenir un faiseur d’images autonome. Phénomène sans précédent dans l’histoire des représentations, il permet, par simple pulsion digitale, d’accéder au champ infini de l’exploration optique, sans que soit requis un savoir ou un savoir-faire préalable. En résulte le prodigieux succès populaire de la photo ; qui va de pair avec sa déconsidération comme pratique de masse. A la noblesse artistique et professionnelle, ratifiée par l’institution et par le marché, à sa rareté, à son prix, s’oppose la pléthore des photos ordinaires réputées satisfaire la consommation immédiate de ses usagers, peu regardants quant au résultat.

Pourtant, la “pratique d’amateur” englobe une réalité composite, d’une extraordinaire diversité, allant de l’opérateur familial au semi professionnel, du praticien par accident au fervent adhérent du photo-club, au reporter d’occasion, au savant curieux d’archiver son étude, au soldat des tranchées, au badaud rêveur, au peintre soucieux de fixer une intuition visuelle… Elle comprend la foule des particuliers, sédentaires ou voyageurs, multipliée par la société du loisir, le modeste artisan de quartier ou de plage, l’opérateur ambulant des campagnes, le photographe des écoles ou aux armées négligeant d’apposer sa raison sociale ; le fabricant de cartes postales – support épistolaire de toute une société, genre innombrable et prospère, qui a industrialisé le pittoresque bon marché, et instruit l’archive du paysage rural et urbain… Travaux de commande ou initiatives isolées, épreuves égarées par d’illustres artistes, ou distraites à leurs propriétaires, et que dire du photomaton, photo sans photographe par excellence… Ces images, devenues orphelines de leur auteur ou de leur commanditaire, sont dispersées de par le monde, stockées dans des magasins d’archives, des dépôts d’agences, d’entreprises ou d’administrations, des bibliothèques, réunies en albums ou versées au vrac des tiroirs, livrées aux marchands de vieux papiers, quand elles ne tombent pas au rebut des trottoirs… Déferlante inouïe, gigantesque corpus qui, condamné à son anonymat radical, échappe à tout inventaire, résiste à la connaissance, aux catégories et au classement.

Anne-Marie Garat

Un livre de la collection Photo Poche, publié aux éditions Actes Sud, accompagne cette exposition.

 

 


Anonymous photographs

Anonymity in photography has become common to the extent that a signature is the exception to the rule. In reality, even if it is created automatically, any image needs the intervention of an operator, but, far from asserting a claim as the author, the operator tends to fade away into the crowd of photographers without names, not worthy of public recognition, simply foreign to the idea of making a name from the serial production of impersonal, ordinary snapshots, created mainly for pleasure.
But anonymous photography covers an infinite range of work from which masterpieces can emerge, obscure photos hidden by the sheer volume of images, just waiting to be discovered by chance.

The camera – once « given to the world » by Arago – spread its influence to all corners of society, much more rapidly than other technical innovations of the industrial age. Numerous amateurs were quick to acquire one, keen to try out the new invention. Cumbersome, awkward, and costly at first – so the privilege of a minority – once simplified, lighter and cheaper, the camera has become an ordinary object allowing anyone to become an anonymous picture maker. Through the simple action of pushing of a button, it gives an unprecedented access to infinity of optical exploration, without needing any specialist knowledge or training. The result is the prodigious success of photography, along with an equally prodigious disparagement of photography as an activity for the masses. A plethora of ordinary photos that are supposed to satisfy the desire for immediate consumption of a non-discerning public stands in opposition to the artistic and professional qualities of certain photographs, whose value is recognized in price or rarity by the market and institutional bodies.

