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Fait & Cause, Photographie Militante

SARAJEVO

Milomir KOVAČEVIĆ


Editeur : ACTES SUD - PHOTO POCHE HISTOIRE N°10
Année de parution : 2012
Nombre de pages : 144
Dimensions : 12,50 x 19cm
Langue : Français
ISBN 13 : 9782330012243

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Textes de François Maspero, Andrea Lešic et Milomir Kovačević.

“C’est l’histoire d’un pays, d’une ville, de ses habitants, d’un homme. Le pays n’existe plus : c’était la Yougoslavie. La ville a été blessée à jamais : c’est Sarajevo. Ses habitants, en grande partie, ne sont plus les mêmes, certains tués, d’autres partis. L’homme est vivant mais blessé, lui aussi, pour la vie. Il se souvient, et ces photos sont comme les cicatrices indélébiles de ce souvenir. Aussi indélébiles que celle de la balle qui l’a frappé au menton, un jour comme les autres, parmi les mille trois cent quatre-vingt-quinze jours qu’a duré le siège.”

Ainsi l’écrivain François Maspero évoque-t-il l’exceptionnel travail que le photographe Milomir Kovacevic a consacré à son pays, devenu aujourd’hui Bosnie-Herzégovine, et à sa ville emblématique, Sarajevo. Né à Cajnice en 1961, Milomir Kovačević, qui a commencé dès l’âge de dix-sept ans la pratique de la photographie, est en quelque sorte le chroniqueur infatigable et passionné de Sarajevo. Il a commencé à en arpenter les rues, armé de son premier Nikon, alors qu’il était étudiant, parcourant une ville “qui vibrait de la beauté de ses habitants”, cherchant à la saisir dans sa diversité et son étonnante vitalité. Devenu photographe de presse, il a connu et documenté ce qu’il définit lui-même comme les trois époques d’une ville dont la traversée du XXème siècle s’apparente à une page emblématique de l’histoire contemporaine. Elle commence par le Sarajevo d’avant 1990, qu’il décrit comme une ville paisible, capitale culturelle et ouverte d’une Yougoslavie où le régime du maréchal Tito distend partiellement un rideau de fer qui ceinture l’Est de l’Europe. La fraternité et le désir d’avenir, symbolisés par l’hommage aux héros et l’enthousiasme des pionniers, ne connaissaient pas alors le poison des nationalismes particuliers. Le 6 avril 1992, l’édification des premières barricades marque le début de l’effroyable siège de la ville qui, quatre années durant, va révéler à l’Europe sa fragilité et au monde l’impuissance de sa solidarité. Plongé au cœur du drame, Milomir Kovačević fait de son appareil “un bouclier et une épée”, parcourant la ville sur laquelle s’abattent les premiers obus. L’assassinat de son propre père achève de briser “l’irréel de cette tragédie” et fait de sa quête photographique “un besoin”, une nécessité irrépressible de “garder la trace et de faire de l’enfer de Sarajevo un document visuel qui accompagnera avec pudeur et discrétion le quotidien des habitants, leur rendant ne serait-ce qu’un peu de leur fierté”. Vient enfin le temps de la paix, plus exactement celui de l’après-guerre. Milomir Kovacevic sait mieux que quiconque le poids des souvenirs hantés, des blessures traumatisantes, des reconstructions fragiles, qu’il saisit dans la pudeur de leur manifestation. Installé à Paris, il entreprend de faire découvrir au monde, à travers expositions et publications, l’horreur d’un conflit dont l’histoire n’a pas fini de s’écrire, tout en poursuivant une recherche sur la mémoire des disparus et la vie solidaire des exilés dispersés.

 

LES PETITS SOLDATS

Blessés et parfois même assassinés, privés de nourriture et d’eau, confrontés à une réalité qui dépasse leur compréhension, les plus grandes victimes de guerre sont toujours les enfants.

Malgré les difficiles conditions dans lesquels les enfants de Sarajevo ont vécu pendant la guerre, ils ont toujours continué à jouer et à s’amuser. Leurs héros n’étaient plus les personnages de dessins animés ou de westerns ; leurs héros étaient leurs pères, grands frères, voisins, héros locaux qui partaient sur les lignes de front ou montaient la garde pour défendre la ville.

