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Fait & Cause, Photographie Militante
Archive


NOTRE PETIT SECRET…
Un projet artistique contre l'abus et la maltraitance des enfants.


Katrin JAKOBSEN

Exposition : 15/09/2011 au 15/11/2011
Du mercredi au samedi de 13h30 à 18h30

Galerie FAIT & CAUSE
58 rue Quincampoix, 75004 Paris - Tél. +33 (0)142742636

Dossier de presse
Livre / catalogue

Tout a commencé en 1996 : En Belgique, Marc Dutroux enlève deux petites filles, Julie et Melissa et les cache dans sa cave. Il les viole pendant des mois. Puis, alors que Dutroux est incarcéré pour un méfait mineur Julie et Melissa meurent de faim. Depuis lors, la souffrance de ces fillettes ne me quitte plus, elle est comme inscrite dans mon âme.

L’idée du projet, « notre petit secret… » m’est venue en 2006, à bord d’un vol qui me ramenait du Thaïlande et du Cambodge, où j’avais fait un photo-reportage pour l‘édition suédoise du magazine Elle. L’article en question portait sur le travail de l’UNICEF avec des enfants atteints du virus du SlDA. Mais malgré le ton optimiste du reportage, je me sentais accablée. J’étais comme hantée par d‘autres photos : celles que je n’avais pas prises, celles des milliers d‘enfants des rues, prêts à vendre leurs corps émaciés à qui leur paierait un bol de riz.

Me voilà donc dans l’avion, parmi tous ces hommes qui rentraient chez eux reprendre la vie de tous les jours. Je lisais dans leurs expressions satisfaites ce qu’ils venaient de faire. C’était comme si chacun arborait un T-shirt au slogan, « Sex Tourist » imprimé en grosses lettres. Mais que pouvais-je faire? Sinon fermer les yeux, faire semblant de les ignorer faire comme si je n’avais rien deviné de leur jeu.

Et pourtant. Derrière mes paupières closes j’ai vu des horreurs. Je voyais ces hommes caresser des petits garçons. Je  les entendais dire aux adolescentes tremblantes de peur, « sois gentille ma chérie, viens ici ». J’ai vu en détail chaque viol, chaque enfance détruite.  D’autres images, enfouies, surgissaient aussi : des enfants battus, des gamins qui crevaient de faim, des enfants-soldats, des victimes de pédophiles… Des histoires lues dans les journaux, vues ou entendues dans l’actualité. Des images insoutenables. Impossible à photographier… Car cela ferait de moi une complice, une criminelle. Après tout, un reportage sur l’enfance maltraitée ne serait-il pas qu‘une autre forme de pornographie?

C’est alors que je pensais à la maison de poupée de ma fille. Un monde de conte de fée, désuet, innocent, tout en miniatures. Cette image m’a fait comprendre que non seulement je devais agir, mais que j’en avais les moyens. La maltraitance est un sujet tabou ; essayer de la montrer peut paraître paradoxal. Mais si je passais par la fiction de la maison de poupées, je pourrais finalement mettre en scène cette violence.
Je faisais tout moi-même, de mes mains : j’ai construit des pièces à la déco et à l’éclairage soignés. J’ai modelé les personnages, je les ai disposés de manière à évoquer des scènes épouvantables. Et puis ces scènes, je les ai photographiées.

Le modelage des personnages pouvait prendre plusieurs jours. Pendant qu’avec mes doigts je lissais leurs joues et leurs ventres, je me sentais très proche de ces petites créatures. Au fur et à mesure que je les formais, je devinais, je ressentais ce qu‘ils éprouvaient, les victimes comme les bourreaux: la douleur de l’une, l’excitation de l’autre. Une expérience terrifiante.
On ne voit jamais dans mes photos le passage à l’acte. À aucun moment je ne donne la violence en spectacle. Comme cela, chaque spectateur doit s’impliquer et compléter l’histoire,  avec sa propre peur, ses propres fantasmes.

Katrin Jakobsen, Paris 2011

 “alles wird gut.” (Notre petit secret…), an art project against child abuse

It all started in Belgium, in 1996. Marc Dutroux kidnapped two little girls, Julie and Melissa. He raped them repeatedly over a period of many months. Then, while Dutroux was incarcerated on a minor charge, the two girls imprisoned in his cellar died of hunger. Ever since then, their suffering has stayed with me, tattooed on my soul

The idea for the project “alles wird gut” (“Notre petit secret…”) came to me ten years later. I was flying back to Paris from a photo shoot in Thailand and Cambodia, for the Swedish edition of Elle. The piece was about UNICEF’s work with HIV-infected children. Although the article was uplifting, personally I felt sick. I was haunted by the photographs I had NOT taken: of thousands of miserable street children, selling their emaciated bodies to whomever would buy them a bowl of rice.

Sitting there on the plane, I felt suffocated among all the single male passengers flying back home, satisfied smirks on their faces. It seemed so obvious to me, as brazen as if they were actually wearing souvenir T-shirts with “sex tourist” printed in bold letters. But what could I do? What, besides close my eyes and pretend I was mistaken, pretend I hadn’t read their expressions?

