Exposition : 06/11/2002 au 01/04/2003
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30
Galerie FAIT & CAUSE
58 rue Quincampoix, 75004 Paris - Tél. +33 (0)142742636
Livre / catalogue
Une odyssée américaine
Abreuvés des images, des films, des produits dont nous inondent les Etats-Unis, le mythe américain nous travaille, semble-t-il, depuis bien longtemps.
Et chacun porte en lui, aussi risible ou inavouable soit-il, son rêve américain.
Cette fascination insidieuse qu’exerce l’Amérique, on peut la présager dans la déclaration d’indépendance : « Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. » Le Nouveau Monde contre l’Ancien. Le bonheur érigé en droit. Que chacun, ici, paraît revendiquer. Mary Ellen Mark sillonne les Etats-Unis depuis plus de trente ans et partout on sent poindre cette même recherche, latente ou manifeste, du bonheur légitime , à tout prix semble-t-il. Et souvent, dans ses images, si la recherche est palpable, l’accession à l’American Way of Life est une tout autre entreprise. La photographe rapporte les propos de la petite Tiny : « Je veux devenir riche, très riche … vivre dans un ranch avec plein de chevaux, mon animal préféré … J’aurai au moins trois yachts … et des diamants et des bijoux, et plein de trucs comme ça. » Dix-huit ans plus tard : cinq enfants de cinq pères différents, l’aide sociale .. . elle espère encore. Il lui reste le droit de chercher, de récidiver, de renouveler les tentatives.
Si les photographies de Mary Ellen Mark ne sondent pas l’imposture du rêve américain, elles la révèlent en dévoilant l’envers du décor.
Le rêve américain, ici, confine au dérisoire. La misère et la détresse côtoient les paillettes. Comme cette petite fille noire, sirène de carnaval, dont les illusions semblent irrémédiablement reléguées dans une salle de bain miteuse, entre un balai et un rouleau de papier hygiénique.
Laissés-pour-compte, prostituées, aliénés, gigolos, culturistes jalonnent ses photographies qui dressent le portrait fascinant et composite d’une Amérique claudicante et désenchantée. Obèse en tenue de gala se faisant lécher goulûment le nez par un chien minuscule. Photos de familles posant dans des appartements de misère. Gamine provocante, excessivement maquillée, fumant, en bikini, les pieds dans la piscine …
Cette odyssée américaine tient plus de l’aventure humaine que de l’expédition.
A l’évidence, le regard que Mary Ellen Mark porte sur les hommes traduit le respect qu’elle manifeste à ceux qui croisent son chemin. Ses images sont sans concession, et c’est certainement en cette crudité que réside finalement sa délicatesse. Sans pitié (pour autant, elle sait ne pas succomber au cynisme gratuit), la photographe n’est pas sans compassion.

Mary Ellen MARK