Ils se fabriquaient les pistolets en bois, utilisaient les grenades qui ont déjà servi, faisaient eux-mêmes les gilets pare-balles en carton et les fusils en tubes d’acier, montaient la garde, construisaient des cachettes, des uniformes et des accréditations sur lesquelles on pouvait lire « La police des enfants ». Cependant, pour les besoins de la série de photos présentée ici, ils posaient souvent avec les véritables armes « empruntées » à leurs parents. Innocents, ils imitaient ainsi les grands ; c’était leur façon de se protéger et de se sentir en sécurité.

Ces photos ont été prises aux mêmes endroits que les photos que j’avais réalisées avec les pionniers de Tito trois années auparavant. Il est intéressant de voir à quel point les conditions de vie, l’idéologie ambiante et le décor de tous les jours avaient changé en quelques années seulement. D’un côté, il y avait les petits pionniers qui croyaient en quelque chose qui était destiné à disparaître, de l’autre les enfants de la guerre, aussi innocents que les premiers, participant à l’avènement d’un autre monde, à la fois victimes mais peut-être aussi les futurs défendeurs de nouvelles idées.

 

De nombreux enfants ont été blessés et tués pendant la guerre à Sarajevo. Leur nombre varie d’une source à l’autre allant jusqu’à 1601 enfants tués et 15 000 enfants blessés. Institut de recherche sur les crimes contre l’humanité et le droit international, 524 enfants ont péri durant le siège de Sarajevo (Jasminko Halilović, auteur du livre « Enfance et guerre, Sarajevo 1992-1995 »).

 


 

SARAJEVO 

Texts by François Maspero, Andrea Lešic and Milomir Kovačević

« It is the story of a country, of a city, of its people, of a man.  The country exists no more : Yugoslavia.  The city was marked for ever : Sarajevo.  Its people, for the greater part, are no longer the same.  Some were killed, others left.  The man is alive but injured, he too is marked for ever.  He remembers.  And these photos are like the indelible scars of that memory.  As indelible as the bullet that hit him on the chin, on a day like any other, during the thousand three-hundred and ninety-five days that the siege lasted ».
It is with these words that the writer François Maspero speaks of the exceptional work that the photographer Milomir Kovacevic has done for his country, now Bosnia-Herzegovina, and for its iconic city, Sarajevo.
Born in Cajnice in 1961, Milomir Kovacevic, who started photography at the age of 17, is a tireless and passionate chronicler of Sarajevo.  While still a student, and armed with his first Nikon, he started wandering through the streets, erring through a city which “throbbed with the beauty of its inhabitants”, trying to capture this beauty through the diversity of the place and its astonishing vitality.  As a press photographer, he would witness and record what he himself calls the three periods of the city, whose passage into the twentieth century would merit its own page in the history books.  It starts with Sarajevo before 1990, which he describes as a peaceful city, the cultural and open capital of a Yugoslavia where Marshall Tito’s regime lifted, ever so slightly, the iron curtain which draped all of Eastern Europe at the time.  Brotherhood and the dreams of a future, symbolised by the honours given to heroes and by the enthusiasm of pioneers, were still unaffected by the poison of particular nationalist ideas.
April 6, 1992, and the building of the first roadblocks, would mark the beginning of a terrifying siege, which, over four years, would highlight the fragility of Europe and the impotence of its supposed solidarity.  At the heart of the action, Milomir Kovačević turned his camera into “a shield and a sword”, travelling through the city as the first mortar rounds fell.  The assassination of his own father would finally break the “unreality of the tragedy” and would turn his photographic quest into a mission, an irrepressible need to “record and convert the hell of Sarajevo into a visual document which would be discreetly present in the daily lives of the inhabitants, if only to give them back a sense of pride”.
And then, finally, peace returned.  Or more precisely, the time of peace after the war.  Milomir Kovacevic knows better than anyone the weight of haunted memories, of traumatising injuries, of fragile reconstructions, which he captures as they appear.  Living in Paris, through exhibitions and publications he aims to make the world discover the horror of a conflict whose story is not yet finished, all the while carrying out research into the lonely life of the exiles and into the memory of those who perished.

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Lettre d’information

  

58 rue Quincampoix
75004 Paris – France
+33 (0)1 42 74 26 36
 

En période d’exposition
ouverture du mercredi au samedi
de 13h30 à 18h30. Entrée libre
M° Rambuteau – Les Halles

Pour Que l’Esprit Vive

Association loi 1901 reconnue d’utilité publique

Siège social :
20 rue Lalande
75014 Paris – France
T. 33(0)1 81 80 03 66
www.pqev.org
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