Archive
LES OUBLIES DU PIPELINE
Azerbaïdjan, Géorgie, Turquie, 2006


Grégoire ELOY

Exposition : 25/09/2007 au 17/11/2007
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30

Galerie FAIT & CAUSE
58 rue Quincampoix, 75004 Paris - Tél. +33 (0)142742636

Dossier de presse
Livre / catalogue

Azerbaïdjan, Géorgie, Turquie, 2006
Communautés de réfugiés et de déplacés le long du pipeline BTC
( Bakou – Tbilissi – Ceyhan ) dans le Sud Caucase et le Sud-est de la Turquie.

L’échec de l’Union Soviétique au début des années 90 sonnera le début d’une nouvelle ruée vers l’or noir dans le Caucase, celle des réserves pétrolifères et gazières de la Caspienne – peu exploitées jusqu’alors par l’URSS – et qui allaient potentiellement redevenir accessibles à l’Ouest. Avec le « contrat du siècle » signé par les compagnies pétrolières anglo-saxonnes menées par BP et l’Azerbaïdjan au milieu des années 90, et l’inauguration au printemps 2006 du pipeline BTC ( Bakou – Tbilissi – Ceyhan ), la partie semble déjà jouée et en voie d’être remportée par l’Europe et les États-unis. Long de 1,760 km, le BTC est le deuxième oléoduc au monde. Il acheminera au rythme d’un million de barils par jour les réserves de brut de la Caspienne vers les ports de la Méditerranée en traversant l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie. Ce nouveau tuyau sera alimenté pendant 30 ans par les gisements offshores azéris exploités par BP. Le partage des profits de ce contrat d’exploitation fera de l’Azerbaïdjan le pays le plus riche du Sud Caucase. Le pipeline permettra à la Géorgie de tenter de s’affranchir un peu plus de son voisin russe et fera de la Turquie une plateforme incontournable d’export de ressources énergétiques. Il est surtout un moyen pour l’Europe et les États-unis de s’affranchir de l’intermédiation russe.

Mais pendant que l’or noir s’écoule sous les villages et les routes du Sud Caucase et de la Turquie, toute une frange de la population tente de survivre sur les ruines des multiples guerres ethniques et indépendantistes des années 90, déclenchées par l’éclatement du « ciment » soviétique. Abkhazie, Ossétie, Haut-Karabagh, autant de territoires non reconnus, autant de conflits qui jetteront plusieurs millions de déplacés sur la route en quelques mois. Aujourd’hui ils sont environ 600.000 déplacés du Haut-Karabagh,
250.000 réfugiés d’Abkhazie et d’Ossétie qui hantent toujours des trains de marchandises, des immeubles insalubres, des hôtels à l’abandon, plus de 14 ans après la fin de ces conflits. Tous vivent à quelques encablures du tracé du pipeline et regardent impuissants la marche du monde s’opérer sous leurs yeux. En Turquie, près de 6.000 villages seront vidés et/ou rasés pendant le conflit entre l’armée turque et les rebelles du PKK entre 1984 et 1999 dans le sud est turc, provoquant un exode rurale sans précédent vers la capitale de la région, Diyarbakir. Plusieurs générations de paysans et leurs descendants tentent de survivre et de s’adapter à la vie urbaine. Ceux qui n’y arrivent pas reviennent habiter les villages en ruines.

Or noir en transit et désastre social se côtoient le long du nouveau tuyau. Reportage réalisé en 2006 le long de l’itinéraire du pipeline à travers l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie afin de dresser un état des lieux social de ces « oubliés du pipeline ».

 

 

Notre mission, à nous qui croyons que la photographie peut être un moyen d’agir sur les mentalités et les problèmes sociaux, n’est pas seulement de saisir dans l’actualité les malheurs des hommes. Elle est aussi de montrer les oubliés, les victimes d’injustices qui n’ont jamais fait la une d’aucun journal et qui existent dans l’indifférence des responsables.

L’or noir coule de la Caspienne à la Méditerranée et plus d’un million d’hommes, de femmes, jeunes et vieux, d’enfants errent le long de ce pipeline de près de deux milles kilomètres.

Déplacés, déracinés du fait des guerres ethniques et indépendantistes. Au rebus, comme les trains désaffectés, les hôtels abandonnés, les immeubles en ruines dans lesquels ils s’abritent.

Ils sont l’une des hontes de notre société de profits.

Grégoire Eloy a passé des mois à suivre sur le parcours de ce pipeline le périple de ces victimes. Ses photos provoquent l’effroi.

Puisse l’image de ces fantômes hanter nos pensées lorsque nous roulons sur les autoroutes, nous arrêtons sur les aires de repos, pestons dans les embouteillages, quand nous suivons le cours de la bourse et voyons nos gouvernants à la télévision.

Michel Christolhomme

 


 

The BTC pipeline, a 1,760km-long crude oil pipeline running from Baku (Azerbaijan) to Ceyhan (Turkey) via Georgia was inaugurated in May 2006. Built and operated by a BP-led consortium, it is the second largest pipeline in the world and the most strategic project of the South Caucasus, both from an economical and political standpoint. Up to 1 million barrels a day will transit from the Azeri oil fields in the Caspian directly to the Mediterranean sea, enabling Western countries to avoid the Russian route and Azerbaijan to get direct access to international energy markets. The multi-billion 30-year oil extraction deal signed by BP with the Azeri government is referred as the « deal of the century » in Azerbaijan, a country now expected to be the richest country in the Caucasus.

While Azerbaijan will have black gold running through its veins, Azeri people have to face a bitter reality on the surface. 800,000 refugees and IDP’s (Internally Displaced People) from the conflict with Armenia for independence of the Nagorno Karabakh region in 1993-94 still live in train cars, mud houses, run-down buildings 12 years after the end of the conflict. With crippling infrastructure, social uncertainty, power in the hands of one ruler with virtually no political opposition, continuous human and civil rights abuse being reported, Azerbaijan is facing many political and social challenges that neither the West nor local governments seem to be willing to tackle.

The pipeline also runs through Georgia, who will benefit from the project both from a financial but also from a political standpoint. The new president is eager to raise the small country’s profile and move away from the Russian sphere of influence. In the meantime, 250,000 IDP’s from Abkazia and South Ossetia have been waiting in abandoned hotel rooms for the past 15 years, waiting for an opportunity to go back to their hometowns or get help to find a permanent accommodation solution.
To reach its final destination at the Ceyhan Terminal on the Mediterranean sea, the pipeline then runs through Turkey, carefully avoiding the underdeveloped and still unstable South East region of the country, the Turkish Kurdistan. In Dyarbakhir, main city in the region, several hundred thousand Kurdish people from the countryside try to survive in an urban environment after losing their homes during the conflict with the PKK in the early 90’s.
Nearly 6,000 villages have been destroyed or emptied from 1984 to 1999, generating 5 to 6 million IDP’s.

This photographic journey along 1,760km of pipeline is trying to put back the spotlight on these forgotten communities of refugees and IDP’s before the region gets out of the news again and these populations to disappear once more in a “memory no man’s land”. Story covered over three trips: Azerbaijan (Baku, Ganja, Fizuli regions) in April 2006, Georgia (Tbilisi, Pankisi, Zugdidi, Batumi regions) in August 2006, and Turkey (Kars, Erzurum, Diyarbakhir regions) in December 2006.