Yet when I closed my eyes, what I saw was much more disturbing. Men touching little boys. Naked men on filthy hotel beds asking scared, smiling teenage girls to “be nice.” I saw every rape, every childhood destroyed. Still other images came to me, images I had always tried to keep at bay. Parents beating and starving their babies to death. Child soldiers. Child pornography. Every sick story I had read in the paper or heard on the news. Unbearable pictures.

I could never allow myself to take pictures like those I saw in my head. Such photographs would be just another form of child pornography – I would be complicit with the crime.

Then I had a vision: a dollhouse. My daughter’s dollhouse, a perfect Victorian world in miniature, so delicate and innocent. Like a soothing whisper in the ear of a crying child: alles wird gut (“hush now, everything is gonna be ok” in German). In that moment I understood: not only did I have to take action, I had the means to do so.

Child abuse is a taboo. To show a taboo might sound like a paradox. But what if I were to use fiction to tell the story? The idea of my daughter’s dollhouse gave me a way to do it, without implicating the victims.

Soon enough I realized that I needed to get physically involved in the project. I had to make everything myself. I began to build little cardboard boxes with detailed interiors and lighting design. I sculpted the characters and arranged them in scores of scenarios, which I then photographed. Creating the little figures could take several days. As I molded them, smoothing their cheeks and bellies with my fingers, I grew close to them, close enough to share their feelings: not only the victim’s pain but the predator’s excitement, too. It was a frightening experience, believe me.

None of my photos shows the actual scene of abuse or violence. The “act” itself is never presented. That would have turned my work into a crude peepshow. Instead I force viewers to fill in the missing parts with their own fears, empathy and imagination.

Katrin Jakobsen, Paris 2011

Nuestro secretito…

Un proyecto artístico sobre el abuso y el maltrato infantil.

Todo empezó en 1996. En Bélgica, Marc Dutroux secuestra dos niñas, Julie y Melissa y las esconde en su sótano, violándolas durante meses. A causa de un delito menor Dutroux es encarcelado y es así que Julie y Melissa mueren de hambre solas y encerradas . Desde entonces, el sufrimiento de estas dos pequeñas no se aleja de mi, como si me hubiesen marcado el alma.

La idea del proyecto, « alles wird gut » (en alemán: « mañana, todo irá bien ») me vino en el año 2006, a bordo de un vuelo de regreso de Tailandia y Camboya, donde yo había realizado un foto-reportaje para la edición sueca de la revista Elle. El artículo trataba sobre el trabajo de UNICEF por los niños con sida. Pero a pesar del tono optimista del artículo, yo permanecía contrariada. Obsesionada por otras imágenes: aquellas que yo no había tomado, mostrando los miles de niños de la calle, dispuestos a vender sus pequeños cuerpos, para pagar un plato de arroz.
En ese avión, durante el vuelo de regreso a nuestras vidas cotidianas y en medio de todos aquellos hombres, la situación me parecía evidente y sus expresiones flagrantes. Como si todos llevasen impreso sobre el pecho « Turista Sexual ». Pero ¿Qué podía hacer, yo? Sino cerrar los ojos y pretender ignorarlos como si no hubiese comprendido nada…
Y sin embargo, al cerrar los ojos vi horrores. Todos esos pederastas acariciando a los niños. Hombres diciendo a las pequeñas temblando de miedo, « Acércate queridita, sé buena y ven aquí. » He visto los detalles de cada violación y cada niño destruido. Y tantas otras imágenes de pequeños golpeados, hambrientos, o de aquellos niños soldados víctimas de la violencia… Historias leídas en los periódicos, vistas u oídas en las noticias. Imágenes insoportables, imposibles de fotografiar… Ya que en ese caso me haría cómplice de un crimen. Y esas mismas imágenes sobre el maltrato infantil no serían más que otra forma de pornografía…

Fue entonces que pensé en la casa de muñecas de mi hija. Un mundo de cuentos de hadas, inocente y en miniatura. Esa imagen me hizo darme cuenta que no sólo debía reaccionar, sino que podía hacer algo constructivo. El abuso infantil es un tema tabú e intentar mostrarlo puede parecer paradójico. Pero si me servía de la ficción de la casa de muñecas, podría finalmente poner en escena esa violencia.
Es así como me puse manos a la obra: Realizando los cuartos, los muebles, los accesorios, la decoración y hasta el tratamiento de la iluminación. Modelando los personajes y organizándolos para evocar escenas terribles, que después fotografiaba.

La realización de cada personaje podía tomar varios días y mientras mis dedos dibujaban sus mejillas y sus vientres, llegué a estar muy cerca de estas criaturas. Sintiendo el dolor y la desolación de aquellas pequeñas víctimas como la emoción y la excitación de los perpetradores. Una experiencia aterradora.
A pesar de haberlo solo siempre sugerido, en ningún momento quise mostrar la violencia del pasaje al acto. Como para que cada espectador deba participar y completar la historia con sus propios miedos y obsesiones.

Katrin Jakobsen, París 2011

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Lettre d’information

  

58 rue Quincampoix
75004 Paris – France
+33 (0)1 42 74 26 36
 

En période d’exposition
ouverture du mercredi au samedi
de 13h30 à 18h30. Entrée libre
M° Rambuteau – Les Halles

Pour Que l’Esprit Vive

Association loi 1901 reconnue d’utilité publique

Siège social :
20 rue Lalande
75014 Paris – France
T. 33(0)1 81 80 03 66
www.pqev.org
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