Yet “amateur photography” covers a composite reality, extraordinarily diverse, ranging from the family snapshooter to the semi-professional, from the occasional to the devoted photo-club member, to the part-time reporter, the researcher looking to archive his work, the soldier in the trenches, the dreamer, the painter seeking to capture a fleeting visual intuition…. It covers a whole crowd of individuals, settled or travelling, pursuing multiple leisure activities, the modest local craftsman, the roving country photographer, the school or army photographer not thinking of signing his work; the creator of the post-card – that epistle of a prosperous society which has industrialized cheap picturesque images, and which constitutes an archive of rural and urban scenes…. Work on commission or individual initiatives, negatives lost by famous artists, or spirited away from their owners, and then there is the photo booth, for the photograph without photographer par excellence… These images, having become orphans of their authors or patrons, are dispersed throughout the world, stocked in archives, agency stores, corporate or official depots, libraries, organised in albums or scattered in the bottoms of cupboards, given away to vendors of old papers, if they haven’t just been left fall by the wayside…. An incredible mass, a huge body of work, which because of its radical anonymity, escapes all attempts at inventory, research, sorting or classification.

Anne-Marie Garat

A book collection Photo Poche, published by Actes Sud, accompanies the exhibition.

 

 


 

ANON.
La fotografía anónima
El anonimato en fotografía confirma el estado de una práctica habitual y corriente, tan común que la autoría es la excepción a la regla. De hecho, a pesar de resultar de un dispositivo automático, cualquier imagen requiere un operador, pero lejos de reclamar el título de autor, este se confronta a la inconmensurable multitud de practicantes no identificados, indignos de emerger al conocimiento público y simplemente ajenos a la idea de distinguirse a través de esta producción sistemática, impersonal, sin característica propia y principalmente relacionada con el pasatiempo. Pero la fotografía anónima cubre un campo infinito, por lo cual su dimensión y donde la obra maestra también existe, en la sombra y perdida con respecto a la cantidad, a la espera de esa mirada que la ilumine.

Lo cierto es que, una vez que la invención de la fotografía fue puesta al alcance del mundo entero gracias a Arago, la cámara fotográfica, en comparación con otras innovaciones técnicas de la era industrial, extiende muy rápidamente su imperio sobre toda una sociedad, equipando al aficionado curioso, impaciente de probarla. Al principio voluminosa, complicada y onerosa – por ende, privilegio de una minoría – pero una vez simplificada, manejable, alivianada en peso y costo, se convierte en un objeto ordinario que permite a cualquiera de crear sus propias imágenes de manera independiente. Fenómeno sin precedentes en la historia de las representaciones, que permite por un simple esfuerzo digital el acceso al campo infinito de exploración óptica, sin conocimientos particulares ni requisitos previos. El resultado es el tremendo éxito popular de la fotografía y su descrédito simétrico por tratarse de una práctica de masa. A la nobleza artística y profesional, ratificada por la institución y el mercado, su rareza, su precio, se opone la sobre abundancia de imágenes ordinarias que satisfacen el consumo inmediato de sus usuarios, sin gran consideración por su calidad.

Sin embargo, la « práctica amateur » implica una realidad compuesta de una extraordinaria diversidad, desde el aficionado de base hasta el operador casi profesional, del utilizador accidental al socio del club de fotografía, del reportero ocasional al científico curioso para archivar su estudio, del soldado en las trincheras, del caminante soñador, del artista ansioso de fijar una intuición visual … Incluyendo la multitud de particulares sedentarios o viajeros, multiplicado por la sociedad del turismo, al modesto fotógrafo de barrio, de playa o de provincia, aquel sin nombre tampoco en las escuelas o en la armada, el fabricante de tarjetas postales – Soporte epistolar – de toda una sociedad y elemento incomparable que enriqueció los archivos del paisaje urbano y rural … Encargos o iniciativas aisladas, pruebas perdidas de artistas famosos u olvidadas de sus dueños, y qué decir de las cabinas automáticas? fotografías sin fotógrafo por excelencia … todas estas imágenes son huérfanas de autor o de patrocinador y permanecen dispersas por el mundo, guardadas en despachos de archivos, en agencias, empresas, oficinas administrativas, bibliotecas, reunidas en álbumes o sueltas en cajones, entregadas a los comerciantes de papeles y documentos, cuando no se terminan en las aceras … Corpus gigantesco que condenado a su anonimato radical y fuera de todo inventario posible, escapa al conocimiento, las categorías y la clasificación.
Anne-Marie Garat

Un libro de la colección Photo Poche, publicado por Actes Sud, acompaña la exposición.